Patrick Watson: invitation à une communion

Patrick Watson assurera la clôture du FestiVoix dimanche... (Photo: Ulysse Lemerise, Collaboration spéciale)

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Patrick Watson assurera la clôture du FestiVoix dimanche soir.

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François Houde
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Quand Patrick Watson foulera les planches de la grande scène du FestiVoix, dimanche soir, ce sera un de ses premiers grands spectacles extérieurs de 2015 nourris par la musique de son tout dernier album: Love Songs for Robots.

Cela fait des mois qu'il travaille sur ces spectacles mais il ne savait toujours pas, la semaine dernière, quelles seraient les chansons que lui et ses trois comparses allaient proposer au public.

«C'est sûr qu'il y aura des chansons de l'album, assure-t-il, mais de vieilles chansons aussi.» C'est peu d'informations. Il importe de comprendre que Watson ne vient pas défendre un album, il vient partager sa musique, offrir une expérience humaine au public. Aussi singulière que soit sa musique, aussi complexe, aussi, elle demeure le prétexte à une communion. 

«Le plus difficile pour moi comme musicien, c'est de présenter ma musique en direct. Ça sonnait tellement bien dans les conditions idéales d'un studio! Il faut complètement redéfinir les paramètres pour les spectacles. En plus, les spectacles extérieurs sont complètement différents des autres en salle. Il faut que je m'ajuste pour tirer le meilleur des conditions particulières à chacun.»

«Tu sais, c'est très spécial, un spectacle. J'ai besoin du public parce qu'on le fait ensemble mais sans avoir répété. Quand ça marche avec une grosse foule comme il y aura à Trois-Rivières, c'est incroyable. Magique! C'est pour arriver à ce résultat que je travaille des mois à le monter.»

«Ça prend le bon spectacle pour le bon endroit. Moi, je suis aussi heureux de jouer devant 200 personnes que 20 000, c'est simplement que c'est un travail très différent dans un cas comme dans l'autre. Notre langage doit être différent. Il faut que j'arrive à parler aux gens qui sont dans la dernière rangée et leur donner l'impression d'intimité que le public tout près de la scène peut avoir.»

Musique du ventre

Pour ce créateur intransigeant, faire un album est un processus dans lequel il s'investit profondément. Il a une formule intéressante pour le résumer: «Pour moi, faire un nouvel album, c'est vivre différemment. Chaque album est un nouveau chapitre de ma vie et pour ce faire, il me faut penser différemment, trouver de nouvelles façons de ressentir les choses, etc. Je ne peux pas me sentir de la même façon qu'avant et faire un nouvel album: pour moi, c'est carrément incompatible.»

«La musique vient du fond de mon ventre bien plus que de ma tête et je souhaite qu'elle atteigne le ventre de l'auditeur. Pour arriver à créer, j'aime me donner un nouveau contexte.» Cette fois-ci, les musiciens et lui se sont installés au mythique Capitol Studios, à Los Angeles. «Ç'a d'abord été dit comme une blague dans une conversation mais on a fini par se dire: pourquoi pas? L'idée était de se créer le meilleur environnement possible pour faire de bonnes sessions d'enregistrement en direct. Là-bas, il y avait carrément des fantômes dans le studio. J'ai joué sur le piano sur lequel a joué Nat King Cole, utilisé le micro de Frank Sinatra et chanté devant une photo de Judy Galand!»

«Je me sens plus fier de cet album que de n'importe quel autre album que j'ai fait. C'est, sans le moindre doute, l'album qui fait le mieux ce qu'un album doit faire: toucher les gens dans leur ventre. C'est un disque qui se comprend dès la première écoute, pas besoin de le réécouter pour l'apprécier à sa juste valeur. Je peux l'écouter n'importe où, même dans mon auto et avoir la chair de poule.»

L'expérience du leader y est sûrement pour quelque chose. Le studio aussi. Il y a cependant autre chose. «Il y a un esprit très fort qui règne dans le groupe. Les quatre musiciens, on se connaît bien et on sait aussi faire les mêmes choses. Nous avons tous un excellent regard critique sur chaque aspect de la production. Si une chanson ne nous donne pas, à chacun, la chair de poule, elle est envoyée à la poubelle. Trouver la formule qui nous convient à tout le monde n'est certainement pas facile mais c'est tellement satisfaisant.»

