Un coup de foudre qui change une vie

Pendant que le groupe Kaïn profite d'une première... (Sylvain Mayer)

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Pendant que le groupe Kaïn profite d'une première pause en 15 ans de carrière, le chanteur Steve Veilleux s'est lancé dans le projet ambitieux mais extraordinairement valorisant de consacrer un album à des poèmes du politicien-poète originaire de Trois-Rivières, Gérald Godin.

Sylvain Mayer

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François Houde
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) La rencontre de Steve Veilleux avec Gérald Godin, telle que le musicien la raconte, est un coup de foudre, un violent et amoureux hasard qui a donné naissance à T'en souviens-tu encore, Godin?, un album qui vient tout juste de paraître.

Les deux hommes ne se sont pourtant jamais rencontrés. En pause de Kaïn, l'auteur, compositeur et interprète avait eu l'idée de réaliser un documentaire sur la classe ouvrière, une sorte d'hommage à son père, travailleur dans une fonderie à Drummondville. On a conseillé à l'artiste de rencontrer Grégoire Bédard, professeur de littérature et de cinéma au cégep de Drummondville qui a agi comme entremetteur de la rencontre avec l'oeuvre de Godin.

Veilleux a été ébloui. Il cite souvent un seul vers de Godin qui l'a renversé: «Vivant, on m'oubliera. Mort, on me pleurera.»

«Sa poésie a eu l'effet d'un coup de poing sur moi; je n'ai jamais rien lu de semblable. J'ai lu tout ce que j'ai pu trouver de lui et sur lui. Je l'ai trouvé d'une actualité incroyable: il prônait le multiculturalisme, ralliait des gens de toutes les classes sociales, avait son franc-parler. C'était un politicien intègre et rassembleur comme on en a peu connu au Québec.»

Veilleux était en quête d'identité: il a été si brutalement happé par les mots du poète qu'il a voulu communier avec lui en faisant des chansons de ses vers. Un peu comme un hommage, un peu beaucoup comme un défi lancé au créateur qu'il est. «J'étais en mode essai. J'ai voulu explorer une zone inconnue. C'était la première fois que je partais de textes qui n'étaient pas conçus pour être des chansons. Ça m'a forcé à trancher dans des formules, à trouver des avenues originales à partir de textes très denses.»

Ce qu'il a respecté, c'est l'inspiration, la sienne. Le Godin revendicateur a pris la forme de chansons très rock, le Godin tendre et vulnérable, celle d'un folk doux et acoustique sur lequel le chanteur s'est parfois contenté de murmurer les paroles dans un dénuement troublant pour le chanteur d'un groupe à la musique festive. «Je m'étais donné deux paramètres: les textes devaient être à l'avant-plan et il n'était pas question de simplement réciter de la poésie sur une trame sonore; je voulais que de grandes mélodies portent les mots.»

Devant l'admiration qu'il voue à Godin, on l'imagine intimidé par le défi. «Intimidé par l'oeuvre de Godin? Non. Je l'ai été par la perception que les gens allaient avoir de ma démarche. Étais-je le bon gars pour aborder pareille entreprise? Ma réponse, c'est que la passion a pris le dessus. D'une part, j'ai le sentiment d'avoir fait mes devoirs, de l'autre, je sentais le besoin, comme créateur, de sortir de ma zone de confort.»

«Ç'a été un exercice créatif rafraîchissant qui marque clairement un tournant dans ma carrière. Depuis que j'ai fait ça, je n'imagine plus une autre façon de composer. Après quinze ans à travailler d'une façon très différente au sein de Kaïn, j'étais rendu là.»

Un même univers

Dans l'imposante oeuvre du poète politicien trifluvien, il a fallu faire des choix. Quels textes? «Les incontournables, d'abord, répond le musicien. Liberté surveillée, texte culte portant sur les mesures de guerre de 1970. Tango de Montréal, un appel au multiculturalisme. Aussi, Le Cantouque des hypothéqués, sur les revendications de juin 1968 alors que Trudeau avait été conspué au défilé de la Saint-Jean. Le Cantouque du retour, À l'absentée ou La porte dérobée se sont aussi imposé pour montrer un visage très touchant de Godin.»

«Ce sont différents moments de son oeuvre mais à travers les différences, je tenais à ce qu'il y ait une cohérence sur l'ensemble de l'album de façon à ce que les gens puissent entrer dans l'univers de Godin et aussi dans le mien. Je trouve que j'ai réussi à tricoter un même univers musical dans tout ça.»

