Équilibriste au-dessus d'un terrain miné

Fabien Cloutier présentera son spectacle solo d'humour Assume... (La Presse)

Agrandir

Fabien Cloutier présentera son spectacle solo d'humour Assume au Théâtre du Cégep de Trois-Rivières le 25 mars et à Shawinigan, à la salle Francis-Brisson, le 11 novembre.

La Presse

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
François Houde
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Il ne faut jamais se fier aux apparences.

Fabien Cloutier est un type complexe, très articulé, intelligent, sensible et dont la démarche artistique est tout sauf gratuite. Voilà pourquoi et non pas pour le côté quelque peu provocateur et irrévérencieux de ses écrits qu'il connaît une popularité aussi importante qu'inattendue.

Popularité qui lui confère le don d'ubiquité. Il est partout: à la télé comme comédien (Les beaux malaises) ou animateur (Esprit critique, Paparagilles), au cinéma (Chasse Galerie: la légende), à la radio (Plus on est de fous, plus on lit), au Salon du livre de Trois-Rivières pour son recueil de chroniques radiophoniques intitulé Trouve-toi une vie ou sur scène pour son spectacle solo d'humour Assume qu'il présentera au Théâtre du Cégep de Trois-Rivières le 25 mars et à Shawinigan, à la salle Francis-Brisson, le 11 novembre. Il simplifie cet agenda casse-tête en soutenant qu'essentiellement, il écrit et joue. «Quand j'écris quelque chose, j'ai souvent besoin d'un certain temps pour laisser le propos mûrir, décanter. C'est parfait que je puisse jouer pendant ce temps-là. Ça me vide la tête et ça permet aux idées de s'organiser naturellement.»

Complexe

Ça a l'air banal, dit comme ça, et pourtant c'est une ouverture très révélatrice de sa démarche artistique que des esprits chagrins pourraient qualifier de tordue. Cloutier est reconnu pour ses textes acerbes, insolents, parfois vulgaires offerts dans une langue très crue. Ses envolées verbales, souvent teintées de colère, peuvent être déjantées et spectaculaires. On croit volontiers à un pétage de coche spontané, sans raffinement. Il n'en est rien. Cloutier mûrit la teneur de ses propos autant que leur forme. Son pétage de coche est parfaitement calibré, sa vulgarité soupesée, sa grossièreté recherchée, sa critique sociale ciblée et assumée. 

Fabien Cloutier fréquente le second degré comme Batman le danger. «Le temps mis à mûrir mes textes permet de préciser mon propos et de bien m'assurer que j'atteins précisément ma cible. Je ne veux pas frapper dans le vide, pour rien. Le second degré est une part essentielle de mon écriture. C'est une façon de passer un message plus efficacement parce que je peux aller plus loin et surprendre le spectateur au détour d'une phrase. Dans ce contexte, une bonne ligne peut venir chercher l'auditeur d'une façon inattendue ce qui lui donne plus d'impact.»

Fabien Cloutier a beau être comédien diplômé du Conservatoire d'art dramatique de Québec et un auteur primé, il assume le titre pas toujours prestigieux d'humoriste. «Je fais un spectacle d'humour, je ne vois pas pourquoi je ne me qualifierais pas d'humoriste», dit-il simplement. L'humoriste, donc, veut choquer, provoquer des malaises mais pas pour le bête plaisir de choquer. Pour mieux identifier et dénoncer les mollesses de notre époque, nos propres travers, l'absurdité, l'inacceptable. 

«Les gens qui viennent me voir en spectacle forment un public très varié. Il y a des intellectuels qui m'ont connu à Ici Première mais aussi des étudiants et des gens de tous les âges. Ils ont compris qu'à travers mes personnages sans raffinement, je ne me moque pas des gens que j'imite: il y a un propos et une vraie démarche artistique derrière tout ça.»

Ce qui ne l'empêche pas de connaître un certain succès populaire. «Je pense qu'il y a moyen d'être populaire sans verser dans le populisme et sans faire les choses dans le strict but de plaire au plus grand nombre. Il y a une chose sur laquelle on n'a pas de contrôle dans la vie et c'est ce que les autres pensent de nous. Il faut donc faire ce qu'on aime, ce en quoi on croit et aller jusqu'au bout de ses convictions en sachant qu'on le fait pour les bonnes raisons.»

