À la redécouverte de Rodolphe Duguay

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On célèbre cette année les 125 ans de la naissance de Rodolphe Duguay.

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Marie-Josée Montminy
Le Nouvelliste

(Nicolet) Le peintre et graveur Rodolphe Duguay aurait produit plus de 3000 oeuvres. Le fait que l'on souligne cette année les 125 ans de sa naissance permet de mettre en évidence son héritage artistique. Peintre paysagiste et religieux, précurseur de la gravure au Québec, Rodolphe Duguay a connu un parcours unique, où l'ancrage dans la tradition s'est lustré d'une certaine audace.

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Rodolphe Duguay

Photo: Lou Leblanc

Un pastel de la collection de Monique Duguay.... - image 1.1

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Un pastel de la collection de Monique Duguay.

Rodolphe Duguay est né le 27 avril 1891 à Nicolet. Après avoir fréquenté le Séminaire, il a étudié les beaux-arts au Monument national à Montréal. C'est dans la métropole qu'il fera la connaissance de Suzor-Côté, qui l'engage dans son atelier et l'encourage à poursuivre sa formation en Europe. Rodolphe Duguay s'embarque pour Paris en septembre 1920 et reviendra en 1927 après avoir séjourné en Bretagne et en Normandie, et parcouru l'Italie.

«Il fallait quand même le faire! Aujourd'hui, on voyage régulièrement, on va partout et c'est déjà extraordinaire. Mais en 1920, c'était assez exceptionnel de partir et d'aller parfaire ses connaissances en France. Il fallait avoir de la détermination pour partir comme ça avec pas grand-chose», commente l'artiste trifluvien Guy Langevin, président d'honneur des célébrations du 125e anniversaire de naissance de Rodolphe Duguay.

Lui-même spécialisé dans la gravure, Guy Langevin n'hésite pas à dire qu'avec sa gravure, «Duguay a marqué l'histoire de l'art au Québec». C'est lors de ses études en France que le Nicolétain a découvert la technique de la gravure, qui consiste à imprimer une image à partir d'un motif gravé sur une matrice - une pièce de bois dans le cas de Rodolphe Duguay. Guy Langevin souligne le côté novateur de la gravure de Duguay, autant dans son influence sur son implantation au Québec, que par ses qualités.

«Il n'y avait à peu près pas de gravure qui se faisait au Canada. Ça a commencé au début du 20e siècle, avec deux ou trois anglophones en Ontario, et il y avait Rodolphe Duguay ici au Québec. Pour moi, la trace de modernité qu'il y a dans son travail, on la voit dans sa gravure. C'est une gravure qui est assez traditionnelle en termes d'images. L'image est marquée par le temps, par l'époque, mais le travail comme tel, la technique, la manière de faire est très moderne», observe M. Langevin.

«J'ai la chance d'aller dans des expositions un peu partout, et on voit dans la gravure sur bois, maintenant, la même traduction de la lumière que dans le travail de Duguay. Cent ans plus tard, c'est encore très moderne. Ce type de lumière-là est ce qui est le plus actuel aujourd'hui. C'est vraiment curieux parce que je ne pense pas que Duguay ait jamais voulu être un peintre à la mode. Et son travail pourrait l'être aujourd'hui, 100 ans plus tard.»

Peintre de nature, ou religieux?

L'exposition présentement en cours au Musée des religions du monde de Nicolet met en lumière la dualité quant aux thèmes qui ont inspiré la prolifique production de Rodolphe Duguay. Intitulée Du paysage en prière, l'exposition met en relief la juxtaposition et même la fusion entre les représentations de la nature et les thèmes religieux dans ses tableaux et gravures.

Duguay lui-même se posait la question, comme en témoignent ces deux extraits de ses carnets intimes: «Serai-je un peintre religieux ou profane? J'ai l'idée de concentrer tous mes efforts pour devenir un peintre de Dieu. Est-ce que je me mens à moi-même? Ai-je les talents? Dieu me les donnera-t-il?» (7 février 1921) et «C'est définitif, je serai paysagiste [...] Je veux être ce que je suis né, l'homme de la terre, des champs» (26 janvier 1924).

