Ingrid St-Pierre: le bonheur d'avoir trente ans

Ingrid Saint-Pierre... (Martin Laporte)

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Ingrid Saint-Pierre

Martin Laporte

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François Houde
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Avoir trente ans, indiscutable étape, justifie une célébration. Ingrid Saint-Pierre, elle, sort un album. Il s'intitule Tokyo.

Ce n'est pas l'album de la maturité, mais celui de la maîtrise de son petit art tout intime, quotidien, personnel. Un art marqué par le piano, toujours, en dentelles, comme la harpe sur certaines plages. Des notes comme autant de petites perles, échos à sa poésie, toute en délicatesse. Des pointes de ballerine sur la portée.

C'était déjà là sur ses deux premiers albums, Ma p'tite mam'zelle de chemin (2011) et L'escapade (2012). Ça l'est davantage sur Tokyo né d'un besoin impérieux de dire où elle en est. Aborder la trentaine peut faire ça.

Étonnant que cette dentelle soit d'abord née dans l'anxiété. «Écrire l'album, au tout début, a été tout un défi, confie la toute nouvelle maman. J'avais la trouille devant la page blanche. Je souffrais d'une sévère attaque du syndrome de l'imposteur. Il a fallu qu'à un moment, je lâche prise. Je me suis ordonnée de n'écrire que ce que j'avais envie d'écrire, quitte à ce que ce ne soit que des p'tits bouts de papier que personne ne lirait jamais. Sans cet abandon, je n'aurais jamais rien écrit.»

Avant les petits bouts de papier, il y a eu une pause de spectacles, un besoin de vivre, de trouver des choses à dire. Une s'est imposée: avoir trente ans. «C'est la plus grosse année de ma vie. Il s'est passé toutes sortes de trucs et ç'a été très émotif. Il est arrivé un moment où j'ai eu très envie d'écrire les chansons d'une fille de trente ans.»

Le début de la maturité n'est pas divorce d'avec l'avant. «Le côté gamine est toujours là, l'aspect ludique aussi, analyse l'auteur compositrice. Cependant, c'est teinté de l'élan d'une femme plus assumée. Mon orientation musicale est plus définie, aussi, je dirais. Ce sont les chansons d'une femme qui sait mieux qui elle est. Bien sûr, j'ai encore de ces remises en question qui caractérisent la jeune vingtaine mais elles sont moins douloureuses.»

«Je suis très heureuse présentement et le bonheur me nourrit beaucoup. Je pense que ça transparaît dans mes chansons.»

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Entre deux contractions

Chez Ingrid Saint-Pierre, l'inspiration n'exige ni douleur ni déchirements. Elle se repaît volontiers du bonheur, fut-il petit, quotidien. Elle s'est gavée quand le très grand s'est imposé dans la vie de la chanteuse. «Je n'ai pas l'impression que la maternité m'ait changée encore, c'est tout récent, mais je suis sûre que ça m'aide déjà au jour le jour. Ces temps-ci, les semaines sont très occupées, ça va vite: mon fils, lui, il s'en fout que je lance un album. Il sourit quand il en a envie et il dort quand ça lui convient. Ça relativise tout. Quand tout va trop vite, je le regarde et je comprends ce qui est essentiel.»

Sa maternité est là, bien présente dans l'album, mais discrète. «Ce n'est pas l'album Ingrid est enceinte, rigole-t-elle au bout de la ligne. J'ai fabriqué l'album en même temps que j'ai fabriqué mon fils. Je l'ai écrit, j'étais enceinte, je l'ai enregistré, j'étais enceinte jusqu'aux yeux. Lors des enregistrements, il est arrivé que je chante entre deux contractions! Quand j'ai terminé l'album, mon enfant était dans mes bras et je l'allaitais entre deux chansons. Forcément, ça teinte.»

«Je n'ai pas eu envie que ce soit l'album de ma maternité. Il y a Ingrid la chanteuse et il y a Ingrid la maman et ce sont deux choses que je veux conserver distinctes. L'un ne va pas sans l'autre mais j'ai besoin de créer deux bulles et de vivre distinctement ces deux volets de ma vie.»

