Antoine Bertrand: l'humour à fleur de peau

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Antoine Bertrand

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François Houde
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Le stress de l'après Louis Cyr est disparu au cours de la dernière semaine pour Antoine Bertrand. Avec la sortie prochaine des Maîtres du suspense, il est enfin rassuré: sa carrière ne se limitera pas à des rôles dans le genre de celui qui lui a valu son premier trophée Jutra de meilleur interprète en mars dernier.

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Dans le rôle d'un éducateur en garderie qui se retrouve à écrire un roman policier sulfureux pour dépanner un ami, Antoine Bertrand a retrouvé un rôle où il peut donner libre cours à sa créativité dans un personnage atypique.

Photo: Les Films Séville

La remarque a été faite par le comédien sur le ton de la blague mais elle n'en cachait pas moins une réalité. 

«Quelque part, il y avait une crainte d'être cantonné à des rôles similaires, avoue-t-il. Un rôle comme celui de Quentin dans Les maîtres du suspense me permet d'en sortir en abordant un personnage complètement différent. En fait, je me considère chanceux de seulement continuer à jouer au cinéma mais en plus, j'ai l'immense privilège qu'on m'offre des rôles différents les uns des autres. Mon idéal, ce serait de ne toujours jouer que des personnages qui ne se ressemblent pas.»

Il importe de mentionner que le dernier film de Stéphane Lapointe a été tourné avant la remise des derniers prix Jutra mais Bertrand soutient qu'il a continué, depuis, de recevoir des propositions et au même rythme qu'avant. Alors, comment fait-il ses choix? «Mon tout premier critère, c'est la qualité de l'histoire. Mon deuxième, c'est la gang avec laquelle je vais pouvoir travailler. Je préfère infiniment de la figuration dans un bon film qu'un premier rôle dans un mauvais.»

Le beau doute

Nimbé de l'aura qui est désormais le sien, celui d'un des meilleurs acteurs québécois, Antoine Bertrand refuse de voir dans l'honneur accepté en 2014 un jalon de sa carrière. «Je ne veux pas qu'il y ait un avant le Jutra et un après. J'aime que la pression soit la même pour moi peu importe le rôle ou le moment de ma carrière. Le seul contrôle qu'un interprète a sur un film, c'est sa partition qu'il doit interpréter le mieux possible. Le stress, pour moi, il vient de là. C'est un beau doute qu'il faut avoir avant chaque scène qu'on tourne, Jutra ou pas.»

Il affirme même que la nature des offres n'a pas changé après la reconnaissance de la qualité de son travail. «Je n'en ai même pas eu plus qu'avant. On m'offre encore des rôles de simples acolytes et ça me fait énormément plaisir. Je ne veux pas seulement des premiers rôles: il n'y a à peu près que Michel Côté qui arrive à accumuler les premiers rôles au cinéma au Québec. Tout ce que je demande, c'est quelque chose de consistant à jouer, des personnages qui ont de la chair autour de l'os pour l'interprète.»

Le cinéma semble avoir volé du temps au comédien de théâtre ces dernières années comme par un effet de plateaux communicants. Si l'impression est juste, la raison n'est pas celle qu'on croit. «C'est par choix que j'ai fait moins de théâtre et essentiellement à cause de ma blonde. Elle en fait beaucoup et j'ai découvert que si on veut avoir une vie de couple digne de ce nom, on ne peut pas jouer au théâtre tous les deux régulièrement. J'ai appris ça après deux ou trois productions alors qu'elle commençait quand moi, je finissais de sorte qu'on n'avait plus de soirées ensemble.»

«Présentement, ça fait environ deux ans que j'ai foulé les planches et j'y retournerai en mars pour Intouchables. Je suis content parce que ça me manquait. En plus, c'est comme un fantasme que je réalise en jouant pour René-Richard Cyr et en compagnie de Luc Guérin que j'admire tellement.»

Dans sa liste des choses à accomplir, il aimerait bien se farcir un bon gros rôle d'ordure. «Je n'en ai pas joué souvent et ça fait longtemps que j'en ai envie. Peu importe que ce soit à la télé, au cinéma ou au théâtre, on ne cherche qu'à trouver la vérité d'un personnage et un méchant, ça me tenterait.

