Avant les rues: si loin, si proches ***

Le film Avant les rues, qui ne semble... (Glauco Bermudez ALR)

Agrandir

Le film Avant les rues, qui ne semble pas promis à une grande diffusion en salles commerciales, mérite un meilleur sort.

Glauco Bermudez ALR

Le NouvellisteFrançois Houde 3/5

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
François Houde
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Chloé Leriche aurait pu faire un documentaire sur les Atikamekws de Manawan mais elle a préféré réaliser un long métrage de fiction. Excellente décision. Son film qui ne semble pas promis à une grande diffusion en salles commerciales mérite un meilleur sort.

Évidemment, dans son souci d'être fidèle à une certaine réalité, Chloé Leriche a fait des choix que d'aucuns qualifieraient d'audacieux. Avant les rues est le premier long métrage de fiction entièrement en langue atikamekw et tourné sur le territoire de la communauté de Manawan. Les deux choix apparaissent parfaitement judicieux et c'est bien pourquoi le film a pratiquement valeur de documentaire sans en avoir ni la forme ni la facture.

Dans cette histoire toute simple, Shawnouk, un jeune adulte rebelle et déboussolé habitant Manawan avec sa famille est entraîné par un étranger à aller dévaliser un chalet des environs. Quand survient le propriétaire que Shawnouk connaît, les deux jeunes sont coincés. Une confrontation s'ensuit et Shawnouk prend le parti de la victime du vol que son complice menace avec une arme à feu. Une altercation éclate, un coup de feu tue ce dernier. Shawnouk s'enfuit dans la forêt pour échapper à la police.

Sa culpabilité pèse lourdement sur ses jeunes épaules et quand il revient discrètement dans la communauté, son beau-père avec qui les relations sont pourtant tendues, l'incite à vivre une expérience de ressourcement suivant une tradition autochtone comme premier pas vers la rédemption.

Plus que la langue

Le film est en langue atikamekw et ce n'est pas une bête approche pour simplement singulariser le produit. Au visionnement, on comprend rapidement que c'était la meilleure façon de nous tremper un tant soit peu dans cette culture qui nous est étrangère et que ce bain est essentiel. Les sous-titres ne me dérangent jamais au cinéma et je les bénis quand les dialogues originaux dévoilent plus de vérité des personnages, ce qui est assurément le cas ici. 

Il n'y a cependant rien d'ethnographique dans l'approche de la scénariste et réalisatrice: elle nous offre à voir un drame humain vécu dans un monde qui nous est étranger. 

Je me permets d'indiquer que ces gens sont nos voisins et que s'ils nous sont étrangers, c'est beaucoup parce que nous le voulons ainsi.

Par souci d'authenticité, Chloé Leriche a aussi voulu des interprètes vivant à Manawan. Des gens n'ayant aucune expérience du jeu ou du cinéma. Le résultat est, là aussi, probant. Leur naturel convainc et les inévitables maladresses sont gommées par leur espèce de candeur et par leur sincérité. Sans compter qu'elles confèrent aux interprètes une vulnérabilité qui n'est pas sans offrir une dimension supplémentaire aux personnages.

Avant les rues possède une autre belle qualité qui réside dans son scénario: il laisse des espaces blancs, s'abstient de tout expliquer, nous laissant, en tant que spectateur, une marge d'interprétation. 

Cela dit, on ne peut juger ces personnages et comment ils le vivent simplement selon nos critères habituels et ce recul-là est très intéressant. Le film ne m'a pas profondément ému mais je l'ai beaucoup aimé.

Impossible, en le voyant, de ne pas penser aux problèmes que vivent les gens des Premières Nations dans tant de communautés à travers le pays même si ces problèmes ne sont pas ici directement évoqués. Quelle est la nature de leur profond mal de vivre? Il y a certainement un profond problème identitaire que le film reflète sans chercher à l'exposer. Les jeunes se cherchent, au même titre que les plus vieux, écartelés entre les attraits de la vie moderne occidentale et leurs propres traditions. Doivent-ils suivre le sang, au risque d'être ostracisés pour de bon ou peuvent-ils trouver une voie mitoyenne satisfaisante alors que leur identité est encore si fragile?

Le sujet est fascinant mais la vraie force du film de Chloé Leriche est ailleurs: dans son humanité, son authenticité. Il mérite une diffusion nettement plus large qu'une seule salle au Tapis Rouge, et pour peut-être une seule semaine. Souhaitons-en lui au moins quelques-unes de plus.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer