Martin Villeneuve: à Hollywood, on l'écoute

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Malgré son jeune âge et encore assez peu de réalisations à son actif, le Gentillois Martin Villeneuve a retenu l'attention de plusieurs grands bonzes de Hollywood intéressés par son approche de réalisation innovatrice et son indéniable talent.

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François Houde
Le Nouvelliste

On a fait grand cas de la présence de Denis Villeneuve à Hollywood mais il n'est pas le seul membre de la famille de Gentilly à frayer avec les grands bonzes de l'industrie cinématographique américaine. Son frère cadet Martin travaille présentement lui aussi sur un projet auprès d'un importante maison de production hollywoodienne.

Le principal intéressé est assez discret sur la nature du projet mais on peut déjà dire qu'il s'agit d'une oeuvre de science-fiction portant le titre de travail de The Other World et que Villeneuve planche présentement sur le concept du film. Il compte présenter le résultat de son travail dans un mois et si les producteurs en sont satisfaits, ils le soumettront à un scénariste chevronné. Au terme de son travail à lui, le projet reviendra entre les mains de Martin Villeneuve qui en assurera la réalisation.

«Je fais équipe avec un bédéiste belge, François Schuiten qui est un de mes héros d'enfance. Les Américains qui ont vu mon film Mars et Avril ont été très impressionnés par ce qu'on avait réussi à réaliser avec un budget de deux millions de dollars; ils ont imaginé ce que je pourrais faire avec quelques dizaines de millions! Les Américains ne manquent pas de contenu alors, s'ils paient quelqu'un pour développer un projet, c'est qu'ils ont sûrement envie d'aller jusqu'au bout avec celui-ci.»

«Je me sens choyé: c'est la première fois de ma vie que je suis payé pour faire ce que j'aime. Avant, je devais occuper un emploi à temps plein en publicité pour arriver à réaliser mes projets personnels. Ma passion devient mon gagne-pain: c'est extrêmement motivant.»

La faute à TED

Cette percée américaine, Villeneuve la doit à son remarquable premier film, Mars et Avril, mais surtout à un étonnant concours de circonstances lié au film. «Le film a été vu à Los Angeles et a constitué une belle carte de visite, admet le réalisateur, mais c'est surtout ma conférence TED qui a eu un gros impact.»

Ces conférences TED, pour Technology, Entertainment and Design, existent depuis une trentaine d'années et constituent un événement prestigieux très couru par toute une avant-garde nord-américaine, notamment dans le monde du cinéma. Villeneuve a été le tout premier Québécois invité à y prononcer une conférence. Seulement trois cinéastes ont eu le même privilège; les deux autres étaient un certain James Cameron et J.J. Abrams.

Une fois prononcées, ces conférences se retrouvent sur Internet où elles suscitent énormément d'intérêt parmi les esprits les plus innovateurs à travers le monde. «Ça m'a ouvert énormément de portes et m'a donné accès à de très grandes ligues. Toute l'intelligentsia de Hollywood y assistait. Dès le lendemain, j'ai eu des rencontres avec des représentants de plusieurs des plus importants studios et depuis, j'ai un agent à Hollywood.»

Sa conférence, disponible au http://www.ted.com/talks/martin_villeneuve_how_i_made_an_impossible_film traite notamment de comment on peut rendre l'impossible possible à force d'acharnement et en utilisant les contraintes comme un ressort créatif. Un lien associé à la conférence permet de visionner Mars et Avril alors que Martin Villeneuve a trouvé un distributeur américain pour son film et réussi à générer d'importants revenus sur Internet.

Sa relative jeunesse - il a 36 ans - n'a pas constitué un obstacle. «Je me suis aperçu que dans le cinéma aux États-Unis, être jeune est un atout devant les décideurs. J'ai rencontré des gens comme la productrice Kathleen Kennedy, une grande personnalité à Hollywood et ces gens-là m'écoutent parce qu'ils aiment mon approche. En me fiant sur la créativité pour surmonter les contraintes techniques, je peux non seulement explorer des avenues innovatrices, mais je peux aussi faire économiser de l'argent à des producteurs. Ils aiment les gens qui pensent hors des normes établies. Le cinéma américain traverse une période de transformation, il est en train de se réinventer.»

«Un des aspects qui a le plus marqué les producteurs américains, c'est que j'ai réussi à faire un film de science-fiction intéressant et complètement dénué de violence. J'ai utilisé les codes connus du genre mais pour en faire autre chose que ce qu'on nous propose habituellement.»

S'il a étudié en design graphique après un baccalauréat en cinéma et connu une très belle carrière dans le monde de la publicité pendant quelques années, le grand écran a toujours été sa passion première.

«Je voulais faire du cinéma et le design graphique est venu comme un complément à ma démarche. J'aime d'abord et avant tout concevoir des univers et je ne connais pas meilleure façon de les faire exister que par le cinéma. C'est exigeant parce qu'il faut que tout soit riche et cohérent mais j'ai une sorte d'instinct pour trouver de bons concepts.» Autre qualité essentielle qui le caractérise, en plus de l'acharnement, c'est cette capacité à développer une vision très claire de son univers de façon à échafauder solidement l'ensemble de son film.

«J'ai dû me battre pour réaliser mon premier film mais j'ai réussi à m'adjoindre des gens de très grand talent en leur donnant des paramètres clairs mais tout en les invitant à laisser leur imagination exploser à l'intérieur de ces limites. C'est ça qui a convaincu des gens comme François Schuiten, Robert Lepage ou Jacques Languirand de se joindre au projet. J'ai travaillé pendant sept ans sur Mars et Avril parce que j'y croyais et même si j'ai dû frôler le mur mille fois, j'étais profondément convaincu d'avoir raison.»

Rêver, toujours rêver

Martin Villeneuve accumule les projets en véritable boulimique de création. Comme il n'est pas garanti que le projet de film à Hollywood se rende jusqu'aux écrans et ce, malgré le sérieux de la maison de production à laquelle il est associé, Ed Pressman Films à qui on doit American Psycho, Wall Street, Thank You for Smoking, Das Boot, le cinéaste multiplie les entreprises.

On lui doit déjà un court métrage, Imelda, à des années-lumière de la science-fiction qu'il affectionne pourtant. Le film porte sur un personnage tout simple, inspiré de sa propre grand-mère et que Villeneuve interprète lui-même.

«Le court métrage a fait son petit bout de chemin, il a remporté deux prix déjà dans des festivals internationaux et ça a intéressé Nicole Robert chez Go Films qui a vu le potentiel pour une comédie en long métrage, explique le cinéaste. Je vais écrire ça dès le printemps et jusqu'à l'automne et après, on m'a proposé l'adaptation d'un roman de science-fiction pour le grand écran. C'est donc une année 2015 qui sera consacrée à développer des projets auxquels je crois dans l'espoir de tourner le plus tôt possible.»

Par ailleurs, il travaille avec deux maîtres de la bande dessinée belge en Benoît Skokal et François Schuiten sur Aquarica, un projet de dessin animé qui va d'abord être adapté en bande dessinée l'an prochain avant la mise en chantier du film.

«Désormais, je veux diversifier mon parcours cinématographique. J'écris Imelda dans cet esprit. On m'a proposé un projet de film de science-fiction plus commercial à Toronto et ça m'intéresse aussi. Je veux explorer. Ce qui est bien avec la science-fiction, c'est que c'est une façon de parler de notre monde actuel en le projetant dans le futur avec des conséquences prévisibles. C'est une façon de rêver, ce qui est essentiel au cinéma. Si on ne rêve plus, la vie n'a plus de sens.»

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