Chanter l'amour, éternelle vocation

Après une retraite ratée, l'agenda de Jean-Pierre Ferland... (Photo Yan Doublet, Le Soleil)

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Après une retraite ratée, l'agenda de Jean-Pierre Ferland se remplit de nouveau, à un rythme que pourraient lui envier bien des artistes de scène québécois.

Photo Yan Doublet, Le Soleil

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François Houde
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Il est des événements comme des spectacles: il faut terminer en apothéose pour que les spectateurs quittent en en voulant encore. L'apothéose, pour le FestiVoix 2016, c'est Jean-Pierre Ferland, sur la grande scène pour le tout dernier spectacle de l'événement dimanche soir, 21 h.

Ferland est un monument, une pierre d'assise de la chanson populaire québécoise comme Félix, Vigneault, Charlebois. Avec le recul, on se dit, presque dix ans après l'annonce de sa retraite, que celle-ci était insensée. Les monuments ne s'effacent pas. Ils s'effritent sous le lent travail du temps. Le moment pour Jean-Pierre Ferland de rompre avec son public n'est toujours pas venu.

«J'avais dit que je ne voulais plus chanter, plaide-t-il aujourd'hui pour sa défense, mais c'est parce que j'avais eu mon AVC et j'ai vu ce qui est arrivé à Claude Léveillée; j'ai eu peur. Seulement, quand je me suis retrouvé à la maison, l'ennui m'a rattrapé. C'était plate! Je ne me sentais pas bien.» 

Il lui a bien fallu comprendre une évidence qui sautait aux yeux de tous sauf du principal intéressé: son métier est une partie intégrante de lui-même. La retraite était une amputation. «Comme mon métier a toujours été la raison de ma vie, j'ai fini par dire que je ne tirerais pas la langue à ma vie. Je me suis donc remis à chanter un petit peu. En faisant des spectacles de façon sporadique de temps à autre, ça me tient en forme, ça me rapproche de mon public et j'aime ça.»

«Ce ne sont pas des applaudissements que je vais chercher, c'est de l'amour. Quand je manque d'amour, il faut que je fasse un spectacle.» 

Cet été, il manquera d'amour une quinzaine de fois. Combien d'artistes québécois de la scène rêvent d'une telle thérapie? «Ce n'est pas tant que ça: ça m'en fait peut-être un par semaine. Je suis privilégié.» Au moins, il le sait...

«Je savais que la chanson était une partie de moi mais je n'avais jamais vécu le manque. J'ai besoin de ces challenges-là pour être en vie. Je parle pour la scène parce que l'écriture, elle, est toujours là. Je me lève tous les matins et c'est plus fort que moi, j'entends une chanson et je la refais avec d'autres paroles dans ma tête en me disant que ce sont celles-là que l'auteur aurait dû écrire!»

À 82 ans, l'homme est encore espiègle. «82 ans, ça ne m'énerve pas une seconde. Je n'ai peur ni de la mort, ni de vieillir. Je ne sais pas à quoi ça tient. Ce n'est pas génétique puisque mes parents sont morts pas très vieux et malades. Et moi, je ne suis pas malade. Je ne suis pas mort non plus!»

«Peut-être que mon métier y est pour quelque chose. On dit que la maladie d'Alzheimer toucherait moins les gens qui travaillent mentalement; je commence à penser que c'est peut-être vrai pour moi.»

L'amour, toujours

Son parcours de créateur a été marqué par l'amour, thème récurrent de ses chansons. Il ne lui vient pas à l'idée de s'en défendre. «Pour moi, toutes les chansons sont des chansons d'amour. Même les plus engagées. Au lendemain du dernier spectacle de la Saint-Jean auquel j'ai participé, des journalistes ont semblé déçus d'un manque de révolte. Mais je pense que l'heure n'est pas forcément à ça. Ce n'est pas le moment d'être agressif. C'est de l'amour dont le monde a besoin.»

«Le plus beau compliment qui m'ait été fait me vient de René Lévesque. À l'époque, il m'avait dit que ma chanson la plus engagée, c'est Je reviens chez nous. Il m'avait fait comprendre quelque chose. L'amour est demeuré un sujet immuable pour moi.»

Il lui a été bénéfique. Il y a encore à peine trois semaines, il recevait l'insigne de l'Ordre des arts et des lettres du Québec. «Vous savez, je suis Chevalier de ci, membre de ça: des décorations, j'en ai assez pour remplir un mur de ma maison. Je n'en renie aucune et j'en suis fier mais il y en a qui me touchent plus que d'autres et l'Ordre des arts et des lettres en est une. Les arts et les lettres ont profondément marqué ma vie. J'ai toujours essayé de rire de moi mais des honneurs pareils, ça me fait me prendre juste un petit peu plus au sérieux.»

Il croit qu'une partie de son oeuvre va durer. «La comédie musicale que je suis en train d'écrire, La femme du roi, je pense qu'elle va rester. C'est l'oeuvre de ma vie, quelque chose de très important. Il y a des chansons qui semblent vouloir durer aussi: je dirais que 75 % de celles que j'ai faites ont le potentiel de durer. C'est aussi vrai pour Félix, Vigneault ou Charlebois.»

«Encore l'autre jour, un couple de gens d'un certain âge qui se mariait m'a demandé de chanter à la cérémonie. J'ai fait bien attention que ce ne soit pas des Hells Angels et j'ai accepté. Ce qu'ils voulaient entendre, c'était Je reviens chez nous parce que c'est la chanson thème de leurs rassemblements familiaux. Ça fait quelque chose de prendre conscience de choses comme ça.»

L'oeuvre de son ami Charlebois fera les beaux jours de l'Amphithéâtre Cogeco cet été. Croit-il que le Cirque pourrait lui rendre pareil hommage? «Non, je n'en ai pas l'impression. Je trouve très élégant de la part du Cirque du Soleil de rendre un hommage comme ça à Robert. Je compte d'ailleurs aller voir le spectacle cet été. Robert a un côté un  peu fou qui s'y prête bien. Il me semble par contre que mon répertoire n'est pas bien adapté à ce genre de spectacle.»

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