Avec une vingtaine d'années de métier dans le corps, on devine qu'on atteint les objectifs plus facilement. Patrick Watson hésite dans sa réponse. « J'imagine que comme pour toutes choses dans la vie, l'expérience aide. Mais quand tu as vingt ans, tout te donne la chair de poule. En vieillissant, c'est plus rare mais on sait mieux dans quelle direction aller. Quand tu es plus vieux et que tu as la chair de poule, c'est pour d'excellentes raisons.»

Les Trifluviens sont privilégiés de pouvoir assister à un spectacle d'un artiste dont la carrière se passe principalement ailleurs et partout dans le monde. «C'est la condition pour que ça marche. Le marché québécois est assez petit et moi, j'ai eu la chance d'avoir un certain succès outre-mer, dans de gros marchés. Je suis privilégié mais j'avoue que parfois, je préférerais rester à la maison que de partir dans de longues tournées à l'étranger. Je ne veux pas faire pitié, mais c'est un métier qui a ses exigences et ma carrière m'oblige à beaucoup travailler. Je ne m'en plains pas, c'est comme ça: je ne crois pas au succès sans le travail.»

«Cela dit, je ne voudrais pas vivre ailleurs qu'à Montréal. Il y a des choses extraordinaires ailleurs dans le monde, mais Montréal, c'est ma ville. Londres est le centre mondial de la culture pop, j'aime Paris, Los Angeles a une énergie extraordinaire et à chaque endroit, la musique est différente mais ma musique à moi, elle vient de Montréal.»

La science-fiction intéresse Patrick Watson entre autres pour... (Photo: Ulysse Lemerise, Collaboration spéciale) - image 2.0

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La science-fiction intéresse Patrick Watson entre autres pour le recul qu'elle donne sur les humains.

Photo: Ulysse Lemerise, Collaboration spéciale

Plus étrange que la science-fiction

«Je trouve que la vraie vie devient plus étrange que celle des livres de science-fiction, affirme Patrick Watson. C'est weird. On a désormais des autos qui fonctionnent sans conducteur! C'est le genre de choses que je lis dans les livres d'Isaac Asimov. Il me semble qu'on a même dépassé la science-fiction!»

Si la science-fiction intéresse tant Patrick Watson, c'est moins pour l'imaginaire qu'elle propose que pour le recul qu'elle donne sur les humains. «Ça nous permet de nous regarder à la lumière de l'évolution technologique. Derrière les machines, que sont devenus les humains d'aujourd'hui? C'est le genre de questions qu'il est important de se poser. Mon album s'intitule Love Songs for Robots mais il parle des humains, de nos émotions. Est-ce que, avec toutes ces technologies qu'on utilise quotidiennement, on sait encore aimer, être avec les autres?»

«En sortant l'humain de la vie réelle, on peut le voir autrement et se poser des questions qu'on ne se poserait même pas dans la réalité, soutient le créateur, manifestement passionné. Moi, comme individu, j'adore apprendre et plus particulièrement sur moi et mes semblables.»

«Je ne pourrais pas dire que j'ai appris cela strictement à cause de l'album, mais j'ai découvert récemment que nos réactions émotionnelles ne viennent pas strictement du coeur, mais de la complexe interaction de l'émotion avec l'intuition, les circonstances, la société. Les circonstances ont beaucoup plus d'influence sur nous que nous n'en avons nous-même, d'une certaine façon. Elles déterminent comment nous réagissons au monde qui nous entoure.

Voilà quelque chose qui s'est révélé à moi au cours des 18 derniers mois, à peu près, et qui m'a beaucoup surpris. Les gens pensent qu'ils ont le contrôle sur leurs réactions émotives mais je pense qu'ils en ont infiniment moins qu'ils le croient et à moins d'être conscient de ça, tu deviens complètement esclave. Alors qu'au contraire, en acceptant la puissance des circonstances sur toi-même, tu peux reprendre le contrôle sur tes propres réactions émotionnelles.»

«Si tu n'en es pas conscient, tu n'es qu'une machine à souvenirs et à conditionnements qui marche et qui parle.»

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