Les sentiers moins fréquentés du succès

Le Grand-Mérois d'origine Rémi-Pierre Paquin est très pris... (La Presse)

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Le Grand-Mérois d'origine Rémi-Pierre Paquin est très pris par une carrière qui l'amène sur des voies peut-être pas toujours conventionnelles mais qui comblent un attrait qu'il nourrit pour une certaine marginalité.

La Presse

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François Houde
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Bien sûr, il y a eu Les Invincibles, série culte qui a propulsé le Grand-Mérois d'origine Rémi-Pierre Paquin au statut de vedette populaire, mais ne regarder que ça fait oublier de très nombreux personnages savoureux qu'il a interprétés. Plusieurs viennent inévitablement en tête mais énumérer ses rôles est un exercice fastidieux et, somme toute, futile. Qu'il suffise de dire qu'il n'a pratiquement jamais arrêté de travailler depuis sa sortie de l'UQAM en 1999. C'est rare dans ce métier et cela constitue peut-être la plus fiable mesure de son succès.

«C'est vrai que j'ai eu de nombreux contrats mais mon parcours n'était pas inscrit dans les paramètres habituels et j'en suis très content, confiait-il en entrevue au Nouvelliste tout récemment. Il y a dans ma carrière un petit côté champ gauche qui me plaît parce que ça me ressemble. Je serais d'ailleurs bien incapable de dire si ce sont les rôles qui ont dicté mon orientation ou ma personnalité qui m'a amené ce genre de rôles.»

Il n'aurait pourtant pas refusé des rôles plus conventionnels si c'est ceux-là qu'on lui avait offerts. «Je veux gagner ma vie en jouant: j'aurais pris ce qu'on m'offrait. Peut-être que j'ai fait certains choix que d'autres comédiens n'auraient pas osé ou voulu faire.»

Il estime que ce qui compte, en bout de ligne, c'est d'être sincère. Quand vient le moment de choisir, il a appris à se fier à un critère d'une déconcertante simplicité et pourtant moins facile à appliquer qu'on pourrait le croire: «J'opte pour ce qui me tente. Ça m'a toujours guidé jusqu'ici et je n'ai jamais eu à m'en plaindre.»

Bousculer

Il est d'abord comédien mais c'est peut-être en tant qu'animateur qu'il a le plus manifesté cette marginalité. Alors que d'autres se font une carrière à animer des émissions à succès, lui manifeste sa singularité dans ses choix. On pense au spectacle intitulé Lèche ton livre présenté lors du Salon du livre de Trois-Rivières au printemps dernier et repris dans d'autres Salons où on exploitait le côté scabreux de la littérature québécoise. 

«Il y a eu aussi le show de sexe que j'ai animé à la télé qui a beaucoup fait jaser. J'ai beaucoup aimé animer ça.»

«Je pense qu'il y a une vingtaine d'années, je n'aurais pas pu avoir la carrière que je connais présentement. Notre télévision offre une plus grande diversité d'émissions. Ça tient à la multiplication des canaux spécialisés, c'est certain, mais je pense qu'on fait aussi montre d'une plus grande ouverture d'esprit. On repousse les limites, on explore des concepts étonnants qui viennent bousculer les idées reçues. Ça me plaît.»

Ce parcours atypique a fini par dessiner la ligne de sa carrière. «On ne m'a pas offert de rôles récurrents dans des téléromans de grande écoute s'étalant sur plusieurs années. Les projets auxquels on m'associe durent le plus souvent deux ou trois ans, au maximum. Un des rôles les plus conventionnels que j'ai interprété, c'est celui d'un curé dans le film Frisson des collines. Je ne suis pas sûr que c'était le bon casting.»

Damné Bidou!

Un rôle qui semble lui aller à merveille, c'est celui du mauvais garçon Bidou Laloge dans Les pays d'en haut. «Ça c'est l'fun! Bidou, c'est un mauvais fils, un alcoolique, un pas fiable; c'est le mauvais gars de la série. C'est la première fois que je suis appelé à interpréter un rôle que quelqu'un d'autre avait tenu avant moi et que le public a bien connu. Ça aurait pu être une pression supplémentaire mais je ne le sens pas du tout comme ça. Je n'ai pas hésité une seconde à embarquer dans l'aventure parce que je trouvais intéressant de jouer le gros pas fin.»

«Pour moi, si un soir tu rencontres un gars comme Bidou, c'est que tu vas passer une bonne soirée. Mais ce qui le rend bien plus intéressant à jouer, c'est qu'il a aussi un côté bon yable parce qu'il a besoin des autres. Dès l'audition, j'ai aimé ce personnage-là. Ils avaient choisi de bonnes scènes où il manipulait son père en masse: j'ai adoré ça.»

Marquant dans la série des années 60, le personnage n'a toujours pas fait son apparition dans les épisodes diffusés de la nouvelle mouture. «Il arrive au 8e épisode de la première saison. Il va être beaucoup plus présent dans la deuxième», dévoile l'interprète.

Cela dit, il ne faudrait pas conclure trop rapidement que Rémi-Pierre Paquin n'a joué que des sales types. «Dans Mauvais karma je jouais SD Rajotte, un gars vraiment très straight. C'était un bon gars, une vraie pâte molle. C'était l'fun aussi.»

Ce qu'on sait moins, c'est que le comédien a aussi tâté de l'écriture, ce que le public de théâtre trifluvien pourra constater au printemps grâce au Théâtre des Gens de la Place. Il sera un des sept auteurs des soirées de Contes à rebours que la compagnie trifluvienne présentera les 31 mars, 1er et 2 avril. 

«Ce n'est pas mon baptême parce que j'avais participé aux soirées de Contes urbains qu'organisait Yvan Beauchemin à Montréal, rappelle-t-il. J'avoue que ça m'a fait peur quand on m'a demandé d'écrire mais j'ai vraiment aimé ça. Ça exige une discipline que je n'ai pas naturellement. Il faut que je sois obligé pour que je me discipline mais ça me plaît. J'aime l'action qui vient avec le travail de comédien mais l'écriture vient stimuler une exploration très intime. C'est bizarre: je n'ai pas de pudeur quand je joue alors que j'en ai une grosse quand j'écris.»

Et la musique, cette autre passion? «Ça, c'est pour le pur plaisir. Je veux en refaire. J'ai beaucoup aimé l'expérience de travailler en studio, monter un album. Quand je vais avoir un peu plus de temps à moi, je vais m'y remettre.» Déjà, qu'il doive attendre d'être moins occupé pour l'envisager, ça en dit assez long sur la santé de sa carrière. Combien de ses collègues rêveraient d'avoir le même problème?

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