T'en souviens-tu encore, Godin? compte douze titres. Le spectacle que Veilleux est en train de concocter en présentera quelques-uns de plus. «Déjà, qu'un spectacle soit en préparation, c'est inattendu. J'ai fait cet album comme un projet personnel et c'est pourquoi je l'ai produit moi-même. Les réactions que j'ai eues à la suite de la sortie de l'album il y a deux semaines ont été vraiment extraordinaires: un accueil des critiques comme du public comme je n'en ai jamais eu. Même les enfants de Pauline Julien se sont dits touchés par l'album.»

«Ça a créé une demande pour un spectacle. Au printemps, on a quelques représentations prévues en trio. Pendant l'été, on en a quelques autres à travers une dizaine de spectacles de Kaïn dans des festivals d'été. Ensuite, on a déjà une trentaine de dates programmées pour l'automne. Je suis comblé.»

Aux chansons de l'album se grefferont des reprises ayant une parenté avec l'art combiné de Veilleux et Godin. «Ça m'a permis de redécouvrir notre histoire musicale récente et de retrouver de grands auteurs, compositeurs québécois. Je pense à Vigneault, Félix Leclerc, Pauline Julien, évidemment. Ou bien Les Fros, la chanson de Richard Desjardins sur les ouvriers dans les mines. De mon côté je ressors La clé des champs, une chanson tirée de mon premier album qui est un hommage à mon père et qui s'inscrit parfaitement dans l'esprit de ce spectacle-là.»

Ce qui aurait pu n'être qu'une parenthèse semble vouloir marquer la carrière de Steve Veilleux pour de bon. «Mes proches connaissent mes préoccupations sociales depuis longtemps mais je ne les ai jamais tellement affirmées avec Kaïn. Ce qui va sûrement changer par cet album, ce n'est pas tant l'expression de mon engagement politique et social mais ma vision de mon écriture qui ne sera plus jamais la même. J'ai élargi mes possibilités; ça fait partie de la démarche d'un créateur.»

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Le groupe Kaïn a décidé de prendre une pause dont la durée demeure, à ce jour, indéfinie.

Pause ressourcement pour Kaïn

En octobre dernier, le groupe Kaïn terminait la tournée de son spectacle Pleurer pour rire et abordait sa première véritable pause officielle en quinze ans de succès. Une pause dont la durée demeure, à ce jour, indéfinie. «Ça nous était devenu essentiel, explique Steve Veilleux, le chanteur et principal auteur, ne serait-ce que pour trouver un nouvel angle d'approche pour poursuivre notre route. On ne veut pas en arriver à se répéter, à étirer la sauce d'une formule qui fonctionne.»

«Quinze ans de carrière dans un petite marché comme le Québec, c'est exceptionnel, et nous avons été choyés, mais nous avons tous convenu que nous avions besoin de prendre une pause pour se ressourcer, faire autre chose chacun de notre côté. Ne serait-ce que d'être avec nos familles. Au début du groupe, on avait hâte de quitter la maison pour partir en tournée mais quand on vieillit, ça devient de plus en plus difficile de quitter la maison et ceux qu'on aime pour partir sur la route.»

Cette pause permettra à tout le monde de faire un nécessaire bilan. «C'est le temps de sortir la tête hors de l'eau, de regarder avec fierté ce qu'on a accompli mais aussi de voir dans quelle direction on doit aller pour poursuivre le projet Kaïn et demeurer allumés.»

«L'expérience Kaïn a été positive depuis le début et on veut qu'elle le soit jusqu'à la fin mais pour ça, il faut s'arrêter le temps qu'il faudra pour savoir dans quelle direction on veut aller à l'avenir. On ne s'est pas donné d'échéance: ça va prendre le temps que ça prendra. Ça pourrait même être la fin de Kaïn: on ne sait jamais.»

«Bien sûr, c'est insécurisant, mais c'est un métier qui est insécurisant par définition. L'important, c'est qu'on continue ensemble pour les bonnes raisons. Ce n'est pas qu'on soit blasés, au contraire: on veut surtout éviter que ça arrive un jour.»

Veilleux est on ne peut plus conscient de l'affection privilégiée dont le groupe a été l'objet. «On a la chance d'avoir un gros noyau de fans fidèles qui achètent notre musique, notre passion et c'est ce qui fait que nous sommes encore là après quinze ans. Ils méritent qu'on soit à notre meilleur et jamais sur le pilote automatique.»

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