Patricia Beaulieu adopte Saint-Élie-de-Caxton

Patricia Beaulieu... (La Presse)

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Patricia Beaulieu

La Presse

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Linda Corbo
Linda Corbo
Le Nouvelliste

(Montréal) Patricia Beaulieu, originaire de Pointe-du-Lac, navigue dans le domaine des productions télévisuelles depuis plus d'une quinzaine d'années, que ce soit à la réalisation des émissions Fais ça court jusqu'à Formule Diaz en passant par Voir télé et À la Di Stasio. Si on en entend parler davantage ces jours-ci, c'est qu'elle a créé au cours de la dernière année Saint-Élie-de-Légendes, série de quatre épisodes d'une heure qui a débuté mardi et qui se poursuivra les 15, 22 et 29 décembre 2015.

Patricia Beaulieu et Jacques Langlois... (Karine Dufour) - image 1.0

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Patricia Beaulieu et Jacques Langlois

Karine Dufour

Patricia Beaulieu et Maurice Gendron... (Karine Dufour) - image 1.1

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Patricia Beaulieu et Maurice Gendron

Karine Dufour

Ce projet, qui s'est transformé en solide béguin professionnel pour elle au cours de la dernière année, est un projet initié par Fred Pellerin, de qui elle est complice depuis les premières heures du conteur. «La première fois que j'ai entendu parler de Fred, c'était par les Tireux d'roches, je pense...», relate-t-elle.

Patricia Beaulieu était jeune recherchiste pour La Vie en Mauricie et avait besoin de quelqu'un qui serait en mesure de leur raconter l'histoire des petits poissons des chenaux. Elle l'a trouvé. «On était en direct, lui dans une petite cabane à pêche et moi avec l'équipe de régie dans un coin. Quand il a commencé à raconter son histoire, ça riait tellement en régie que les gars oubliaient de découper...»

Puis elle a retrouvé Fred Pellerin dans un deuxième temps, au moment où le jeune conteur avait entrepris d'aller tenter sa chance au Gala ROSEC, dans l'espoir de retenir l'attention des diffuseurs et de pouvoir aller se produire dans leurs petites salles à travers le Québec.

«Il m'avait donné un papier en me disant que c'était son calendrier et qu'il fallait ''booker'' des spectacles. J'avais un petit stand, avec le nom Fred Pellerin écrit en avant...», raconte Patricia Beaulieu. Le jeune homme a eu besoin d'une prestation de 15 minutes et il y avait foule devant son stand. «Il a tout cassé!», relate-t-elle. «Les gens venaient me voir, je pouvais lui programmer un show sur la Côte-Nord le vendredi soir et un autre à Shawinigan le lendemain, c'était ridicule mon affaire. Le soir, je lui ai dit qu'il allait avoir besoin d'un agent et que ce ne serait pas moi», sourit-elle. «Et tout a déboulé pour lui...»

Leur collaboration mutuelle s'est néanmoins toujours poursuivie, si bien que chaque fois que des images doivent se juxtaposer sur son oeuvre, le conteur fait appel à celle qui est devenue une amie. Avec lui, la réalisatrice a créé des vidéos pour les campagnes de Centraide, des capsules pour le compte de TV5, deux vidéoclips et quelques autres collaborations, des tournages qui l'ont amenée à ratisser tous les coins de ce village de contes et d'y découvrir un réel tout aussi sympathique.

Rien n'avait toutefois été aussi élaboré que l'incursion qu'elle y a fait au cours de la dernière année pour réaliser Saint-Élie-de-Légendes, série qui l'a amené à découvrir les personnages que Fred a voulu révéler comme des légendes vivantes, ces Jack, Léo, Madame Garceau, Maurice et Rocker que l'on découvre désormais au petit écran. Des gens dont elle s'est éprise solidement, avoue-t-elle.

Patricia Beaulieu y a mis le temps qu'il fallait. Loin des tournages traditionnels, la réalisatrice n'a pas ménagé son temps en présence de ceux qu'elle filmait, quitte à passer deux heures à regarder Madame Garceau préparer son pouding chômeur ou à infiltrer la salle de bain de Léo où monsieur se coiffe. Du coup, les gens en oubliaient les caméras. Patricia l'a d'autant plus compris quand Maurice, qui devait se changer, a pris soin de se demander à ce que l'on ferme les rideaux pour ne pas que les gens le voient, sans pourtant se soucier de la caméra.

