L'exploit qu'on ne peut oublier

King Dave est un spectaculaire défi technique relevé... (Photo Yan Turcotte Go Films)

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King Dave est un spectaculaire défi technique relevé avec passablement de brio mais qui rate quand même son objectif de nous faire oublier la technique au profit du récit.

Photo Yan Turcotte Go Films

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François Houde
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Un film de 90 minutes en un seul plan: King Dave est sans aucun doute un incroyable défi technique dont toute le monde conviendra en le voyant. Le vrai défi du réalisateur Podz et d'Alexandre Goyette, auteur de la pièce éponyme à l'origine du film, c'était sans doute d'arriver à faire oublier la technique et d'imposer leur histoire au delà de sa réalisation.

Si vous me demandez s'ils y arrivent, je dois dire que j'ai des réserves. Entendons-nous: le plan séquence n'y est pas que pur exercice de style. Il marque le film du sentiment d'urgence qui gouverne l'existence effrénée de Dave. Il crée une tension, une pression qui teinte un récit qui halète au rythme de la respiration de Dave. Malgré cela, on n'oublie jamais la technique et la complexité de la mise en scène nous rappelle souvent, trop souvent, les moyens mis en oeuvre pour raconter cette histoire.

Le personnage de Dave Morin s'impose dès la première image et brise le mur entre sa réalité et la nôtre. Il nous interpelle directement pour nous raconter son quotidien à mesure qu'il se produit et ainsi nous faire comprendre qui il est. Comme un manège à l'expo, on part pour une ride en s'abandonnant aux bons soins de Dave, un adolescent attardé qui se voit comme un king alors qu'il n'est rien qu'une pitoyable marionnette manipulée tant par les gens qu'il côtoie que par les événements. Naïf, désespérément maladroit, il va de mauvaises décisions en pires fréquentations, tentant de se prouver à lui-même sa valeur en s'acoquinant avec des gangs de rue. 

Quand un des membres de la bande se fait trop entreprenant après de sa blonde, Dave veut laver son honneur à coups de poing et subit une râclée. Il décide de se venger et improvise un plan bête qui ne sert qu'à creuser plus profondément le trou de boue dans lequel sa vie patauge inexorablement. Saura-t-il s'en sortir? Comment s'en sortir quand, pour entretenir nos illusions, on ignore les leçons que nous offre la vie? 

Dave est un grand enfant émotivement démuni et terrorisé. Il se rassure en se forgeant une image de lui-même fort et dominant. Normal, dès lors, que la violence soit son médium privilégié et qu'il se lance des défis qui finissent toujours par lui péter au visage.

Il y a quelque chose de profondément désespérant chez Dave. Alexandre Goyette a donc bien défini ce personnage singulier qui devient universel par sa quête d'identité. 

L'interprétation de Goyette est certes sincère et dynamique mais manque peut-être un peu de retenue. Comme si, dans le passage de la scène au cinéma, l'interprète n'avait pas complètement effectué le nécessaire ajustement. Il n'est pas mauvais, mais son exubérance qui devait être juste sur les planches apparaît parfois excessive et superficielle à l'écran pour confiner à la caricature.

Ajoutez à cela que le mode de tournage en une seule prise continue - avec recours à des effets spéciaux, cependant - exige un son en prise directe qui fait qu'on perd beaucoup des propos de Dave. Déjà que son argot de la rue est très marquée par des termes anglais dont les vieux de mon âge ne saisissent pas toujours le sens. Il y a là un irritant considérable.

Le travail de réalisation est au centre du processus mais Podz n'arrive pas à faire oublier complètement la lourdeur du défi dont il s'acquitte pourtant bien. La technique n'est pas ici parfaitement au service du propos, elle ne disparaît pas derrière le récit. Aurait-elle seulement pu? Je pense que oui.

King Dave est un exploit, un petit miracle, ça ne fait aucun doute, mais ça ne suffit pas à en faire un film exceptionnel. Peut-être que cette histoire appartenait en propre au théâtre.

* * 1/2

King Dave

Drame de Podz (Daniel Grou) avec Alexandre Goyette, Karelle Tremblay et Philippe Boutin.

On aime: Dave se prend pour un King mais quand on le suit dans son quotidien de petit bum, on voit bien qu'il n'est qu'immature et naïf.

On n'aime pas: Un défi technique renversant qui capte l'attention mais qui échoue à se faire oublier derrière un récit qui aurait pu et dû nous captiver davantage.

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