Un premier roman coup de poing pour David Goudreault

Après s'être révélé en chansons, en slam et... (Photo: Stéphane Lessard Le Nouvelliste)

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Après s'être révélé en chansons, en slam et en poésie, David Goudreault lancera mercredi son tout premier roman.

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Linda Corbo
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Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Il est Trifluvien d'origine, Sherbrookois de résidence depuis 11 ans, travailleur social de premier métier et artiste de coeur, de sensibilité et de destinée. Ces dernières années, David Goudreault s'est révélé en poésie avec deux recueils, a récolté un titre de champion du monde de slam à Paris et s'est illustré auprès de son complice de scène Grand Corps Malade. Pour ses 34 ans, il ajoute une autre page à son oeuvre en publiant un tout premier roman, une oeuvre coup de poing avec laquelle il invite les gens à visiter son imaginaire et à découvrir La bête à sa mère.

Son bouquin, publié aux éditions Stanké, sortira en librairie mercredi et fera l'objet de trois lancements en formule 5 à 7, mercredi à Sherbrooke, jeudi à Montréal et vendredi à Trois-Rivières, au Café bar Le Zénob. Autant de rendez-vous qui permettront au public de découvrir son univers, un monde hors-norme qu'il connaît de l'intérieur et qu'il décrit de manière percutante.

Avec la trame et le personnage tordu qu'il propose, l'auteur s'illustre par une plume à la fois fine, subtile et corrosive, sans pour autant abdiquer sa nature de travailleur social. Collée sur ses préoccupations, son écriture lui donne plutôt l'occasion de nourrir sa réflexion et ses interrogations sous une autre forme, une avenue littéraire qui lui sied bien. Cela dit, il n'a pas créé le personnage le plus attachant qui soit pour nous faire découvrir La bête à sa mère.

Son narrateur est un jeune homme au passé trouble, au présent troublant et à l'avenir inquiétant. Après avoir passé son enfance à se trimbaler d'une famille d'accueil à l'autre, il trouvera sa cause en s'engageant dans une quête effrénée pour retrouver sa mère. C'est en suivant son parcours chaotique à travers une succession d'erreurs que se développe une trame violente par moments, violence qui est toutefois loin d'être gratuite. «Je dirais que c'est presque une démarche sociologique, une tentative de compréhension du criminel minable ordinaire», observe l'auteur.

David Goudreault a été souvent un témoin de première ligne pour mesurer les rudesses sociales. Il a oeuvré en prévention du suicide, mais aussi pour le Centre d'aide aux victimes d'actes criminels, où il visitait régulièrement l'urgence en accompagnant les policiers auprès de ces victimes. «J'ai vu des dizaines de mères battues par leur enfant, des femmes enceintes battues à coups de pied, des drames de premier du mois, et c'est probablement ça qui m'est resté coincé un peu dans l'âme.»

Son désir de comprendre se traduit dans ses écrits. «Je demeure quelqu'un chargé d'espoir pour l'humanité malgré la vitesse à laquelle on se dirige vers le mur. Dans ce roman, après m'être imprégné de ce personnage, je dirais que je suis plus en paix avec ce type d'individu, avec la misère ordinaire de ces personnes sensibles qui n'ont pas la base familiale et qui se retrouvent dans un système auquel on donne peu de moyen. Au final, elles sont recueillies par le système de justice, mises dans la voie de côté et isolées. Sans tout leur pardonner, je peux plus les comprendre.»

Grâce au travail social, il a rencontré autant les victimes de ces criminels que ces dits criminels, et c'est un peu la jonction de ces deux mondes qu'il voulait présenter au coeur de son roman. «Je voulais essayer de comprendre qui se retrouve victime de ces personnes-là, des victimes qui sont souvent vulnérables aussi, et voir comment on peut jeter un regard frontal sur ces gens, sans que ce soit trop lourd.»

David Goudreault adopte les deuxième et troisième degrés pour teinter son écriture de clins d'oeil subtils. «Dans le fond, je joue avec cette détresse, je dédramatise ces vies marginales complètement misérables, avec différents exercices de style, et même un peu d'humour», note-t-il.

Quitte à chercher jusqu'où iront ces personnes dépourvues de culpabilité, qui accumulent les conneries, dit-il, erreur par-dessus erreur. Ce qui fait qu'un matin, elles  se retrouvent en une du journal, accusées d'une kyrielle de délits.