La réalisatrice a adoré. «C'est le seul projet que j'ai fait comme ça de ma vie, et je ne pense pas avoir un jour l'occasion d'en vivre un autre aussi prenant», dit-elle. «Ces gens-là n'ont pas de cellulaire ni de répondeur. Pour prendre rendez-vous, tu ne peux pas les texter ou passer par Facebook... Fallait que je les appelle et là, tu finis par passer une heure de bonheur à jaser», sourit-elle. Patricia Beaulieu en ressort d'ailleurs avec un certain déchirement. «Je pense que j'ai développé plus de proximité avec ces gens-là qu'avec mes propres grands-parents. Je me suis fait prendre à m'attacher à eux...»

En ces temps où le sordide règne en tellement de lieux, elle y a puisé une réserve d'essentiel. «Ce qu'on voit dans cette série, c'est de l'humanité à l'état pur», dit-elle. «Tout ce que je souhaite avec cette série-là, c'est que les gens réalisent qu'ils ont eux aussi des gens comme ça autour d'eux. Souvent, on oublie les personnes âgées ou on ne pense à eux seulement qu'à quelques occasions spécifiques, mais il y en a plein qui font de grandes choses comme font ces gens de Saint-Élie», dit-elle.

Aujourd'hui, la réalisatrice se souhaite de trouver de nouveau le type de projets que Fred Pellerin lui a permis de créer. «On s'est connu dans le tout petit et dans l'artisanal, et on continue à faire les choses de cette manière. C'est ça qu'on aime, s'asseoir le soir, jaser. Moi, c'est ça qui me fait «triper» dans le fond.»

Patricia Beaulieu et Léo Déziel... (Karine Dufour) - image 2.0

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Patricia Beaulieu et Léo Déziel

Karine Dufour

Patricia Beaulieu et Madame Garceau... (Karine Dufour) - image 2.1

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Patricia Beaulieu et Madame Garceau

Karine Dufour

Le documentaire et l'humanité d'abord

En principe, la réalisatrice Patricia Beaulieu ne devait pas travailler dans le monde de la télévision, mais bien en presse écrite, comme elle s'y était préparée dans sa formation en arts et technologies de médias au Cégep de Jonquière. Sauf qu'au moment de faire une demande de stage au Nouvelliste de Trois-Rivières, la jeune femme s'est fait damer le pion par un autre étudiant, l'obligeant à trouver un stage d'étude ailleurs. «Je voulais absolument faire mon stage en Mauricie, alors j'étais vraiment désorientée...», relate-t-elle. Patricia Beaulieu le raconte avec un large sourire puisque sa deuxième option s'est avérée assez heureuse merci.

C'est dans les studios de CHEM TVA que l'étudiante a effectué son stage, un milieu qui lui a permis de découvrir sa voie. «Dès le départ, j'avais une approche journalistique et je rencontrais des Pierre Saint-Yves, des gens qui écrivaient aussi à la base, mais qui mettaient en images leurs histoires...», dit-elle. «C'est là que j'ai découvert l'importance des images et que j'ai réalisé ce qu'elles ajoutaient dans l'impact d'une histoire.»

La jeune fille a saisi rapidement. «Je crois que ce qui m'a sauvée souvent dans la vie, c'est ma curiosité et le fait que j'aime et que je m'intéresse réellement aux gens. Je m'installais avec l'infographe, ou avec le réalisateur en régie et j'observais», relate-t-elle.

Sur le terrain, elle a trouvé les sujets qui lui permettaient de raconter ses histoires en images. Elle se souvient très bien de ce cueilleur d'asperges français qu'elle avait filmé à Sainte-Anne-de-la-Pérade et qui chantait à la fin de son topo. «C'était beau. C'était de l'humanité à l'état pur.»

Lorsque son collègue Louis Cloutier lui a fait remarquer qu'elle avait le sens du «punch» pour boucler ses histoires, son élan s'en est fait que plus grand et la télévision est devenue son terrain de jeu. «En fait, j'avais de la graine de réalisatrice sans le savoir car je scénarisais déjà mes histoires... Dès ce moment-là, j'ai compris que c'était peut-être ça, mon destin : raconter des histoires qui allaient toucher les gens...»

Au fil de sa carrière, elle a souvent travaillé avec son conjoint Pascal L'Heureux (de Saint-Georges-de-Champlain) qui est aussi réalisateur, mais pendant que lui s'oriente aujourd'hui vers la fiction avec textes et acteurs, elle revient toujours naturellement au documentaire. «Personnellement, je préfère arriver dans la cuisine d'une madame, ne pas savoir ce qui va se passer et me laisser guider par ce que la personne me donne. Ce qui ressort, c'est de la vérité et la vérité, ça me touche dix fois plus que quelqu'un avec un texte.»

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