François Roy: historien du rock mais surtout fan

Il n'est pas si fréquent qu'un groupe ayant marqué l'histoire de la musique... (Photo: François Gervais Le Nouvelliste)

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François Houde
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Il n'est pas si fréquent qu'un groupe ayant marqué l'histoire de la musique rock comme John Kay & Steppenwolf débarque à Trois-Rivières. Il n'est pas tellement plus fréquent qu'on puisse trouver un interlocuteur qui soit à la fois fan du groupe et un historien du rock pour en parler.

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Le groupe John Kay and Steppenwolf sera de passage à l'Amphithéâtre Cogeco samedi.

Ce qui ne gâche rien, François Roy, auteur de l'ouvrage 10 ans de rock, paru en 1977, aime les histoires hors du commun et celle de John Kay & Steppenwolf est assurément de cette catégorie.

Elle nous ramène aussi loin qu'à la Deuxième Guerre mondiale. C'est sous le nom de Joachim Fritz Krauledat que John Kay est né en 1944 à Tilsit, dans ce qui était alors la Prusse orientale. Il est le fils d'un soldat de l'armée allemande tué sur le front russe tout juste un mois avant sa naissance. En 1945, au moment où le territoire de Tilsit a été annexé par l'URSS, la mère de Joachim a fui avec lui vers l'Allemagne pour s'établir à Hanovre, à l'Ouest, en 1948.

Malvoyant, Joachim s'est pris d'une profonde affection pour la musique qu'il a découverte en Allemagne et qui était diffusée par les troupes américaines stationnées là-bas. En 1958, sa famille a déménagé au Canada, à Toronto. Plus près encore des racines de la musique qu'il adorait et qu'il avait commencé à interpréter. Quand, en 1963, sa famille a encore déménagé, mais aux États-Unis, cette fois, celui qui se faisait appeler John Kay a pris la route comme chanteur folk. C'est seul qu'il est revenu à Toronto où il a retrouvé une florissante scène folk et blues qui a produit des artistes comme Gordon Lightfoot, Ronnie Hawkins, Bruce Cockburn ou Neil Young.

«Ce qui est intéressant, c'est que Steppenwolf, malgré les origines de son leader, est considéré comme un groupe d'origine canadienne, raconte François Roy, en se référant, comme tout bon historien qui se respecte, à une source fiable, l'ouvrage The History of Canadian Rock'n'Roll de Bob Mersereaux. Dans la Ville-Reine, John Kay a été approché pour être le chanteur d'un groupe, The Sparrow. Le groupe fonctionnait bien mais comme ce n'est pas à Toronto que se retrouvaient les grands recruteurs de talents, ils ont quitté pour New York d'abord, puis la Californie.»

«En 1967, le groupe, installé à Los Angeles, s'est dissout et John Kay a entraîné deux des musiciens dans la création d'un nouveau band, Steppenwolf, qui incluait deux nouveaux musiciens américains. Donc, le groupe n'était canadien qu'aux trois cinquièmes, en vérité.»

«Le premier album du groupe est sorti en 1968, poursuit Roy. Un des deux musiciens ayant quitté le bateau avait quand même eu la gentillesse de donner à John Kay une chanson qu'il avait composée: Born to Be Wild. Moi, j'avais 15 ans, j'étais gardien de nuit au Séminaire de Nicolet et je me souviens quand c'est sorti. J'ai trouvé là un son qui est vraiment venu me chercher. La chanson aurait aisément pu être un numéro un du palmarès mais malheureusement, elle est sortie à peu près en même temps que Hey Jude, des Beatles. Ça, ça fait mal!»

«Dans la plupart des grands palmarès de l'époque, Hey Jude a pris la tête et y est resté pendant deux mois. Born to Be Wild restait tout près du sommet selon les palmarès, mais comme c'était une musique aussi wild pour l'époque que le titre l'indique, ce n'était pas dans le créneau d'une majorité de stations de radio. Certaines stations FM de l'époque, qui n'étaient pas formatées comme la radio AM, ont sauté là-dessus et ça a contribué à la faire apprécier de nombreux fans de rock'n'roll. Elle est donc quand même devenue le succès que l'on sait.»