Au jour de cette entrevue, la première page du Nouvelliste faisait justement état d'un jeune de 29 ans accusé d'abus sexuel sur un bébé de deux ans. «Dans le fond, le roman c'est peut-être de voir quel nombre d'erreurs on peut empiler en combien de strates et combien de gens on peut blesser avant d'être arrêté dans son élan.»

Une écriture libre sous toutes ses formes

Il a recours à la poésie, à la chanson et au slam, il aborde aujourd'hui le roman et proposera dès l'automne une première pièce de théâtre, l'écriture prend toutes les formes dans l'esprit vif de David Goudreault. Autant de terrains de jeu qui s'offrent à lui pour exprimer l'éventail de ses pensées. Et la source est abondante.

À l'usage, il apprend à reconnaître quel sera le meilleur véhicule d'expression à utiliser selon les propos visités. «En poésie je partais plus de mon vécu personnel et dans le roman, je pars plus de mon vécu professionnel, de ce que j'ai observé comme travailleur social et que je tourne en humour pour le rendre digestible», analyse-t-il. «Ce que mon personnage fictif m'a permis et que j'ai trouvé très agréable, c'est de lui faire dire des choses que je n'aurais jamais pu dire sur scène ou en poésie.»

Son personnage n'est jamais nommé tout au long du roman, mais il est bien défini. C'est un fédéraliste borné qui a les pires arguments, note l'auteur, sourire en coin, «mais il y a d'autres moments où il peut dire des choses que je pense, sur l'état du monde par exemple. Il peut dire mon désespoir, parfois, par rapport aux décisions politiques.»

Le type de propos que David Goudreault préfère taire «parce qu'après, je devrais en débattre alors que je veux davantage être porteur d'espoir et donner de l'énergie. Mais il y a des matins où j'ouvre le journal et où j'aurais envie de l'étendre sur le trottoir, de me coucher dessus et rejoindre les plus grands marginaux de ce monde», dit-il. «Mon personnage, lui, peut dire à quel point ça va mal.»

Fin des points en commun. Car son personnage est plus souvent qu'autrement abject. «C'est un misogyne, raciste, homophobe, et même fédéraliste, donc il a vraiment tous les défauts», sourit Goudreault. «Dans ce roman, je vais dans les extrêmes, à des endroits où je n'irais pas en poésie.»

Or, le roman lui permet aussi d'aller dans une grande zone de liberté, apprécie-t-il. «J'ai envie de me retrouver là où on ne m'attend pas, dans la vie comme dans l'écriture. On a l'impression que je fais plein de choses différentes mais, dans les faits, je fais toujours la même chose: écrire», dit-il. «Pour moi, c'est un travail, une profession et, à la limite, une vocation.»

Non seulement il a adoré le souffle du roman, mais un deuxième est déjà en route. Pour ce nouveau titre, il utilisera la discipline de fer qu'il a développée avec le premier. Il faut dire qu'au moment de sa création, il a subi la plus belle des pressions, dit l'auteur, lui qui tenait à compléter son oeuvre avant la naissance de son premier enfant. «J'ai écrit le roman en voyant le ventre de ma blonde grossir. Il fallait que le manuscrit suive le rythme...»

Au-delà des mots, il poursuit ses nombreuses activités auprès de divers milieux en offrant régulièrement des conférences et des ateliers de création dans des écoles, des centres de détention, des centres jeunesse et même auprès des jeunes de gangs de rue de Montréal qui sont sur des programmes particuliers et qui ont de longues peines à purger.

Enfin, entre deux rendez-vous et deux séances d'écriture, il agite ses réflexions. «Comme tout bon artiste, je suis souvent dans ma tête et dans mes sensibilités, à me demander si je suis au bon endroit pour rejoindre et aider les gens de la bonne façon.» L'écriture est aussi analysée, à savoir «est-ce que j'écris de la bonne façon? Avec le bon médium? Au bon moment?»

Parce que d'abord et avant tout, il est mû par le désir d'apporter lumière et support, intelligemment. «S'il y a un fil conducteur qui se retrouve dans mes différentes oeuvres, c'est toujours la relation à l'humain. L'humain en destruction, mais qui se retrouve ultimement en reconstruction. Pour moi, l'âme humaine est quelque chose d'extrêmement malléable. Physiquement, psychologiquement, spirituellement et mentalement, on est toujours en changement et ce sont ces changements qui m'intéressent.»

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