Lumière sur les couleurs de Marcel Dargis

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Jusqu'au 6 septembre, le musée de Magog consacre tout son espace à une quarantaine de toiles de Marcel Dargis qui a raconté à sa façon les années 1930 à 1950.

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Linda Corbo
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Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) C'est à Magog, plus précisément au Musée international d'art naïf, que l'on rend hommage actuellement à l'oeuvre de Marcel Dargis, artiste-peintre de Cap-de-la-Madeleine. L'exposition s'intitule Marcel Dargis se souvient, lui qui a consacré plus de 750 toiles à la paroisse Saint-Lazare où il a vécu les 28 premières années de sa vie, période qu'il a chérie et dont il a aimé se souvenir en lui donnant toutes ses couleurs.

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Le parc Rochefort

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Le sanctuaire

Jusqu'au 6 septembre, le musée de Magog consacre tout son espace à une quarantaine de toiles de l'artiste-peintre qui a raconté à sa façon les années 1930 à 1950, un travail que l'on qualifie de trésor patrimonial. «S'il existait un panthéon des artistes naïfs du Québec, on le retrouverait nécessairement aux côtés des Arthur Villeneuve, Ernest Gendron et Marie Gélinas-Mercier», peut-on lire sur le panneau de présentation de l'exposition.

Âgé de 86 ans, l'artiste-peintre a assisté au vernissage, non sans émotion. «Déjà quand j'étais plus jeune, j'étais nerveux lors des vernissages alors imaginez-vous trente années plus tard», rapporte-t-il, sourire en coin. «Ma famille était là, mes amis... J'ai été des moments sans parole, j'étais trop ému. Quand on est dans son atelier, on fait un tableau à la fois, mais quand on en voit une quarantaine en même temps, avec la disposition et l'éclairage qui est fameux...»

Si cette exposition existe aujourd'hui, c'est qu'à la base, un livre avait déjà mis en lumière cette oeuvre, un bouquin réalisé par le collectionneur Louis E. Leprohon, fervent admirateur de Dargis. Cet amateur d'art de la municipalité de Saint-Lazare a un eu solide coup de coeur pour l'oeuvre du peintre de Cap-de-la-Madeleine, dont il a acquis plusieurs tableaux. L'homme aime la perspective franche et directe du monde qui découle de l'art naïf. Il y reconnaît l'élan instinctif et la liberté. Mais au-delà du genre, le propos de Marcel Dargis l'a touché.

À travers ses tableaux, Marcel Dargis reprend des scènes du quartier de sa jeunesse à Cap-de-la-Madeleine, que l'on parle de scènes de hockey bottines, de glissade, de carnaval, de pique-nique ou d'épluchette de blé d'Inde tout comme il illustre le chapelet en famille, la bénédiction du jour de l'An ou un mariage champêtre, sans oublier les tableaux illustrant le forgeron, le boulanger et l'épicerie du coin.

«Dargis a fait appel à ses talents d'artiste pour raconter son histoire, pour replonger dans son passé. Tout découle de son lien avec le lieu dont il nous parle, de ce que celui-ci représente, de la façon dont il l'a perçu et de la façon qu'il a choisi de l'interpréter», écrit M. Leprohon dans son ouvrage.

Les années 1930, 1940 et 1950 ont défilé sous le pinceau de Marcel Dargis et prennent aujourd'hui les couleurs d'une douce nostalgie. Au Musée de Magog, on a regroupé ses oeuvres selon les cinq grands thèmes qu'il a explorés, soit la vie familiale, la vie religieuse, la vie sociale, les contes et légendes et les scènes de chantier.

«Ses toiles sont des instantanés dans le temps. Elles ouvrent une fenêtre pour nous faire découvrir et comprendre la vie dans une paroisse francophone de l'époque.» Une période qui, pourtant, représente la Grande Noirceur du Québec, celle de Maurice Duplessis, observe M. Leprohon, «et, pourtant, elle figure comme l'une des plus heureuses de sa vie.»

Le collectionneur note d'ailleurs que l'artiste a commencé à peindre à l'âge de 40 ans, quelques années après la Révolution tranquille, période marquée pourtant par le rejet des valeurs qui avaient été prônées jusque-là. «Il existe de toute évidence un courant de nostalgie à travers toute la production de Marcel Dargis», souligne-t-il dans son livre. «Tous les changements dont il a fait l'expérience ou dont il a été témoin ont transformé le mode de vie qu'il connaissait et lui ont laissé un sentiment de perte.»