On la croit, bien sûr, mais quand une vie est transformée à jamais, quand les perspectives changent, que le bonheur s'impose, ne vient-il pas peser sur la plume? «Probablement, répond la blonde maman. Tokyo est marqué par une écriture un peu différente. J'ai eu énormément de plaisir à le composer, à peaufiner ces textes-là. Je suis extrêmement fière de mes histoires, de ce que ça donne en bout de ligne. Je pense que ça tient simplement à ce que j'ai écrit ce que j'avais envie de dire et chanté ce que j'avais le goût de chanter.»

Pour L'escapade, elle avait exploré une écriture plus impressionniste, cette fois, elle renoue avec les historiettes. «Je suis revenue au plaisir de raconter avec des chansons comme Les aéronefs, 63 rue Leman ou La ballerine, aussi. Dans Tokyo jelly bean, c'est toujours une histoire mais plus abstraite, une histoire qui peut être interprétée de mille façons. À ce titre, Tokyo est un peu un amalgame de mes deux premiers albums.»

La musique est davantage oeuvre de partage. Philippe Brault a été le complice premier, responsable des arrangements délicats et justes qui ornent l'album de sons de harpe et de trombone, en soutien à l'indispensable piano. «On s'est fait une bulle, Philippe et moi, de façon à en faire le maximum à nous deux. Ce n'est qu'à la toute fin qu'on a ajouté la contribution, quand même essentielle, des trois autres musiciens. On a approfondi les chansons tant qu'on a pu. Je sentais que je n'avais pas le choix: il se fait tellement de belles choses en musique au Québec que je devais me faire confiance et m'impliquer à fond en sachant que je pouvais compter sur une équipe vraiment exceptionnelle autour de moi.»

Malgré le soin apporté à l'album, c'est sur scène qu'Ingrid Saint-Pierre estime se faire justice au mieux. Bébé sous le bras, heureuse, elle sera à Trois-Rivières le 1er avril et à Shawinigan le 29.

Trifluvienne de coeur

Ingrid St-Pierre habite Montréal depuis maintenant quatre ans mais Trois-Rivières l'habite toujours. Ce n'est pas qu'elle y repense souvent, c'est davantage que ça. «Trois-Rivières, c'est carrément l'essence de ce que je fais aujourd'hui», clame-t-elle avec un enthousiasme qui exclut le pieu mensonge.

«C'est là que j'ai fait mes premières armes au piano, là que tout a éclos pour moi. Cette ville, elle fait partie de ce que je suis, carrément. Oui, petite, je jouais du piano à Cabano dans le Bas-du-fleuve mais la Ingrid St-Pierre qui compose des chansons, elle est née à Trois-Rivières dans mon petit trois et demie, rue Émile-Jean et au café Morgane tous les samedis soirs de 21 h à 23 h 30.»

«Je viens de là, tout part de là. Ma confiance s'est bâtie à travers les gens de Trois-Rivières qui venaient m'écouter et qui chantaient mes chansons. Si ça n'avait pas été de ça, je ne serais pas ici aujourd'hui et je ne serais pas en train de te parler au téléphone.»

«Comme j'aime mettre beaucoup de repères de la réalité dans mes chansons, j'en ai qui ont rapport à Trois-Rivières. Les ex, du dernier album, je l'ai écrite assise au Torréfacteur mais j'en ai plusieurs autres écrites au Morgane. C'est sûr que Trois-Rivières fait partie de l'essence de ce que j'ai écrit, que les références soient explicites ou pas.»

Elle regrette de ne pas revenir assez souvent dans la région mais soigne des amitiés précieuses. «Depuis l'accouchement, c'est difficile et l'été dernier, il a fait tellement chaud que je ne me suis pas déplacée beaucoup mais je reste en contact avec plusieurs personnes, beaucoup de gens liés au Café Morgane. Je pense notamment à des gens qui sont venus m'entendre chanter et avec qui je le suis liée d'amitié et avec qui je demeure en contact régulier depuis six ans. C'est précieux pour moi: ça me rappelle où tout ça a commencé.»

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