Personne n'est unidimensionnel; un méchant, c'est un magnifique terrain de jeu pour un comédien. Je ne voudrais pas qu'il ne soit que mauvais. Pas parce que j'ai besoin d'être aimé dans la vie mais il n'y a rien que j'aime mieux que de prendre un salaud et en faire ressortir un toute petite part d'humanité, ne serait-ce que pour une seconde qui donne une vérité au personnage.»

«Mais dès le moment où je vais en jouer un, on risque de ne me proposer que ça alors, c'est une bonne chose qu'on tarde à me l'offrir, philosophe-t-il, soudain rieur. De toute façon, je ne suis pas mort encore: il y a sûrement un méchant qui m'attend quelque part», rêve-t-il sur le ton de l'impénitente romantique égarée dans l'attente de son prince charmant.

La qualité de l'équipe avec laquelle il va... (Photo: fournie par Films Séville) - image 2.0

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La qualité de l'équipe avec laquelle il va travailler est un critère essentiel dans le choix d'un projet pour Antoine Bertrand. En retrouvant, à gauche, Robin Aubert et Michel Côté dans Les maîtres du suspense, il ne pouvait rêver de mieux.

Photo: fournie par Films Séville

Jouer avec les deux tiers de Broue

Quand il a lu le scénario des Maîtres du suspense, Antoine Bertrand dit l'avoir traversé de bout en bout, incontestable indice qu'il allait accepter l'offre. «J'ai adoré l'histoire. J'y reconnaissais l'humour fin que j'aime tant de Stéphane (Lapointe, le réalisateur et scénariste). Avec lui, l'humour n'est jamais bêtement au premier degré, il a de l'esprit.»

Côté gang de travail, il dit qu'il aurait difficilement pu tomber sur meilleur groupe que celui des Maîtres du suspense. On lui offrait de donner la réplique à deux maîtres en Michel Côté et Robin Aubert. «Je les admire tous les deux et dans le cas de Michel Côté, je ne l'avais pratiquement jamais côtoyé. J'ai travaillé avec Marc Messier l'été dernier alors, je peux dire que j'ai maintenant travaillé avec les 2/3 de Broue. Je suis assez fier!»

Ce n'est pas tout d'admirer ses confrères de travail, encore faut-il qu'un lien intangible se crée dans une dimension qui échappe aux simples observateurs. 

«Il faut que la mayonnaise pogne, de résumer prosaïquement Antoine Bertrand. Je serais incapable de dire comment, mais ça s'est passé entre nous: il y a une part de nos interprétations qui tient à ce que les autres ont apporté et qu'on n'aurait pas pu imaginer nous-mêmes. Nos personnages sont tellement différents qu'il nous fallait éviter de nous perdre dans les parenthèses qui appartiennent en propre à nos personnages. Il fallait garder le cap sur l'histoire à raconter.»

Vu dans l'optique du scénario, ça prenait un lien commun et ici, le lien, c'est un bouquin à écrire qui implique directement ces trois personnages à la limite de la crédibilité et foncièrement différents les uns des autres. «Le critère pour savoir si cette dynamique-là s'est créée, c'est de voir si le public croit que les personnages pourraient rester amis au-delà de l'aventure que raconte le film. Moi, je le crois.»

Peut-il décrire en un trait son étonnant personnage de Quentin, éducateur en garderie qui se retrouve à pondre un polar sulfureux? 

«On m'a dit qu'il était à mi-chemin entre Norman Bates et Caillou; je trouve ça assez juste.» 

On fait une pause pour vous permettre de l'imaginer.

Poursuivons. «Ce qui est bien, dit l'acteur, c'est que chacun de nos personnages est à un tout petit pas de mal finir. La clé, c'est d'en faire ressortir l'humanité essentielle. Et même s'ils se sortent bien de l'aventure, ça ne veut pas dire qu'ils ne sont pas confrontés à leurs démons. C'est une zone dans laquelle c'est très l'fun d'aller jouer.»

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