Zabel, cette heureuse signature

Sous une forme lumineuse et joyeuse, Zabel a... (Stéphane Lessard)

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Sous une forme lumineuse et joyeuse, Zabel a donné une signature bien personnelle à son oeuvre.

Stéphane Lessard

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Linda Corbo
Linda Corbo
Le Nouvelliste

(Champlain) Jeune fille fort douée sur les bancs d'école, Isabelle Parent a voulu devenir avocate, s'est plutôt inscrite au programme de loisir et culture à l'UQTR, a pratiqué son premier métier à la direction du service de garde du Collège Marie-de-l'Incarnation, emploi lucratif qu'elle a néanmoins quitté en 2009 pour épouser complètement sa passion dominante, celle des arts en général, et de la peinture en particulier.

Six ans après ce grand saut, c'est sous le nom d'artiste Zabel qu'on la retrouve dans son atelier-galerie logé en annexe de sa maison sur la route 138 à Champlain, spatule à la main, entourée de toiles qui n'ont pas de peine à trouver preneur. «Quand j'ai décidé de me concentrer sur mes toiles, ça a vraiment fonctionné rapidement», observe-t-elle aujourd'hui.

Sur ses toiles sont apparus, ces dernières années, une panoplie de mondes à dépeindre. Plusieurs amoureux, «parce que je suis une très grande romantique», dit-elle, mais aussi un éventail de musiciens, des chevaliers, des sommeliers et même quelques joueurs de hockey au passage.

Autant de personnages qui ont surgi de manière instinctive pour peupler un univers qui la fait vibrer. Or, c'est précisément ce qu'elle veut partager. «Je souhaite donner de l'âme à mes tableaux. C'est l'émotion que je veux faire ressortir. Avec les personnages, je peux changer les thèmes, les couleurs, leur âge, leur nombre, je ne me tanne jamais. Les possibilités sont infinies. Et la magie opère.»

Ses personnages ont souvent des airs de famille, des mouvements de cheveux qui se ressemblent, mais le seul véritable point en commun est qu'ils se retrouvent tous dans des moments de bonheur. «Lorsque je peins, je suis heureuse et je traduis mon émotion. Que je sois stressée, colérique ou déprimée, quand je prends mes spatules, je suis bien et c'est ce qui se retrouve dans mes tableaux.» Parfois, ses personnages s'absentent de ses toiles. Dernièrement, elle a d'ailleurs réalisé une toile semi-abstraite, «mais il y a une partie de moi qui n'est pas encore prête à s'en aller là», sourit-elle.

L'artiste se considère privilégiée d'avoir su trouver son public avec une signature bien personnelle, là où bien d'autres n'y sont pas parvenus malgré un grand talent. Un coup de chance, dit-elle. «Je crois qu'on ne choisit pas ce que l'on peint. On peint qui on est. Je n'ai pas choisi ces personnages, ce sont eux qui m'ont choisie.»

La première fois qu'ils ont été remarqués, c'est au CMI, une journée où elle griffonnait de petits écoliers sur sa feuille dans une réunion du personnel qui s'étirait. Une collègue lui a indiqué alors qu'elle pourrait peut-être remplir un contrat pour l'école, défi que Zabel a accepté. Il n'en fallait pas plus pour que les écoliers dévalent en série sur ses toiles. L'élan était donné. Les écoliers lui ont donné le goût d'inventer de nouveaux personnages et de les intégrer dans de nouveaux univers, un exercice qui l'a captivée au quotidien jusqu'à souhaiter ne plus arrêter.

La création était pourtant le deuxième choix de vie d'Isabelle Parent. «Depuis mon enfance, j'ai toujours dessiné, mais je considérais cela comme un loisir. Dans ma tête, une carrière artistique n'était pas assez crédible. Je pense que la vie s'est organisée pour que je prenne le bon chemin.»

Cela dit, la croisée des chemins l'a tout de même embêtée un brin. «J'avais un gros poste, dans une excellente école, un milieu que j'adorais», note-t-elle. Mais une fois la source de créativité éveillée, elle y a découvert un besoin qu'elle ne se connaissait pas. «Si je ne créais pas, je n'étais pas heureuse alors je créais en dehors de mon travail.»

