Un homme et notre époque

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Le tournage de King Dave a forcé le réalisateur Podz à revoir complètement sa façon de faire un film.

Yan Turcotte Go Films

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François Houde
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) King Dave est-il le plus ambitieux projet de Podz en tant que réalisateur? L'homme de cinéma hésite avant de répondre que s'il s'agit d'un des plus imposants défis de sa carrière, c'est qu'il lui a fallu raconter une histoire au cinéma d'une façon complètement différente de ce qu'il savait faire.

Alexandre Goyette, lui, est catégorique: King Dave est sans le moindre doute le plus gros projet de sa carrière... jusqu'ici. Il faut savoir que Goyette traîne ce projet depuis de nombreuses années. Il l'a d'abord écrit pour le théâtre, l'a ensuite interprété sur les planches après avoir eu toutes les misères du monde à trouver des argentiers prêts à investir. Il a remporté le Masque de l'interprétation masculine et du meilleur texte original au Gala des Masques en 2005 et a mis sept années à travailler en collaboration avec Podz pour transposer l'oeuvre à l'écran. «Je n'ai jamais conçu l'oeuvre en pensant au cinéma, soutient-il. Je l'ai écrite en souhaitant seulement la présenter un jour au public. J'ai joué dans des salles de plus en plus grandes et chaque fois, pour moi, c'était un boni. Qu'il y ait aujourd'hui un film, c'est la cerise sur le sundae. Et s'il y a du caramel qui s'ajoute, ce sera par une réaction positive du public au cinéma.»

C'est le film de Goyette parce que c'est son projet. Mais on se demande qui d'autre que Podz aurait pu le réaliser tellement la proposition est audacieuse et le défi technique, gigantesque. Et même si on va parler de cet aspect ad nauseam dans les prochaines semaines, le réalisateur ramène les choses à l'essentiel. «Alexandre m'a approché il y a sept ans en me demandant si je voyais un film possible avec cette histoire et c'était évident que oui. Ça reste une histoire universelle même si elle est très proche d'Alexandre et moi, c'est mon métier de raconter des histoires au cinéma.»

Alexandre Goyette n'a jamais osé rêver que sa... (Yan Turcotte Go Films) - image 2.0

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Alexandre Goyette n'a jamais osé rêver que sa pièce de théâtre pourrait un jour se retrouver au cinéma. 

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Cette idée de présenter le film comme un long plan séquence de 90 minutes est apparue en cours du travail d'adaptation de la pièce pour le cinéma. «L'idée m'est venue spontanément et m'a été inspirée par la forme de la pièce. La vraie difficulté, que je ne voyais pas au départ, c'est que ça m'a obligé à désapprendre tout ce que j'ai appris de la narration dans mon métier. Dès le départ, le personnage principal brise la convention du quatrième mur en s'adressant directement aux spectateurs et il annonce au public ce qu'il va faire avant de le réaliser. C'est incongru.»

«C'est aussi une façon d'être plus près de Dave qui est notre point d'intérêt. Cela dit, le plan séquence n'est qu'une considération technique qui ne concerne pas le public. Il faut que les spectateurs l'oublient complètement au profit du récit sinon, ça n'aurait même pas valu la peine de faire le film.»

La forme a permis à King Dave de demeurer au plus près de l'intention initiale de l'auteur devenu scénariste. «C'est ça qui est remarquable: c'est très fidèle à la pièce originale, remarque Alexandre Goyette. Il a simplement fallu adapter le texte en fonction de la méthode de tournage. D'ailleurs, je suis convaincu que la pièce pourrait encore connaître du succès sur scène. Pour moi, le personnage ne change pas malgré le temps. Le regard que je pose sur lui change parce que moi, comme individu, j'ai changé, mais pas lui.» 

Même sa livraison du texte demeure sensiblement la même pour le cinéma. «Je n'ai pas besoin de déployer autant d'énergie que sur scène pour le rendre mais je ne peux pas dire que mon jeu change profondément, ce sont vraiment beaucoup de subtilités qu'on a changées.» 

Le réalisateur comme l'auteur, présentent le processus de travail de la même façon: au début du travail d'adaptation, Podz a pris beaucoup de place pour s'effacer graduellement au profit d'Alexandre Goyette. «J'avais assez confiance en lui pour me laisser guider sans craindre de voir mon travail travesti, dit ce dernier. Quand j'ai bien saisi la forme visuelle que ça prenait, Podz m'a laissé toute la place parce que c'est mon propos.»

La forme narrative adoptée correspond étroitement à notre époque. Ce jeune adulte qui se raconte, se met en scène, c'est caractéristique de notre époque où les gens se mettent en scène, parlent d'eux sur les médias sociaux, avec les selfies, etc. «Je trouve que le film est profondément inscrit dans notre époque et que ça lui donne une pertinence supplémentaire», dit Podz.

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