Adam Cohen: de son coeur au nôtre

Adam Cohen est très heureux de la façon...

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Adam Cohen est très heureux de la façon dont se déroule sa tournée. «On joue devant des salles combles qui représentent le double de spectateurs de mes dernières apparitions ici», dit-il.

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François Houde
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) À en juger par sa voix encore endormie, Adam Cohen faisait une sieste au moment de répondre au téléphone pour une entrevue, la semaine dernière. Rien d'inhabituel en ce début d'après-midi à Winnipeg, quand on est en pleine tournée et qu'on a un spectacle le soir même. Cela n'a en rien affecté la gentillesse et la délicatesse de cet homme charmant, rassurez-vous.

C'est normal, notez bien, sa tournée se déroule très bien. «On joue devant des salles combles qui représentent le double de spectateurs de mes dernières apparitions ici. Mon public est en pleine croissance, calcule-t-il. On est vraiment très contents de l'accueil. Dans l'est du pays, le succès est venu plus tôt dans ma carrière et je ne sais pas du tout pourquoi. En même temps, je suis Québécois et on veut tous être reconnu chez soi, auprès des nôtres, ce qui a été le cas. Mais là, on voit un équilibre qui est en train de s'établir entre l'est et l'ouest du pays. Tant mieux!»

Lui qui a demeuré un peu partout sur la planète pendant sa jeunesse refuse de se voir comme un citoyen du monde. Il n'aime pas l'expression, d'ailleurs.

«Ma nationalité ou la région que je représente n'est pas si importante à mes yeux: ce qui compte avant tout, ce sont les oeuvres que je cherche à partager, mon art, si on peut l'appeler ainsi. J'essaie de faire en sorte que les émotions que j'exprime à travers mes chansons soient vraies et puissent résonner chez les autres. C'est ce qui me plaît dans la musique: un mouvement depuis l'intérieur de moi vers l'extérieur.»

Or, ce sont les deux derniers albums, incontestablement ses plus personnels, qui lui ont apporté le succès. «C'est étonnant: ce sont les albums que j'ai faits avec le moins d'ambition commerciale qui ont connu le plus de succès. C'est comme une grande leçon de vie dont j'essaie d'apprendre quelque chose.»

Une autre leçon

Son dernier album, intitulé We Go Home, qui sert de base à la nouvelle tournée de spectacles, a été créé dans d'étonnantes circonstances. D'abord réalisée à Los Angeles, la maquette a été carrément mise au poubelle par le musicien qui avoue s'être perdu dans un vain besoin de plaire au public, de répondre aux attentes après le succès de son album précédent.

Il a donc tout recommencé, s'installant plutôt dans les demeures familiales de Montréal et de l'île d'Hydra, en Grèce, pour enregistrer la seconde version, définitive, celle-là. «La première maquette a été une expérience très décevante, sans compter la perte d'argent. Je me suis laissé emporter par les attentes d'autrui plutôt que de me contenter d'être sincère. Pendant des vacances que je ne méritais pas après l'enregistrement de cette maquette dont je n'étais pas satisfait, il y a eu un moment d'illumination. J'étais sur la proue d'un bateau et j'ai eu une vision: un thème et un titre pour l'album que je désirais profondément faire. Je me suis alors aperçu que lors du processus initial, je n'étais pas vraiment mûr pour enregistrer mon nouvel album.»

«Je suis incroyablement fier du résultat final. J'espère avoir appris de cette leçon, suffisamment pour ne plus jamais tomber dans le piège et rester fidèle à moi-même. Mais je sais aussi qu'on ne peut jamais être certain qu'on ne commettra pas l'erreur de nouveau. J'ai tiré une leçon et je ne peux qu'espérer avoir trouvé ma véritable voie.»

Toutes les chansons ont été écrites en fonction du thème dévoilé par le titre: la maison, le chez-soi intérieur.

«Je veux simplement assumer mon hérédité, mes racines. Je veux être digne d'une sorte de tradition familiale et assumer une nouvelle position importante dans cet arbre généalogique puisque j'ai connu le succès pour la première fois avec mon album précédent. Nous n'avons pas lancé Like a Man aux États-Unis mais il a bien fait un peu partout ans le monde: en Australie, au Portugal, en Pologne, en Turquie... Ça fait plaisir de se sentir connecté à tant d'êtres humains de cultures différentes et de reprendre la tradition familiale.»

Plus ou moins de rouge aux joues

Entre les chansons, à jamais figées sur un disque et celles qu'on chante sur la scène, il y a forcément une distance, plus ou moins grande selon les interprètes. Adam Cohen, lui, voit ses chansons comme un véhicule vers l'autre.

«Sur scène, il me faut les faire s'envoler pour qu'elles aillent vers le coeur des gens qui sont aimablement venus me voir chanter. J'aime qu'ils participent au spectacle, qu'ils vivent les chansons plutôt qu'en être seulement les auditeurs. Pour moi, ça implique de lire le terrain dès mon arrivée sur scène, de faire partie d'une symbiose avec les spectateurs.»

«Je m'estime très chanceux de sentir tout l'amour qui m'est offert par le public depuis que j'ai emprunté un nouveau chemin avec mes deux derniers albums. C'est très encourageant et très nourrissant. Je m'efforce d'être digne de cet intérêt et je veux voir une croissance de ce public.»

Lors de sa première visite à Trois-Rivières, c'est dans un théâtre du cégep rempli qu'il s'était produit. Il a donc déménagé à la salle Thompson, une salle plus de deux fois plus grande. Saura-t-il y recréer l'intimité qui lui sied si bien? «Des fois, le but, c'est de réduire une grande salle à un petit salon. J'ai eu la grande chance d'y arriver à certains moments grâce à la réceptivité du public. C'est ce que je souhaite pour le spectacle de Trois-Rivières.»

Il sera accompagné de cinq musiciens, dont une section de cordes, entièrement féminine et montréalaise. «C'est exactement la configuration qu'on avait pour enregistrer l'album. On a d'ailleurs conçu l'album comme une recette pour la scène.»

Quant à savoir si les chansons seront très différentes de l'album, l'interprète hésite. «Ça dépendra de notre humeur du moment. En général, on est certainement fidèles au disque mais comme c'est du théâtre, certains soirs, on met un peu plus de rouge sur nos joues», rigole-t-il.

Rouge ou pas, il se dit plus serein que jamais, aujourd'hui, et estime que ça fait de lui un meilleur musicien. «C'est comme dans toutes les facettes de la vie: quand on ressent de l'angoisse, de l'anxiété ou si on a des besoins trop prononcés, si on n'est pas confortable avec soi-même, on ne rend pas les gens autour de nous confortables non plus. Qu'on soit dans un bar à essayer de séduire une femme ou seul devant un microphone, être confortable, c'est beaucoup plus séduisant.»

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