Elle a multiplié les toiles, les a exposées et a bien aimé l'expérience. «J'ai eu une super belle réponse dès le début. Il y a comme une magie qui s'est passée», relate-t-elle, «mais à un moment donné, je ne pouvais plus avoir deux emplois et une famille épanouie...»

Son hobby a pris de la place, trop pour son horaire du temps, suffisamment pour la forcer à choisir entre l'art et son autre métier, l'artiste versant finalement du côté de la création, non sans une valse-hésitation. «J'ai pris deux mois à prendre ma décision. Quand je l'ai annoncée à mon employeur, elle m'a offert une année sabbatique, mais il n'était plus question que je revienne lui annoncer une deuxième fois que je quittais ce milieu-là. C'était trop difficile. Je me suis lancée dans le vide, comme un saut en parachute.»

Elle ne l'a jamais regretté. «La première journée où j'ai vu arriver ma fille de la maternelle et que j'étais là pour l'accueillir, j'ai su que j'avais pris la bonne décision.» Avec le recul, elle savoure d'autant plus le rythme de vie qu'elle mène désormais. La flexibilité des horaires n'a pas de prix pour cette mère de quatre enfants.

Et dans son atelier, les heures n'existent plus. «Quand je peins, je suis complètement dans le moment présent, dans un moment unique, un moment heureux. Je remercie le ciel d'avoir pu amorcer ce tournant», dit-elle. «Je pense que la vie n'est jamais trop romantique.»

À un clic des gens

Si Zabel a réussi à vivre de son art là où si peu de gens y parviennent, ce n'est certes pas en raison des bonnes conditions du marché dans son domaine, bien au contraire. La jeune femme est arrivée sur le marché en 2009 à un moment où l'économie sombrait, où certaines galeries fermaient leurs portes, lui donnant à naviguer un long moment à contre-courant. Aujourd'hui que le vent vire du côté du Web, elle entend bien voguer joyeusement dans ce sillon.

Le 22 octobre dernier, elle créait une toute nouvelle boutique en ligne pour rejoindre les adeptes de l'achat par Internet qui se font de plus en plus nombreux. Au départ, ce sont les médias sociaux, particulièrement Facebook, qui l'ont incitée à miser sur le Web. Avec cette seule page, initiée cette année, l'artiste avait constaté que ses tableaux voyageaient passablement ces derniers temps. Pour concilier le travail et la famille, cette avenue s'avère par ailleurs beaucoup plus aisée que le réseau des expositions qui lui font parcourir la province depuis des années.

Zabel n'en est pas à une aventure près sur le marché, qui fait des siennes depuis qu'elle y a mis les pieds. À ses débuts, croyant que les toiles seules ne pourraient pas lui permettre de gagner sa vie, la jeune femme avait misé sur la création de produits dérivés. L'artiste a prêté son art à la création de savons, bijoux, tissus, poterie, porcelaine, dans un contexte économique en totale déroute.

«En 2012, lorsque j'ai essayé d'entrer dans les boutiques, elles fermaient. Les vendeuses des grosses compagnies qui me représentaient changeaient de carrière...», se remémore Zabel, sourire en coin. «Mais en même temps, dans les expositions, la vente de mes toiles allait mieux d'une année à l'autre.»

Annuellement, l'artiste participe à plus d'une dizaine d'expositions et y trouve son public. «Je pense qu'avec mes personnages, j'ai eu la chance d'arriver avec un produit différent.» Une proposition qui se poursuit allégrement aujourd'hui sur Internet. «Les artistes sont devenus accessibles. Nous sommes maintenant à un clic des gens, qui peuvent nous suivre de leur salon.» D'ailleurs souvent, elle se prête volontiers à leurs demandes spéciales, que ce soit sur un thème précis, ou pour un portrait de famille. «J'aime les défis, ça me sort de ma zone de confort.»

Depuis qu'elle a fait sienne la magie du Web, elle a livré des toiles au Québec, en Ontario, une toile est même partie pour la Suisse tout dernièrement. «En plus, je peux désormais faire de la promotion internationale, sans avoir à me déplacer. Les acheteurs peuvent me suivre, voir les oeuvres à mesure qu'elles sont créées et réserver leur coup de coeur quand il passe.»

Aujourd'hui, non seulement elle est sur Facebook, mais elle est aussi en exploration sur Twitter, Instagram, Pinterest et Linkedln, sans compter, bien sûr, sa nouvelle boutique en ligne.

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