Jeannot Bournival: un an de vie, pour toujours

Plus souvent musicien de soutien ou réalisateur d'album,... (Sylvain Mayer)

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Plus souvent musicien de soutien ou réalisateur d'album, Jeannot Bournival sort de l'ombre pour présenter un premier album solo officiel qui réunit dix pièces instrumentales de sa composition.

Sylvain Mayer

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François Houde
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Ça fait une drôle d'impression d'apprendre que Jeannot Bournival lance un album de son cru. On est tellement habitués de le sentir dans l'ombre d'autres artistes qu'on s'étonne qu'il ait décidé de s'exposer directement à la lumière. En même temps, avec les succès qu'il a connus, avec l'évidence de son talent, on se dit qu'il ne pouvait que se manifester au grand jour, tôt ou tard.

Qu'importe comment on le perçoit: le musicien de Saint-Élie de Caxton présente P. 36 (Musique à numéro) son premier «vrai» album solo. Les guillemets viennent rappeler un album jazz sorti il y a plusieurs années dans le cadre du Projet Bleu Ciel mais qui n'avait pas eu droit à une distribution digne de ce nom.

Celui-ci, c'est autre chose: un album parfaitement assumé, voulu, comme un couple veut un enfant.

Il a toujours écrit de la musique mais dans les dix, quinze dernières années, sa carrière a changé. De saxophoniste de jazz il est devenu bien davantage un compositeur, un arrangeur et un réalisateur d'albums. Sans cesser d'écrire, en dilettante. Il y a deux ans, la vie s'est beaucoup intéressé à lui, avec toute l'intensité dont elle est capable dans certaines phases dures et essentielles de nos existences. «Il s'est produit un paquet de changements, relate-t-il. Ç'a été le genre d'année où tout m'est arrivé: la vie, la mort, un coup de pelle dans la face! Autant du merveilleux que de la douleur. Et là, j'ai écrit beaucoup de musique, au point où c'est devenu thérapeutique. J'ai senti très clairement qu'il fallait que ça sorte. On me connaît comme musicien de soutien pour beaucoup de monde mais là, j'avais beaucoup de musique qui relevait d'émotions intimes et très personnelles que j'avais envie de partager.»

Quand la pulsion s'impose, nécessaire et viscérale, ce n'est plus tant une envie qu'un devoir envers soi-même.

On décode...

C'est devenu un album, médité, fignolé, vieilli, comme on le fait avec du vin. Le titre, mystérieux, témoigne de cette réflexion. P. 36 comme page 36, parce que l'année tumultueuse qui a forcé Jeannot Bournival à écrire est celle de ses 36 ans. Les émotions qui se sont imposées à lui et qui exigeaient un partage sont celles d'un homme adulte au mitan de sa vie.

C'est un album entièrement instrumental, chacune des dix pièces reflétant un état d'âme particulier. «Chaque pièce témoigne exactement de l'émotion que je vivais à un moment précis. C'est un peu comme un film de ma vie où je témoigne d'émotions heureuses vécues alors que la maison est pleine de monde au même titre que de moments de solitude avec ma guitare basse devant le poêle à bois. Il y a une pièce, par exemple, inspirée par une heure passée seul avec mon fils à la maison, un matin. Lui jouait avec ses blocs Lego pendant que moi, je faisais ma petite musique. À un certain moment, il s'est mis à pianoter et j'ai eu envie de garder ces instants précieux en les mettant en musique. Ça a donné Petit clown, doigts d'enfant sur les miens. Mais d'autres pièces illustrent des émotions fortes qui m'ont frappé dans le cours de cette année-là.» 

En bout de ligne, il a voulu offrir une musique accessible qui se déroule à l'oreille de l'auditeur comme une exposition visuelle s'offre aux yeux des spectateurs. «Tu peux avoir un tableau figuratif qui est magnifique mais aussi une toile abstraite dans laquelle le spectateur peut se perdre... et se trouver. C'est cette dernière approche que j'ai privilégiée de sorte que n'importe qui pourrait associer la musique à des moments de sa vie. J'ai fait de la musique que chacun peut repeindre avec sa propre oreille. C'est le sens de Musique à numéro.»

Cette musique peut et doit donc appartenir aux auditeurs. Habitué d'être à l'écoute des musiciens qui font appel à lui pour réaliser leur album, Jeannot a appris à trouver en lui l'universel. Peut-être que ce qui justifie foncièrement ce premier «vrai» album, après plusieurs années de musique en professionnel, c'est le besoin pleinement assumé du don, du partage, en total respect de sa propre inspiration.

Vivant

Le bachelier en interprétation jazz de l'Université de Montréal sait que P. 36 (Musique à numéro) est un luxe que bien peu de musiciens peuvent se permettre. «J'ai eu du temps pour monter le projet et c'est rare qu'on a ça. Je l'ai fait à coups de fins de semaine à travers toutes sortes d'autres projets que je mène de front. Le fait de posséder mon propre studio m'a donné le droit de prendre tout mon temps. C'est un luxe.»

«À certains moments dans une carrière, on se demande où on en est. Est-ce qu'on est vraiment soi-même à travers ce qu'on fait. Là, je peux dire que cet album représente parfaitement ce qu'a été cette année-là pour moi. C'est comme une grosse photo d'une année de vie. Je me suis rarement senti aussi vivant que dans le processus de fabrication de cet album-là.»

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