Marc-André Dowd: le puissant moteur de la justice

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Au théâtre comme en droit, Marc-André Dowd aime mousser les réflexions et transformer les perceptions.

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Linda Corbo
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Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Épris de justice depuis toujours, le Trifluvien Marc-André Dowd a constamment orienté son parcours professionnel de manière à respecter ses convictions profondes et son désir de faire évoluer les choses.

C'est dans cette optique qu'il a étudié le droit et qu'il a gagné par la suite la haute fonction publique, que ce soit à la Commission des droits de la personne (dont cinq années à la vice-présidence) ou à titre de vice-protecteur du Citoyen. C'est aussi dans cet esprit qu'il enseigne le droit à l'Université Laval de Québec et qu'à Trois-Rivières, il prête sa passion à la mise en scène de pièces de théâtre susceptibles de mousser la réflexion et d'éveiller les consciences comme il le fait ces jours-ci avec Le Projet Laramie.

Attablé au Café Morgane, à quelques pas de la Maison de la culture où il évolue pour une 14e fois au sein du Théâtre des Gens de la place, il ne manque pas de mots pour décrire son plaisir de gérer une troupe en orientant les comédiens vers une vision commune, aussi bien qu'il jette un regard sensible sur cette société qu'il souhaite voir évoluer via des politiques sociales adaptées aux besoins de la population et aux plus nécessiteux.

Depuis toujours, la lutte contre les injustices est le moteur de ses actions professionnelles. «Je suis particulièrement intéressé par les politiques sociales qui touchent les exclus et les marginalisés. J'aime que mon travail soit utile pour les populations plus vulnérables», dit-il. «Pendant mes études en droit, j'étais déjà un grand défenseur de la veuve et de l'orphelin. Je n'ai jamais souhaité défendre les grosses corporations. Je voulais me trouver un emploi qui me permettrait d'agir sur une certaine forme d'avancement des droits sociaux.»

Marc-André Dowd a déjà discuté de manière informelle avec certains partis de la possibilité de s'engager en politique et ne ferme pas la porte à cette éventualité, mais son expérience lui démontre que les choses peuvent aussi très bien se transformer autrement.

 «Il y a le pouvoir des élus, que je respecte énormément, mais mon travail m'a amené à voir l'autre pouvoir, celui des hauts fonctionnaires, ceux qui ont l'expertise et qui connaissent les dossiers.»

C'est dans cet esprit qu'il a dirigé un groupe de travail mixte qui a établi un Plan de lutte gouvernemental contre l'homophobie. «Le gouvernement avait demandé à la Commission des droits de la personne de conduire une réflexion autant avec des représentants de ministères et organismes qu'avec des représentants de groupes communautaires des communautés gaies, lesbiennes et transsexuelles», indique-t-il. Son groupe a travaillé deux ans sur un rapport qui aura porté fruit. «Je dirais qu'à 95%, les recommandations de notre rapport ont été mises en oeuvre dans le plan de lutte qui est appliqué aujourd'hui par le gouvernement.»

Son travail au coeur des politiques sociales s'est poursuivi d'emblée dans ses fonctions de vice-protecteur du Citoyen qui lui ont permis notamment de travailler sur un projet de loi qui verra le jour prochainement. Ce dernier permettra aux enfants dont les parents ont un statut d'immigration précaire d'avoir accès à l'école tant qu'ils seront sur le territoire du Québec, le temps que la situation familiale se régularise ou qu'ils soient expulsés dans un autre pays. «Mais au moins, pendant ce temps-là, ils auront eu accès à l'éducation de base», apprécie Marc-André Dowd.

Mais encore, il est un autre cheval de bataille qui l'a longuement préoccupé et qui le préoccupe toujours, soit le sort de toutes ces personnes souffrant de maladies mentales qui se retrouvent en centres de détention où, dans le contexte actuel, on n'a pas les ressources pour s'occuper de ces cas particuliers. «Cette situation est très problématique actuellement», dit-il. «Tout le monde reconnaît qu'il y a un problème. Ça prendrait un investissement qui n'est pas excessif, mais qui n'est pas disponible pour le moment. On connaît le contexte budgétaire...», dit-il. «Je pense que notre rapport fait un bon état de la situation. Pour la suite, c'est une question de volonté politique et on peut dire qu'il n'est pas toujours gagnant de pousser pour des personnes en détention... Politiquement, il y a des causes qui sont plus payantes et sympathiques.» 

Dans ce cas comme dans d'autres, il a recours à une patience qui repose sur une autre conviction profonde, celle que tout arrive à point à qui sait attendre, et à un autre moteur qui ne semble pas faire défaut chez lui, celui de la ténacité.

