Boulay et Reggiani à l'unission

Isabelle Boulay prendra la scène du Centre des...

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Isabelle Boulay prendra la scène du Centre des arts vendredi soir à Shawinigan avec son spectacle «Merci Serge Reggiani», spectacle qu'elle présentera aussi à Trois-Rivières le 23 avril.

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Linda Corbo
Linda Corbo
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Ce n'est pas d'hier que la sensibilité d'Isabelle Boulay réagit à la voix. Elle avait 16 ans lorsqu'elle a entendu pour la première fois celle de Serge Reggiani. La jeune femme était loin d'imaginer qu'un jour, elle y ferait écho sur scène comme elle se plaît à le faire présentement, ni qu'elle aurait l'occasion de graver l'admiration qu'elle lui porte sur un album hommage. «Dès que j'ai entendu sa voix, c'est comme si j'avais entendu un frère, un ami.»

Le spectacle Merci Serge Reggiani, qu'elle présente samedi soir au Centre des arts de Shawinigan et qu'elle livrera le 23 avril à la salle J.-Antonio-Thompson de Trois-Rivières, est entièrement dédié au répertoire de cet homme à qui elle reconnaît les qualités qu'elle appréciait aussi chez Piaf. «C'étaient des chanteurs populaires, des gens qui se commettaient beaucoup dans leurs chansons, des personnes foncièrement humaines qui ne prenaient pas les gens de haut.»

Elle s'est toujours sentie proche de l'oeuvre musicale de Reggiani. «C'est un répertoire masculin, mais c'était quelqu'un de sentimental sans tomber dans la mièvrerie. C'est beaucoup sa manière d'interpréter qui m'a interpellée parce qu'il y avait à la fois beaucoup d'intensité, de sobriété et une certaine retenue. Beaucoup de dignité aussi, malgré le fait qu'il a eu une vie tumultueuse et qu'il a traversé de grandes douleurs», dit-elle en évoquant le suicide de son fils. 

«Malgré tout, je pense qu'il aimait profondément la vie, qu'il avait beaucoup de passions, y compris l'alcool, et c'est tout cela qui ressort du spectacle», dit-elle. «Contrairement aux autres spectacles, je tâche de parler le moins possible pour le faire connaître encore davantage. Je trouve qu'on dit beaucoup plus de choses dans les chansons que dans la vie.»

Isabelle Boulay veut laisser aux gens l'espace pour que chacun se fasse sa propre trame, dit-elle. «Si on raconte trop de choses, on enlève la possibilité aux gens d'entrer dans leur propre dimension. Ce sont des chansons qui ont un caractère très intimiste. Les gens entrent en eux-mêmes quand ils viennent voir ce spectacle.» 

En décembre, elle a donné des représentations en Bretagne, en Belgique, en Suisse et à Paris. En mars, elle retournera au Théâtre de Paris, en prévision d'une tournée qui est en train de se préciser là-bas et qui devrait l'occuper à la fin de 2015. En Europe, comme ce soir à Shawinigan, elle se produira en formule piano-violon-voix, alors qu'en d'autres temps, deux guitares seront ajoutées, comme ce sera le cas à Trois-Rivières. «Il n'y a pas une grosse différence. C'est un show que je pourrais aussi bien faire piano-voix.»

De son propre aveu, elle ne pourrait pas interpréter aisément les chansons de Brel, Barbara ou Ferré. «Reggiani a un répertoire que je peux embrasser, un matériel qui est viril et, en même temps, extrêmement féminin.» Un univers qu'elle pourrait même rejoindre jusque dans les excès. «On se ressemble peut-être un peu plus que vous pensez», rigole-t-elle. «Si j'avais un jour à tuer mon chagrin, je pense que je pourrais avoir la même tendance que lui. Je crois que c'est aussi pour ça que les gens l'aimaient beaucoup. C'est quelqu'un qui est tombé, qui s'est relevé et qui ne s'est jamais caché de ses excès.»

Actuellement pour Isabelle Boulay, les enregistrements des duels... - image 2.0

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Actuellement pour Isabelle Boulay, les enregistrements des duels sont terminés, ceux des champs de bataille aussi, de sorte qu'elle connaît déjà son équipe définitive de six candidats. Les coaches reviendront en direct aux quarts de finale.