M. Dargis confirme. La nostalgie est bel et bien présente, et il l'assume tout à fait. Quand on regarde ses toiles, on y observe des gens heureux. «Dans le temps de la crise, des années 1929 jusqu'au début de la guerre, quand on allait à l'école le matin, on avait déjeuné... Je ne comprends pas qu'aujourd'hui les enfants n'ont pas le temps et n'ont pas d'argent. La misère existait peut-être, mais dans mes amis et ceux avec qui j'allais à l'école, il y avait du bonheur. Il n'y avait pas de méchanceté. Pour nous, le monde était beau. La vie était belle.»

Il a choisi de peindre cette époque précisément pour le bonheur qui y logeait. «C'est un temps que j'ai aimé», dit-il. «Personnellement, pour que j'aime un tableau, il faut que je puisse l'habiter. Si j'entrais dans le tableau, il me semble que je serais paisible et que j'y serais bien.»

Louis E. Leprohon a rassemblé 43 toiles de... (Photo: François Gervais Le Nouvelliste) - image 2.0

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Louis E. Leprohon a rassemblé 43 toiles de Marcel Dargis pour donner lieu à une exposition. Il a connu quelques difficultés du fait que le tiers des tableaux sont introuvables, dit-il, notamment le tableau sur le hockey bottines, qui figure sur la première page de son livre.

Photo: François Gervais Le Nouvelliste

D'art, de souvenirs et d'amitié

Natif de Westmount, Louis E. Leprohon n'a jamais connu cette vie de quartier qui s'anime de si belle manière dans les tableaux de l'artiste-peintre de Cap-de-la-Madeleine. C'est ce qui lui a sauté aux yeux quand, dans une galerie de Montréal, il a été happé par une première toile signée Marcel Dargis. «Mon épouse et moi, on collectionne des tableaux pour chacune de nos quatre filles. Nous en avions acheté deux de Marcel Dargis, et on essaie toujours de rencontrer l'artiste pour le connaître.»

Quand le collectionneur est débarqué chez l'artiste, il a constaté que sa sensibilité était tout à fait particulière. Il a été étonné de constater à quel point l'homme s'était dévoué et comment il vendait lui-même directement ses tableaux, la majorité en Ontario et aux États-Unis.

Louis E. Leprohon a passé près de 30 ans de sa vie dans une entreprise de marketing, une entreprise basée à Toronto qui lui appartenait et pour laquelle il faisait affaires avec les General Foods, Procter & Gamble et Pepsi Cola de ce monde. À mille lieues de ces gros clients, la grande humilité de Marcel Dargis l'a frappé, une humilité si prononcée qu'il a eu le goût de jeter quelques rayons de lumière sur son oeuvre, par le livre d'abord, qui a permis cette exposition. «Il est l'un des hommes les plus gentils que j'ai connus», témoigne-t-il. «J'ai commencé une amitié avec lui et j'ai eu le goût d'écrire un livre qu'il pourrait laisser en héritage à ses enfants et ses petits-enfants à Noël.»

Or, le projet a grandi, si bien que le bouquin est désormais devenu le catalogue de l'exposition, qu'il compte plus de 160 pages et recense 128 tableaux. Pour constituer l'exposition qui est en cours présentement à Magog, on est parvenu à retracer quinze collectionneurs, qui permettent d'apprécier 43 tableaux. Parmi ces gens, on en a trouvé deux à Trois-Rivières, Jean Fournier et Denis Colbert, qui ont prêté leurs toiles, puis cet autre de l'Ontario qui a prêté deux tableaux, mais qui en a 22 chez lui.

Dans son atelier, Marcel Dargis continue à peindre et demeure encore un peu estomaqué de noter qu'on donne un si bel éclairage à son travail, notamment à travers ce bouquin qui donne accès à son histoire, son parcours, ses aspirations, lui qui a d'abord fait carrière au ministère des transports entre 1947 et 1982. En marge de son métier, la passion pour l'art ne l'a toutefois jamais quitté, le menant plus tard à suivre deux ateliers, dont un auprès de Jordi Bonet et à aborder la quarantaine comme artiste-peintre.

Aujourd'hui, il est ravi de constater qu'un tel bouquin trouve ses lecteurs aisément autour de lui. À son domicile, il en a vendu à lui seul plus de 150 exemplaires, observe-t-il. Louis E. Leprohon a effectué un tirage de 1200 exemplaires en français et en anglais, mais la version en anglais arrive déjà à expiration, note l'auteur. À travers le Québec, on peut se procurer son livre sur son site Web (www.naiveartpromotions.com), mais à Trois-Rivières, on peut aussi le trouver à la Librairie L'Exèdre.

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