Le vertige, sans le plaisir

La photographie du film Endorphine exploite beaucoup le... (Les Films Séville)

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La photographie du film Endorphine exploite beaucoup le travail avec l'ombre dans des atmosphères souvent lugubres comme en témoigne cet extrait.

Les Films Séville

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François Houde
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) D'emblée, le cinéaste André Turpin propose une réflexion fascinante qui donne l'élan de départ à son nouveau film Endorphine. Une réflexion sur la notion du temps. Vaste et complexe sujet que Turpin explore avec rigueur dans une exploration excessivement complexe qui laisse le spectateur groggy.

Turpin se pose une question aussi fondamentale que pertinente: qu'est-ce que le temps? Est-ce que la perception que nous en avons permet d'en définir les paramètres ou sommes-nous limités par notre perception? On perçoit généralement le temps comme un continuum, une succession d'événements mais se pourrait-il que tous les temps, présents, passés et futurs existent en même temps et que nous puissions vivre aussi bien l'un que l'autre selon nos dispositions?

Sous hypnose, certains sujets ont une notion du temps complètement différente. C'est vrai aussi dans les rêves. Se peut-il que ces états particuliers nous donnent accès à d'autres réalités du temps?

Turpin pose non seulement la question, il l'explore. À travers une histoire où Simone (Sophie Nélisse), 13 ans, est témoin de l'incompréhensible et brutal meurtre de sa mère. Son père a recours à l'hypnotisme pour l'aider à guérir du traumatisme. On la retrouve dès lors à différents moments de sa vie: à 25 ans (Mylène Mackay) alors qu'elle recherche obsessivement l'assassin de sa mère et dans la soixantaine (Lise Roy), alors qu'elle est devenue une physicienne de renom et qu'elle présente une conférence sur la nature du temps. 

De la même façon qu'il déconstruit les notions généralement acceptées sur le temps, Turpin déconstruit les notions du scénario traditionnel. Son récit, simple à la base, est traité en d'innombrables cassures de la narration, de constants sauts dans le temps, des ellipses, des répétitions. La rigueur de son travail est évidente. Tant par le soin apporté à la photographie, confiée à Josée Deshaies, que par le montage excessivement serré. Cette rigueur est cependant d'une insupportable lourdeur.

Peut-être pareil essai s'adresse à des spectateurs nettement plus intelligents que moi. Sûrement, en fait. Ce qui est sûr c'est que Turpin m'a complètement perdu malgré beaucoup de bonne volonté. Après soixante minutes d'un film qui en dure 84, je n'avais plus la force morale d'essayer de rattraper un fil conducteur qui m'avait depuis longtemps échappé. Au point de m'ennuyer ferme.

Le film a d'indéniables mérites. Il est construit avec énormément de soin et de précision. On sent que chaque plan, qu'on en saisisse ou non le sens, est très rigoureusement élaboré et qu'il a fait l'objet d'une réflexion. Je ne peux douter que tout cet enchevêtrement de scènes ait une cohésion et qu'il résulte en une brillante et gratifiante démonstration intellectuelle. Simplement, je n'y ai pas eu accès.

Prenez comme exemple de rigueur du processus de création un élément inattendu: la distribution. Pour incarner Simone à l'adolescence puis à 25 ans, André Turpin a trouvé deux actrices qui se ressemblent physiquement énormément tout en arrivant à distiller la même énergie diffuse et incertaine. J'ai rarement, sinon jamais, vu un choix de comédiennes aussi judicieux.

André Turpin disait lui-même en entrevue qu'il voulait créer un vertige chez les spectateurs et qu'il croyait que ceux-ci devraient probablement voir son film plus d'une fois pour le bien saisir. C'est très juste et très réussi pour ce qui est du vertige. Par contre, le premier visionnage a été une expérience si peu gratifiante que je ne m'infligerai pas une deuxième fois.

Endorphine est un film cérébral, difficile, exigeant, qui ne cherche en aucune façon à plaire. Ça doit être vu comme une qualité dans un domaine artistique, le cinéma, qui souffre par trop de compromis et de mièvrerie. Il y a sans doute une clientèle pour pareil projet mais il est étonnant qu'Endorphine soit programmé dans des salles commerciales d'habitude si frileuses à toute audace artistique. Il serait très étonnant qu'il attire plus qu'une poignée d'amateurs avertis.

* * 1/2

Endorphine

Drame d'André Turpin avec Sophie Nélisse, Mylène MacKay et Lise Roy.

Traumatisée par le meurtre de sa mère, une adolescente a recours à l'hypnose qui révèle des pans insoupçonnés de son inconscient.

Une exploration froide, sybilline et audacieuse de la notion même du temps.

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