Danièle Panneton: l'humain, puis les mots

La Trifluvienne d'origine Danièle Panneton exerce son métier... (Photo: Sylvain Mayer, Le Nouvelliste)

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La Trifluvienne d'origine Danièle Panneton exerce son métier de comédienne depuis une quarantaine d'années et conserve à son égard une passion intacte.

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François Houde
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) «Quand j'ai passé mon audition pour entrer à l'École nationale de théâtre, on m'a demandé pourquoi je voulais faire ce métier et je me souviens leur avoir répondu: ''Parce que je veux incarner les mots.''»

La comédienne d'origine trifluvienne Danièle Panneton relate l'événement comme s'il s'était produit hier. C'était pourtant il y a plus de quarante ans, puisqu'elle a obtenu son diplôme d'interprète de l'École en 1975. Quarante ans de fidélité à son métier, à une passion obstinée.

Passion qui prend tout son sens quand on sait que Danièle Panneton possède un baccalauréat en littérature de l'UQTR et qu'à l'âge de 20 ans seulement, elle a enseigné la littérature au cégep trifluvien. Le théâtre résonnait plus fort en elle. Elle a cédé à cette voix qui allait bel et bien lui permettre d'insuffler vie à ces mots qu'elle aimait déjà profondément mais aussi de donner un sens à une quête intime.

«Oui, ma carrière m'a permis d'incarner des mots mais elle a été bien plus que ça. Ça a été des rencontres autant avec des êtres humains qu'avec des auteurs. Et une rencontre avec moi-même aussi. Pour moi, tout ce qui est relationnel est ce qui est le plus important dans la vie; relation avec soi, avec l'autre, avec l'art.» 

«Des rencontres n'ont pas toujours été faciles, c'est certain, mais m'ont toujours appris quelque chose. En vieillissant, je me suis rendu compte que mon moteur fondamental a changé en cours de route. Au début de sa carrière, on est dans la performance, on veut faire sa place, prouver des choses aux gens et s'en prouver à soi. Au milieu de la quarantaine, j'ai constaté que ce qui m'importe désormais, ce sont mes propres envies, ce qui me touche. Les raisons pour lesquelles je fais chaque projet sont devenues plus claires. Il y a des projets alimentaires, mais qui sont importants parce qu'ils me permettent de faire d'autres choses auxquelles je tiens vraiment.»

Ainsi pendant 20 ans, jusqu'à cet automne, elle a été la voix lénifiante des publicités de Pantène. Grâce à cette fidélité du commanditaire, elle a pu faire régulièrement au théâtre des créations qui ne lui rapportaient presque rien. «J'ai pris conscience à quel point il est primordial que mon métier me nourrisse artistiquement. Je me demande toujours ce qu'un projet peut m'apporter et ce que moi je peux lui apporter. Je n'ai rien contre le simple divertissement mais ce n'est pas parce qu'on divertit qu'on ne peut pas aussi dire des choses signifiantes. On ne doit pas prendre les gens pour des imbéciles.»

Durer

Danièle Panneton possédait, dès le départ, les atouts pour durer. Du talent, évidemment, mais sous multiples formes. Elle est interprète, bien sûr: elle a beaucoup joué au théâtre mais également à la télévision et au cinéma. Elle a fait beaucoup de doublage. Elle a réalisé la mise en scène d'une douzaine de spectacles. Depuis 38 ans, elle enseigne dans différentes écoles de théâtre du Québec. Elle écrit, aussi. «Si je n'avais été qu'interprète, j'aurais connu des creux dans ma carrière. La nécessité de gagner sa vie nous amène à découvrir en soi des forces insoupçonnées.»

«Au Québec, poursuit-elle, on doit faire de tout. C'est épuisant mais très formateur. Il faut avoir une grande faculté d'adaptation. C'est un métier, comme plusieurs autres, qui exige d'avoir un gros ego et en même temps, beaucoup d'humilité. Il faut être capable d'accepter ce que les autres ont à nous apporter et ne pas se sentir menacée si on accepte leur point de vue.» À ses élèves, elle répète l'importance d'être indulgent envers soi-même et d'être aussi un bon juge de son propre travail. «Si tu as un sens critique mais constructif envers toi-même, tu as de bien meilleures chances de bien t'en tirer. Parce que si tu possèdes ça et qu'en plus, tu as quelqu'un de talent qui te dirige et avec qui tu peux échanger, le mélange est formidable. Pour moi, c'est ça, la création.»

«C'est un métier où on est confronté au regard des autres mais où on est aussi confronté à soi-même. Je suis sûre que d'autres métiers sont tout aussi formateurs, parce que tout dépend des exigences inté-

rieures qu'on a en l'exerçant, mais mon métier m'offre des occasions extraordinaires de grandir en tant qu'individu et plus que jamais, je trouve ça formidable.»

Mots, musique, émotions

Hommage à la beauté, forcément, mais hommage aux mots, aux textes, soutenus ici par la musique des instruments du Quatuor Molinari et par la voix de la comédienne Danièle Panneton, le spectacle Ah quelle beauté! sera présenté le 30 janvier à la salle Anaïs-Allard-Rousseau de la Maison de la culture de Trois-Rivières. 

Le projet a été initié par la comédienne et sa cousine, Olga Renzenhofer, également Trifluvienne d'origine, membre fondatrice du réputé quatuor à cordes. En 2010, leur volonté de travailler ensemble cherchait une forme. Marier des textes à de la musique, c'est facile à dire, mais il reste à trouver les textes, la musique, les thèmes. Danièle Panneton a fait appel à Denis Gougeon, ami de longue date, pour qu'il mette ses notes sur différents textes ayant marqué la comédienne. Des textes ayant eu une résonance puissante en elle à un moment ou un autre de sa vie. Pour des raisons budgétaires, il est apparu judicieux d'opter pour des textes pour lesquels il n'y avait plus de droits à payer. Ronsard, Baudelaire, Cendrars côtoient Kurt Schwitters et Danièle Panneton puisque la comédienne interprétera un texte de son cru intitulé Ça

Pour chaque texte, une musique originale de Denis Gougeon dont la pièce Jeux de cordes (1996) occupera seule la première partie de la prestation.

Ce spectacle, que Danièle Panneton a voulu sobre mais dynamique, est abandonné aux mots et à la musique si ce n'est une mise en espace minimale due à la comédienne et à Suzanne Lantagne et commandée par l'émotion, ciment essentiel de ce collage. 

«Ce sont des textes qui m'ont touchée, qui m'ont parlé, accompagnée à un moment ou un autre de ma vie, explique l'interprète. Danièle Panneton. La musique n'est pas qu'accompagnement, elle lie tout ça, ajoute un aspect. Pour les textes de Ronsard, Denis offre quelque chose de classique mais il est plus moderne pour d'autres.»

«Pour chaque texte, j'offre une autre interprétation que celle qu'on en connaît. Pour À sa maîtresse, de Ronsard, j'imagine trois versions dont une qui incarne Ronsard comme un vieux cochon lubrique faisant la cour à une p'tite jeune. C'est évident que je me fais plaisir. Ce n'est pas un récital de poésie, ce n'est pas statique: j'évoque des choses avec un minimum d'effets pour donner leur puissance aux mots.»

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