Gabriel Nadeau-Dubois en constante réflexion

Dimanche, Gabriel Nadeau-Dubois sera l'invité d'honneur du Salon... (Photo: Émilie O'Connor, Le Nouvelliste)

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Dimanche, Gabriel Nadeau-Dubois sera l'invité d'honneur du Salon du livre de Trois-Rivières. Il sera toutefois à son stand dès samedi après-midi pour y rencontrer les gens. Samedi, il participera par ailleurs à une table ronde et, dimanche, à une rencontre croisée avec Jacques Godbout.

Photo: Émilie O'Connor, Le Nouvelliste

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Linda Corbo
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Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Enjeux environnementaux, questions énergétiques, mode de scrutin au Québec ou gratuité scolaire, il parle avec passion et profondeur des grands enjeux du Québec. En entrevue, il faut relever les yeux à fréquence régulière pour se convaincre que Gabriel Nadeau-Dubois n'a que 24 ans.

EDe toute évidence, ses cours d'histoire sociale et de philosophie à l'université ont nourri ses réflexions. Actuellement, dans le cadre de sa maîtrise en sociologie, il étudie la psychologie des sociétés tout en analysant ce qui se passe au coeur de la sienne, autant de constats qui activent sa motivation.

«Mon moteur premier, c'est que j'ai une très haute opinion du Québec. Je pense que la direction qu'on prend depuis 20 ans n'est pas à la hauteur de ce qu'on peut être comme peuple», dit-il. «On est en train d'affaiblir notre système de santé, on a toutes les raisons au monde d'être des leaders mondiaux en matière énergétique, je regarde toutes les richesses collectives qu'on a et je me dis qu'on peut faire mieux que ce que nous propose le trio libéraux, CAQ et PQ.»

Son regard sur la société s'est encore affiné depuis qu'en 2012, on a posé collectivement les yeux sur ce leader étudiant qui est descendu dans la rue avec collégiens et universitaires, entraînant dans leur sillon plusieurs autres générations. Depuis, les gens ont remisé leurs casseroles, mais lui a continué d'avancer. À bon pas.

Gabriel Nadeau-Dubois est vraiment fier de la mobilisation et des résultats obtenus au printemps érable, mais est demeuré sur sa faim quant à la compréhension que les Québécois en ont eue. Alors il a écrit Tenir tête (Luxe Éditeur), essai dans lequel le lecteur visite ce conflit de l'intérieur et comprend d'emblée le rôle qu'il y a joué. 

Pendant six mois, il a élaboré ses réflexions sur son écran et s'en est fait une véritable thérapie personnelle, tout en guérissant ses plaies. Jamais il n'aurait cru que cet essai lui vaudrait le Prix littéraire du Gouverneur général du Canada. 

Il était aussi demeuré un brin frustré quant aux débats de fond qui devaient se faire au Sommet sur l'enseignement supérieur qui s'est déroulé en février 2013, mais qui s'est traduit par un exercice de relation publique du gouvernement, dit-il. Le jeune homme a donc créé et dirigé l'ouvrage collectif Libres d'apprendre (ÉcoSociété), rassemblant une foule de penseurs autour de la question de l'éducation supérieure au Québec, des Lise Payette aux Normand Baillargeon en passant par Fred Pellerin qui signe la préface.   

C'est avec ces deux bouquins qu'il arrive aujourd'hui à Trois-Rivières pour participer au Salon du livre où il sera, demain, l'invité d'honneur. Il commence à avoir l'habitude de ces salons à travers la province et il aime bien jaser avec les gens à son stand. «Je me rends compte que souvent, ils ne veulent pas que je leur parle, ce sont eux qui veulent me parler de 2012, ou d'une injustice qu'ils ont vécue, ou de mon opinion sur Pierre Karl Péladeau, ou sur l'austérité. »

Celui qu'on appelle désormais GND a eu une vie avant et une vie après le conflit étudiant. Or, s'il y a vécu quelques épisodes pénibles, les bons côtés l'ont emporté haut-la-main, dit-il. «Je serais très mal placé pour dire le contraire. Ça m'a donné une tribune pour m'exprimer. Ça m'est tombé dessus sans que je le veuille et que je m'y attende, mais aujourd'hui, ça m'ouvre des portes.»

Désormais deux fois par semaine, il peut débattre de ses idées sur les ondes de la radio de Radio-Canada à l'émission de Marie-France Bazzo, en plus de ses chroniques sur le journal web Le Ricochet. C'est sans compter les multiples approches. 

