Les mauvaises herbes: des herbes pas si mauvaises que ça ***

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Dans Les mauvaises herbes, Gilles Renaud incarne un agriculteur vieillissant qui s'est lancé dans la culture illégale du cannabis dans sa grange. Une installation artisanale mais pas moins efficace pour autant.

Le NouvellisteFrançois Houde 3/5

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François Houde
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Un nouveau film de Louis Bélanger est toujours un événement, rendu cette fois plus intrigant du fait qu'il retrouve avec Les mauvaises herbes, le ton de la comédie dramatique qu'il maîtrise si savoureusement.

Lui et son coscénariste Alexis Martin nous présentent Jacques, que Martin interprète lui-même, un comédien, joueur compulsif, poursuivi par un prêteur usuraire. Poursuivi au sens littéral, au point de devoir sauter dans le premier autobus Orléans venu pour se sauver de ses poursuivants qui l'ont repéré au moment de l'entracte d'une pièce dans laquelle il joue. Autobus en route vers l'Abitibi où le comédie débarque en pleine nature, en plein hiver et complètement perdu, encore vêtu de son léger habit de scène. Il est recueilli par Simon (Gilles Renaud) un agriculteur du coin. Un type bourru, solitaire, qui semble pourtant apprécier l'arrivée de cet hurluberlu et sa vulnérabilité.

Sous peine de le dénoncer au prêteur qui le recherche, il le force à lui prêter main forte dans son projet de culture de marijuana à l'intérieur de sa vieille grange. Jacques y prend goût et les deux hommes trouvent ainsi un terrain d'entente. Jusqu'à ce qu'apparaisse Francesca, employée de Hydro Nord qui découvre la serre illégale et que les deux compères kidnappent pour éviter qu'elle les dénonce. Elle embarque dans le projet et y prend goût elle aussi. Tout aurait pu bien aller si le prêteur usuraire ne s'était pointé le nez inopinément.

Le ton qu'on aime

On retrouve dans Les mauvaises herbes, le ton qu'on aime de Louis Bélanger. Un humour ironique et fin, des personnages colorés, des traits d'esprit qui s'inscrivent dans une oeuvre maîtrisée derrière son apparence d'artisanat. Le résultat n'est peut-être pas aussi savoureux que Gaz bar blues, un classique, mais c'est un divertissement intelligent et plein de sensibilité qui procure beaucoup de plaisir. 

On est d'ailleurs content de retrouver Gilles Renaud dans un personnage dont le côté bourru cache mal la sensibilité. C'est le Gilles Renaud de Gaz bar blues ou du Démantèlement, le Gilles Renaud qui brille quand il a des personnages truculents et savoureux à défendre.

Alexis Martin est évidemment irréprochable dans un rôle qu'il a lui-même écrit. Lui et Gilles Renaud forment une paire formidable abordant sur le même registre naturel les contrastes grossiers comme les subtilités de leurs personnages. Grâce à la qualité des dialogues, les deux principaux interprètes convainquent complètement. Comme souvent avec Louis Bélanger, la complexité de la production, pourtant minutieuse, s'efface pour laisser toute la place à l'humanité.

Aux deux vétérans vient s'ajouter une jeune comédienne peu connue, Emmanuelle Lussier-Martinez, qui tient tête aux deux vétérans avec un aplomb que ne laisse pas deviner sa frêle et délicate apparence. C'est son personnage qui relance avec entrain un scénario qui arrivait à un point de stagnation.

Le cinéma de Louis Bélanger est très centré sur l'émotion pudique de ses personnages. Ça nous fait oublier que la structure de son scénario est solide comme un pont, celui qui fait le lien entre trois caractères que tout semble opposer et qui soutient un récit sans la moindre longueur. 

Tout petit bémol sur l'interprétation de Luc Picard en mafioso urbain, dont la caricature n'a pas obtenu mon adhésion sans restriction.

Bélanger a soigné plein de détails qui participent tous à une même intention sans nécessairement frapper l'imagination. Prenez L'hiver des quatre saisons de Vivaldi qui revient comme thème musical récurrent. Ça vient se plaquer sur les images de neige comme un cliché mais en même temps, c'est en contradiction avec le ton du film. Vivaldi et un cultivateur de cannabis du XXIe siècle en Abitibi, ça n'a apparemment rien à voir et pourtant, ça se marie admirablement.

Les mauvaises herbes est un film sur le choc des oppositions et ce qui peut en sortir de bon: l'amitié, la solidarité, le désir de rédemption, d'être meilleur avant qu'il ne soit trop tard. Et la rédemption, elle passe par le travail et la réconciliation de réalités opposées (la ville et la campagne, la jeunesse et l'âge mûr, la chaleur et le froid).

Bélanger est un artiste pudique. Derrière une histoire de drogue, de crime organisé, il cache des valeurs on ne peut plus traditionnelles et positives qu'il véhicule dans une approche cinématographique qui l'est tout autant. Pas d'effets inutiles, pas de maestria technique, pas d'esbroufe, pas d'humour facile, juste une histoire. Du travail bien fait et du coeur, voilà tout ce qu'il faut.

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