La Voix révèle la fille de gang

Sur le plateau de l'émission La Voix, Isabelle Boulay se retrouve également à côtoyer quelqu'un dont elle se sent proche et qui pourrait tout autant épouser le répertoire de Reggiani. «Éric Lapointe, c'est aussi quelqu'un qui aurait pu être mon frère», commente-t-elle. 

En compagnie de trois coaches masculins sur ce plateau, la chanteuse est en terrain connu. «J'ai grandi dans un bar, je fais un métier où je suis toujours avec des hommes et je suis à l'aise avec eux», dit la chanteuse, qui multiplie les bons mots sur chacun. Au-delà de l'humour caustique qu'elle lui connaissait déjà, la gentillesse de Pierre Lapointe la touche. «Et Marc Dupré est l'un de ceux qui me fait rire le plus», défile-t-elle. «En même temps, c'est un hypersensible. Je pense que c'est celui qui est le plus bouleversé quand on arrive aux éliminations. Ce gars-là a beaucoup de coeur et ne joue aucune game.» 

C'est un ami qui lui avait conseillé de participer à  La Voix, l'enjoignant de faire profiter de son expérience aux autres et de les révéler à eux-mêmes. Elle avait déjà refusé une proposition de cette émission en France quand il lui a dit ces mots. Cet ami est décédé en juin 2013 et elle a reçu la demande de l'équipe québécoise quelques semaines après. «C'était comme un cadeau qu'il venait me faire, on dirait.» 

L'expérience est concluante. «Ça a comme ravivé une flamme chez moi et ça m'a amenée à réaliser comme on est chanceux d'être encore là et de compter encore pour le public après tant d'années. Éric Lapointe et moi, on en discutait dernièrement.»  

Lui, le public le découvre autrement. Son image à elle était plus près de la réalité, avec quelques nuances. «Je pense que les gens s'imaginaient que j'étais une personne toujours sérieuse et réservée alors que je suis quand même quelqu'un qui aime avoir du fun. Les gens connaissaient peut-être moins mon côté un peu plus spontané.»   

L'an dernier, quand elle a dit spontanément que la performance de Rémi Chassé lui avait donné le goût d'enlever ses vêtements, plusieurs personnes ont pris cette remarque au premier degré. Certains ont même pensé qu'elle aimait les jeunes garçons, raconte-t-elle avec du rire dans la voix.

«Cette année, j'en rajoute et je fais exprès. Je suis tellement loin de tout ça. J'ai grandi avec des gens qui disaient ce qu'ils pensaient, qui assumaient leurs paroles et qui en rigolaient», note-t-elle. «Je suis très consciente qu'on est sur la ligne de tir. C'est ça, ce métier-là. Il y a des gens qui vont t'aimer, moins t'aimer, te comprendre, mal te comprendre. Ce sont les risques qu'on prend.»

Isabelle Boulay a aussi vécu cette situation avec son lauréat de l'an dernier, Yoan Garneau, qui a subi les humeurs des réseaux sociaux. Elle y a reconnu un solide gaillard. «J'ai été impressionnée par le calme avec lequel il prenait tout ça et, en même temps, ce n'est pas quelque chose qui me surprenait», dit-elle. «C'est justement l'une des raisons pour lesquelles il m'impressionnait. Ce garçon-là n'est pas bâti sur quelque chose de mouvant, il est fondé sur une pierre solide. C'est ce qui le distingue des autres et c'est aussi ce qu'on entend. Sa voix va encore bouger, mais son caractère y est déjà inscrit.»

La chanteuse est d'autant plus ravie de voir avec qui il travaille. «Ce sont tous des gens que je connais. Il est vraiment chanceux et je le lui ai dit, parce qu'il va avoir un premier album d'une très grande qualité. Habituellement, on arrive à ça quand on a quatre ou cinq albums derrière nous. Il y a des bonnes fées qui se penchent sur lui et ce n'est pas pour rien, c'est parce qu'il en vaut la peine.»

Sur cet album, elle effectuera par ailleurs un duo avec lui, sur une pièce qui lui est chère. «Je voulais la reprendre à chaque album que je faisais et ça ne se faisait pas. Finalement, c'est probablement que le destin de cette chanson, c'était de la faire avec lui.»

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