«Je sais que le terrain de l'humour est miné ces temps-ci et que, quand je vais décoller sur certaines idées, je risque de dire quelque chose qui va choquer, qui va aller trop loin et qui va provoquer des réactions négatives. Ce sera à moi de voir d'abord si j'en suis vraiment coupable ou si le propos a été mal interprété. Et de m'ajuster si c'est justifié. Bien sûr, il faut être conscient du monde dans lequel on vit et de comment les idées circulent à une vitesse folle mais moi, j'ai décidé de faire confiance aux spectateurs. Je n'ai pas la prétention de ne m'adresser qu'aux intellectuels ou aux gens d'une allégeance politique particulière. Quand quelqu'un me dit que je dois d'abord m'assurer d'éviter de heurter le public, je ne suis pas à l'aise. J'ai confiance que les gens comprennent mon second degré et la vraie nature de mon propos.»

Lui qui était au Salon du livre trifluvien pour présenter son recueil de chroniques déjantées sur les régionalismes diffusées à l'émission littéraire Plus on est de fous plus on lit à Ici Première, lui qui a remporté le Prix du Gouverneur général pour sa pièce Scottstown, ne se voit pas privilégier la littérature pour l'instant. «Ce que j'écris est fait pour être dit sur scène. Sur scène, on a les réactions en direct: c'est extrêmement grisant. On a des lignes du texte qui marchent à chaque représentation et qu'on anticipe avec plaisir. D'autres qui ne marchent pas toujours alors, on est dans l'expectative. Je peux créer des inconforts parce que ça sert mon propos ou que ça favorise l'efficacité d'une autre ligne qui va suivre. J'aime ce jeu-là.»

En fouillant un peu sur Internet, on peut... (La Presse) - image 3.0

Agrandir

En fouillant un peu sur Internet, on peut trouver une vidéo de Fabien Cloutier offrant une séance de dégustation des bières du Trou du Diable filmée dans l'antre même de la bête, à Shawinigan. 

La Presse

Proche du Diable et de son trou

Fabien Cloutier a beau connaître une popularité inespérée depuis quelques années et être même forcé, faute de temps, de refuser des offres qui lui plaisent, tout le monde ne le connaît pas. Beaucoup s'en faut. Comme son talent prend bien des formes, quelle est, croit-il, le meilleur médium pour apprécier son talent?

«Je dirais que c'est encore le spectacle sur scène qui définit le mieux toute ma démarche artistique. C'est là où je sens que je suis le plus complet. Les chroniques que je viens de publier sont peut-être plus proches de mes vraies positions politiques et sociales, mais c'est dans le stand-up que j'offre le mieux la globalité de l'artiste que je suis.»

Bien sûr, une petite recherche sur Internet offre la possibilité de trouver des extraits de son spectacle Assume comme d'autres facettes de son art à travers lesquelles on peut commencer à tracer son profil singulier. En fouillant un peu, on peut même trouver une vidéo de Fabien Cloutier offrant une séance de dégustation des bières du Trou du Diable filmée dans l'antre même de la bête, à Shawinigan. Ce n'est pourtant pas une publicité; plus une plaisanterie entre amis.

«Les gars du Trou du Diable sont de bons amis depuis longtemps. Je pense que ça date de la première fois où j'ai pris part au Festival du théâtre de rue à Lachine. J'ai tout de suite connecté avec Isaac et André. J'ai fait du rodage au Pub pour mon spectacle au début. Je les considère un peu comme des partenaires, des compagnons de route. Il y a une similitude dans la façon que nous avons de faire chacun notre métier. On travaille avec passion pour faire des choses qu'on aime, on le fait à notre façon. Eux font de la bière, moi je suis comédien et auteur mais nous revendiquons tous le titre d'artisan et peu importe nos spécialités respectives, on se rejoint tous là-dedans.»

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer