Pascal Blanchet dans les ligues majeures de l'illustration

Quand Pascal Blanchet se concentre sur des projets... (Photo: François Gervais, Le Nouvelliste)

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Quand Pascal Blanchet se concentre sur des projets personnels, il aime proposer un esthétisme où tout semble poli en surface, avec toutefois un fond plus dramatique au deuxième regard.

Photo: François Gervais, Le Nouvelliste

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Linda Corbo
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Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Avec son esthétisme stylisé qui rappelle le design des années 30 et 40, l'illustrateur Pascal Blanchet s'est dessiné un parcours atypique, une trajectoire qui a permis à ses illustrations de gagner les couvertures de romans et les pages de grands magazines, qui a fait voyager son art à New York, San Francisco et Milan, qui s'est déployé en quatre magnifiques romans graphiques et qui lui vaut aujourd'hui de regarder l'avenir sous forme de projets drôlement stimulants.

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L'illustrateur trifluvien a débuté en 2014 la création de son tout premier film d'animation qui s'intitulera «Le cortège» et qui l'occupera pour une grande part de 2015. 

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Ce dessin a été créé par Pascal Blanchet pour le «Variety Magazine», légendaire magazine hollywoodien pour illustrer un texte sur la montée du cinéma indépendant. On aperçoit ici Oscar, un peu triste dans son coin.

L'artiste n'est pas homme à se réjouir tant que tout n'est pas officiel, mais certaines approches lui ont tout de même fait écarquiller les yeux en 2014.

La première est venue de Paris, de la part des architectes qui préparent la facture visuelle du Musée Yves Saint-Laurent. De ce qu'on lui a dit, Pierre Bergé, conjoint du grand couturier, aurait lui-même dirigé les architectes vers lui. «Rien n'est coulé dans le béton et le Musée n'ouvre que dans deux ans, mais il serait question d'une fresque pour le hall d'entrée», dit-il.

Le Trifluvien se montre aussi prudent sur une approche provenant de l'entourage du réputé cinéaste hollywoodien Wes Anderson, qui vient d'ailleurs de remporter un Golden Globe pour le film L'Hôtel Grand Budapest. Blanchet est un grand fan de ses oeuvres. «Sa productrice m'a demandé si j'étais intéressé à travailler avec eux pour un projet de film. Tout ce que je sais, c'est que je leur ai été référé par un membre de la célèbre agence de photos Magnum à Paris. Un photographe là-bas semble leur avoir parlé de mon travail.»

Cela dit, au-delà de Paris et Hollywood, l'invitation de 2014 la plus chère à ses yeux revient à l'Office national du film, où on lui a offert de réaliser son tout premier film d'animation, un rêve qu'il caresse depuis des années. Ce court métrage s'intitulera Le Cortège et l'occupera au cours des six prochains mois, minimum.

Le Cortège, c'est le rassemblement d'une famille après les funérailles de l'épouse d'un des leurs, explique-t-il. La défunte sera narratrice et racontera les événements en faisant le tour des membres de cette famille. «En fait, ça porte sur la dégringolade de l'endeuillé dans un moment où il se doit de garder une contenance, jusqu'à ce que tout le monde finisse par partir et qu'il s'écroule.» 

Blanchet avait cette histoire en tête depuis longtemps. «J'en avais même fait une exposition, une série de portraits présentés à Bruxelles en 2012.» La disparition, le deuil, la perte sont devenus des thèmes récurrents dans son oeuvre. «Je m'en rends compte seulement après coup, mais en même temps, c'est toujours abordé avec calme.»

Le court-métrage, d'une durée de 7 à 10 minutes, sera enrichi d'une musique signée Pierre Lapointe. Présentement, le Trifluvien travaille à la scénarisation de son film avec l'aide de Sylvain Charbonneau (Watatatow, Ramdam, etc.). «J'apprends plein de trucs. J'adore ça.»

C'est avec ce projet que Pascal Blanchet aborde 2015, année qui célèbre son dixième anniversaire de métier. L'illustrateur autodidacte jette un regard satisfait sur cette décennie, avec même une certaine stupéfaction. «Je ne sais pas exactement où je voulais aller au départ, mais là où je suis présentement, je ne peux pas demander mieux...», dit-il.