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Marc-André Dowd signe la mise en scène de la pièce Le Projet Laramie, qui sera présentée à la Maison de la culture de Trois-Rivières ce samedi à 20 h et dimanche à 14 h, ainsi que jeudi, vendredi et samedi prochains à 20 h.

Photo: Olivier Croteau, Le Nouvelliste

Grand adepte de la théorie des petits pas

À ceux qui considèrent qu'il peut être frustrant par moments de travailler sur des dossiers qui risquent d'être écartés du seul fait qu'ils n'apporteront pas nécessairement de votes aux décideurs, Marc-André Dowd soumet une vision pragmatique des choses. 

«Je suis partisan de la théorie des petits pas. Peut-être qu'on ne peut pas faire 100 % du chemin tout de suite, mais si on ne commence pas à marcher, on n'avancera pas. La question est: que peut-on faire tout de suite pour améliorer la situation? Si on fait 15 % du chemin, on partira 15 % plus loin plus tard», raisonne-t-il.

Concentré ces jours-ci sur Le Projet Laramie, pièce de théâtre qui porte sur un crime haineux commis en 1998 à l'endroit d'un jeune homme de 21 ans du seul fait qu'il était homosexuel, Marc-André Dowd considère que certaines situations homophobes peuvent se produire encore de nos jours.

On n'a qu'à penser à cette greffière du Kentucky qui refusait dernièrement d'émettre des certificats de mariage à des homosexuels, contournant la loi en raison de ses propres convictions religieuses, donne-t-il en exemple. En contrepartie, certaines mentalités ont bel et bien évoluées, observe-t-il. «Quand j'étais à l'école, on n'aurait jamais vu un homosexuel être accompagné d'un autre garçon à son bal des finissants et aujourd'hui, ça se fait.»

Marc-André Dowd a été au coeur de la problématique au moment où son groupe de travail s'est penché sur un plan de lutte contre l'homophobie. Sa théorie des petits pas s'applique notamment dans le dossier des gais et lesbiennes, là où il a constaté que la population n'était pas prête à entendre ceux qui voulaient changer de sexes.

«Il y avait beaucoup de résistance pour traiter de ces questions-là. J'ai senti qu'on n'était pas prêt alors on a fait le choix de ne pas insister pour plutôt avancer les autres points. Or, les communautés transsexuelles ont continué à faire valoir leurs préoccupations et la semaine dernière, dit-il, la ministre de la Justice a annoncé des nouvelles règles pour faciliter le changement de sexe pour les personnes visées. De 2006 à 2015, il aura fallu neuf années supplémentaires pour faire avancer la société et les mentalités.»

Enfin, sa théorie des petits pas s'applique aujourd'hui à un autre domaine qu'il affectionne tout autant, celui de l'enseignement. À ce jour, Marc-André Dowd a enseigné la Charte des droits et liberté, le droit administratif, un cours de maîtrise sur l'égalité et la discrimination et un autre cours sur le droit politique et l'administration publique, essayant chaque fois de changer les mentalités. «J'aime amener les étudiants à avoir une perspective critique, à voir ce que telle ou telle règle amènera comme conséquences et à réfléchir sur les effets du droit.»

Chemin faisant, il se plaît à poursuivre lui-même ses études afin d'approfondir encore ses réflexions sur les diverses politiques sociales. Cette année, il a pris un congé sabbatique pour rédiger sa thèse de doctorat, une thèse qui porte sur un autre sujet qui lui tient à coeur depuis longtemps, celui du sort des personnes handicapées. 

Avec cette thèse, il explore comment on peut utiliser le droit à l'égalité de la Charte canadienne pour mettre certains programmes sociaux bénéfiques au personnes handicapées à l'abri des compressions budgétaires. «Je développe une argumentation pour qu'avant de couper des programmes qui aident des personnes handicapées, le gouvernement soit astreint à une certaine forme de justification. Je comprends la rigueur budgétaire, mais il faut en même temps s'assurer de bien voir l'impact des décisions que l'on prend sur la vie des personnes», plaide-t-il. 

Pour lui, les personnes handicapées constituent de superbes exemples de cette ténacité qui lui est chère. «Quand j'étais à la Commission des droits de la personne, j'ai travaillé avec beaucoup de personnes handicapées et je peux dire qu'en général, ces personnes ont une force de caractère assez exceptionnelle pour passer à travers les nombreux obstacles que la société leur dresse tout en restant dignes et fiers face au regard des autres. J'admire beaucoup cette force de caractère.»

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