J'ai reçu toutes sortes d'offres qui m'ont forcé à me questionner sur ce que je devais faire avec cette attention-là. Est-ce que je m'en sers ou pas? Et si oui, pour faire valoir quelles idées?», dit-il. «Je trouvais important de rester aux études et de finir ma maîtrise, mais j'ai aussi décidé de continuer à intervenir dans l'espace public parce que beaucoup de gens se reconnaissent dans ce que je dis.»

Il ne regrette pas d'avoir refusé les premières offres politiques reçues, mais il réfléchit plus que jamais à la suite, après la maîtrise qu'il veut tout d'abord terminer. «J'ai toujours dit que je n'étais pas encore rendu là dans ma vie et c'est encore ce que je crois, mais ma réflexion progresse. 

La direction qu'on est en train de prendre m'inquiète. Un vent de déconstruction souffle plus fort que jamais au Québec. Ça n'a aucun sens de devoir choisir entre trois businessmen (Philippe Couillard, Pierre Karl Péladeau et François Legault) pour devenir premier ministre. Pour moi, ça pose un problème démocratique. Je me questionne sur quelle peut être ma place.»

Rien n'est décidé. «Je sais ou j'aimerais que le Québec s'en aille, mais je ne sais pas où moi je vais aller après mes études. Mais je pense à ça tous les jours. Ce sont des réflexions qui m'habitent constamment.»

Avec ses amis, il rigole et parle beaucoup,... (Photo: Émilie O'Connor, Le Nouvelliste) - image 2.0

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Avec ses amis, il rigole et parle beaucoup, «mais dans des situations où je connais moins les gens, je peux être assez timide et réservé», dit Gabriel Nadeau-Dubois. «Surtout depuis 2012.»

Photo: Émilie O'Connor, Le Nouvelliste

En plus des parents, il y a eu l'été de ses 16 ans

Gabriel Nadeau-Dubois est issu du quartier Villeray de Montréal, de parents militants qui se sont eux-mêmes rencontrés dans une manifestation. Il baigne dans les analyses de la société québécoise depuis son enfance, parfois même aux premiers bancs des assemblées de la CSN, où il attendait son père qui y travaillait à cette époque.

Sauf qu'au lieu d'attendre, il écoutait ce que les grands disaient. Puis il a questionné. Questionné encore. Et questionne toujours.

«J'ai eu la chance de grandir dans une famille où les questions sociales et politiques étaient discutées tous les soirs. Pour moi, il m'est toujours apparu naturel de travailler à l'amélioration de la société dans laquelle on vit. Ceci dit j'aurais pu me détourner de ça», reconnaît-il, mais un deuxième événement est venu renforcer le tout. 

À 16 ans, il a obtenu un emploi comme animateur communautaire dans un quartier de Montréal où les gens de la classe moyenne côtoyaient des moins bien nantis et plusieurs immigrants récemment arrivés. 

«Il y avait là des poches de pauvreté et d'exclusion sociale très graves. Du matin au soir, je devais animer des enfants de 6 à 12 ans et l'expérience m'a beaucoup marqué. C'était à 15 minutes d'où j'ai grandi et ces jeunes avaient une réalité totalement différente de la mienne, sans avoir rien fait pour ça», observe-t-il. 

Les inégalités le troublaient. «Je trouvais inadmissible que ces différences existent au 21e siècle, dans une société développée. On m'avait aimé, on s'était occupé de moi, on m'avait donné accès à la culture, à la connaissance alors que ces jeunes avaient eu la malchance de naître dans une famille sans argent. Le rôle des institutions sociales, c'est de réparer ces injustices-là, pas de les aggraver. Cet emploi a confirmé qu'il fallait que je continue dans la voie qu'avait été celle de mes parents.»

Ces mêmes parents ont trouvé d'autant plus difficile de voir comment on dépeignait leur fils en 2012. 

Chez les uns, il était taxé d'extrémiste alors que d'autres lui reprochaient d'être trop modéré. «J'ai eu des moments de doute, de tristesse, où la pression était telle que j'étais vraiment sur le bord de craquer, mais je savais que les attaques de mes adversaires étaient stratégiques et que la vraie cible, c'était les idées que je défendais. Les personnes pour qui ça a été le plus difficile, c'est ma famille. Et contrairement à l'idée qu'on a fait de moi, je ne suis pas un bum, je suis un gars de famille.»

Encore aujourd'hui, dit-il, «certaines personnes ne peuvent pas me sentir à cause de 2012, mais généralement, les gens sont respectueux. Parfois aussi, certains se rappellent de mon visage, mais ne sont plus trop sûrs d'où ils m'ont vu. On me demande dans quel programme je joue, ou si je suis un chanteur», sourit-il.

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