Spécialiste de l'oeuvre de Duguay, Lévis Martin a signé l'ouvrage Rodolphe Duguay, pour une mystique du paysage, paru en 2004.

«Le mot mystique a une résonnance religieuse et ça devient rébarbatif pour plusieurs, surtout aujourd'hui. Mais lui, il voulait surtout faire du paysage. Sans s'en rendre compte peut-être, le chrétien était dans tout ce qu'il a fait. C'était un homme très religieux... Dans le paysage, ça ne veut pas dire qu'à tout moment il faut y trouver Dieu. Mais pour lui, la nature fait partie de la création et c'est une des plus belles choses de la création. C'est ce qu'il voulait exprimer», analyse M. Martin.

La deuxième des cinq filles de Rodolphe Duguay,... (Photo: François Gervais Le Nouvelliste) - image 2.0

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La deuxième des cinq filles de Rodolphe Duguay, Monique, exposera du 16 octobre au 12 novembre à la Maison et atelier Rodolphe-Duguay.

Photo: François Gervais Le Nouvelliste

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Le semeur

Le défi de vivre de son art

Comme plusieurs artistes à travers les époques, il n'était pas évident que Rodolphe Duguay puisse vivre de son art. On imagine aussi que la période d'entre-deux-guerre ne devait pas être la plus florissante dans le commerce de l'art. Mais il semble que le Nicolétain ait réussi à faire vivre sa famille convenablement, aidé de son épouse Jeanne L'Archevêque, une écrivaine dont il a illustré certains livres.

«Il n'a sûrement pas vécu riche», suppose Guy Langevin. «Quand on regarde son travail, on voit beaucoup de scènes religieuses. À cette époque-là, les mécènes, ce n'était pas le gouvernement, c'était l'Église, donc on voit des scènes religieuses, des scènes pastorales... Et il faisait des petites peintures pour une raison bien simple, c'est que lui ne visait pas les musées, il visait les particuliers qui avaient des petites maisons et achetaient des peintures à petits prix», ajoute-t-il.

Lévis Martin fait remarquer que la technique de la gravure permet de produire plusieurs exemplaires et donc de multiplier les ventes d'une même création. Il mentionne aussi le soutien d'Albert Tessier dans la carrière de Rodolphe Duguay.

La deuxième des cinq filles de M. Duguay confirme l'appui de Mgr Tessier dans le parcours de son père. «Il avait un ami, Albert Tessier, qui était au Séminaire de Trois-Rivières. Il connaissait plusieurs artistes et il l'a toujours encouragé, il lui a amené des clients, dont des gens de Trois-Rivières qui avaient des moyens... À part ça, il y avait ma mère qui écrivait. Elle correspondait dans des journaux, des revues», raconte Monique Duguay, qui a elle aussi développé son côté artistique au contact de son père.

«Mon père a été connu surtout après sa mort. C'est souvent ça... Il est arrivé à une époque ou il y a avait des gens comme Suzor-Côté, Ozias Leduc et toute l'avant-garde. Mon père était comme entre les deux, les anciens et les nouveaux, et ça ne l'aidait pas», analyse Monique Duguay qui, par ailleurs, au plan personnel, garde le souvenir d'un «homme très aimant qui s'occupait beaucoup de ses enfants. Il était humble aussi, plutôt effacé et jamais satisfait de son oeuvre. Il voulait toujours faire mieux».

Lévis Martin considère que Rodolphe Duguay pourrait occuper plus de place dans les musées. «On voit que Rodolphe Duguay n'a pas la cote à laquelle on aurait pu s'attendre, peut-être parce qu'il est resté à Nicolet plutôt que de s'en aller à Montréal quand il est revenu de Paris», émet-il comme hypothèse. M. Martin fait aussi remarquer que «les grands musées préfèrent des oeuvres de grandes dimensions» alors que Duguay en produisait majoritairement des petites.

On peut découvrir l'oeuvre de Rodolphe Duguay en plusieurs endroits dans la région, dont à la Maison et atelier Rodolphe-Duguay (où Monique Duguay exposera du 16 octobre au 12 novembre), au Musée québécois de culture populaire, au Musée des religions du monde et au Musée de l'Hôtel de la poste à Victoriaville. Les détails se trouvent entre autres sur le site www.rodolpheduguay.com.

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