L'origine du heavy metal

D'ailleurs, pour bien marquer la place que tant la chanson que le groupe ont pris dans l'histoire de la musique rock, Roy rappelle que c'est à Steppenwolf qu'on doit le terme heavy metal puisé dans les paroles de Born to Be Wild. «I like smoke and lightning/Heavy metal thunder/Racin' with the wind/And the feelin' that I'm under...» Comme bien d'autres, il considère d'ailleurs le groupe comme l'ancêtre du heavy metal.

On associe encore et toujours ce grand classique au fameux film Easy Rider de Dennis Hopper mais François Roy soutient qu'elle était déjà un succès avant que le film ne la reprenne. «Pour moi, c'est la chanson qui a fait le film, bien plus que l'inverse.» Il a d'ailleurs une anecdote savoureuse à propos de la chanson. «Elle est considérée aujourd'hui comme l'hymne des motards mais l'auteur a déjà raconté qu'elle lui a bel et bien été inspirée par un voyage qu'il a fait le long de la côte californienne. Seulement, il n'a pas fait le voyage en moto, mais dans un Plymouth Valiant! Elle n'est donc en aucune façon inspirée par la moto», rigole l'historien en savourant l'ironie de la chose.

Pour énormément de gens, Steppenwolf, c'est cette chanson. Or, le groupe a rayonné grâce à quelques autres tubes énormes comme Magic Carpet Ride, The Pusher, Rock Me, Monster, Don't Step on the Grass, Sam et, peut-être la préférée de François Roy bien qu'elle soit un peu moins connue, Move Over.

«Certains ont dit de Steppenwolf qu'il était un porte-étendard de la contre-culture, mais je ne suis pas tout à fait d'accord avec cette position. Oui, plusieurs chansons ont un contenu social et revendicateur mais en même temps, dans des chansons comme The Pusher ou Snowblind Friend, John Kay dénonce la drogue. C'était des musiciens qui voulaient assurément alourdir la musique rock des années 60 mais je ne suis pas convaincu qu'ils embarquaient dans les tendances des Flower Children de l'époque.»

Cela dit, près de cinquante ans après le création de certaines chansons que le groupe interprétera samedi soir, François Roy considère-t-il que la musique de Steppenwolf a bien vieilli? «Oui, tout à fait. Born to Be Wild est un classique intemporel que tout le monde connaît. Bien sûr le groupe va reprendre essentiellement de vieilles chansons lors du spectacle à l'Amphithéâtre mais ça reste encore aujourd'hui de la très bonne musique qui a très bien résisté au passage du temps», affirme le fan en gardant ses yeux allumés sur la pochette patinée de Steppenwolf Gold, vinyle d'un autre siècle qui a survécu à quelques aiguilles.

John Kay and Steppenwolf

Membres du groupe:

John Kay (chanteur et guitare)

Michael Wilk (claviers)

Ron Hurst (batterie)

Danny Johnson (guitare)

Gary Link (basse)

Discographie:

Steppenwolf (1968)

Steppenwolf The Second (1968)

At Your Birthday Party (1969)

Early Steppenwolf (1970)

Monster (1969)

Steppenwolf Live (1970)

Steppenwolf 7 (1970)

For Ladies Only (1971)

Slow Flux (1974)

Hour of the Wolf (1975)

Skullduggery (1976)

Live in London

Wolftracks (1982)

Paradox (1984)

Rock'n'Roll Rebels (1987)

Lone Steppenwolf (1988)

Rise & Shine (1990)

Live at 25 (1995)

Feed the Fire (1996)

Le groupe a vendu plus de 25 millions d'albums en carrière

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