«Comme je reste à Trois-Rivières et que je ne suis pas en contact avec le milieu, je ne suis pas vraiment conscient du rayonnement. Souvent, je n'ose pas approcher les gens et quand je le fais, je me rends compte qu'ils connaissent déjà mon travail. Pierre Lapointe,  l'ONF, c'est toujours surréaliste pour moi.»

Ce qui ne l'empêche pas de viser haut. Quand on lui demande jusqu'où il rêve pour la vie de son court-métrage, son sourire en dit long. Lorsque les équipes de Wes Anderson et d'Yves Saint-Laurent jettent un oeil intéressé sur son oeuvre, on peut bien se permettre de rêver loin, quitte à reluquer un brin du côté des Oscars de ce monde.

Le raffinement d'une signature

D'aussi loin qu'il se souvienne, Pascal Blanchet a toujours été attiré par l'élégance et le profil somptueux de l'esthétisme du milieu du 20e siècle. «Enfant, je dessinais déjà des cinémas art déco. Mes parents disent que j'ai toujours eu ces goûts-là.»

L'une de ses hypothèses le mène vers ses grands-parents qui étaient de grands amateurs de jazz. «Je voulais toujours écouter leurs vieux 78 tours. J'imagine que j'aimais aussi le visuel des pochettes de disques.»

Au cours des dix dernières années, c'est dans cet univers qu'il a évolué, s'appropriant ce type d'esthétisme pour le mettre à sa main jusqu'à s'en faire une signature bien personnelle qui lui a permis de se démarquer. «Mon dessin a évolué beaucoup dans le détachement par rapport à l'époque. Plus ça va et plus le côté snob se développe», dit-il.

C'est ce qu'on lui dit, parfois. «Je me fais dire que mon dessin est limite snob, un peu pompeux et qu'il a un côté dandy», dit-il, sourire en coin. «Tout cela est à prendre au deuxième degré, évidemment...» Pierre Lapointe et lui ont d'ailleurs ces affinités, une parenté qui leur donne le goût de travailler ensemble depuis qu'on les a réunis pour le livre Zik & BD, un projet dans lequel Pascal Blanchet avait eu la tâche d'illustrer la chanson Deux par deux rassemblés, de Lapointe.

Le tandem s'était promis de travailler ensemble de nouveau, ce qui est survenu en 2014 lorsque le chanteur a demandé au Trifluvien de créer le visuel de la pochette de son album paru en France en novembre dernier sous le titre Paris Tristesse. Aujourd'hui, Blanchet soupçonne cet album d'avoir attiré l'attention des Français sur son style. 

À moins que ce ne soient les illustrations du livre Le Noël de Marguerite, bouquin qu'il a partagé avec l'auteure India Desjardins et qui a valu au tandem d'aller cueillir le prestigieux prix Ragazzi à Bologne, en Italie, en mars dernier. Le livre est sorti en France en novembre 2014.

L'illustrateur a déjà songé à s'établir à New York, d'où lui venaient plusieurs contrats, mais il a changé d'idée. Il a élu domicile à Montréal et en est revenu avec la conviction qu'il n'y retournerait plus. Qu'à cela ne tienne, c'est de son vaste appartement du Vieux Trois-Rivières qu'il créera pour autrui. «Autant je peux être sauvage parfois, autant j'ai besoin de mon entourage», dit-il. 

Pascal Blanchet n'a aucune idée du temps qu'il consacre à son art, sa création se pointant de manière échevelée dans son horaire jusqu'à lui faire perdre aisément la notion du temps. «Quand je travaille sur des trucs plus personnels, j'ai tendance à basculer sur le shift de nuit», dit-il. «La nuit, il y a un calme qu'on ne retrouve pas le jour.»

Il passe de longues heures dans son bureau, ou ailleurs. Car quand vient le temps de délaisser l'ordinateur et de dessiner à la main, c'est encore sur la table de cuisine qu'il viendra s'installer pour créer les illustrations destinées à New York, Hollywood ou Paris. On est snob ou on ne l'est pas.

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