Sonia Johnson: être vraie, simplement

La chanteuse Sonia Johnson a vécu en 2014... (Photo: Stéphane Lessard, Le Nouvelliste)

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La chanteuse Sonia Johnson a vécu en 2014 la sortie de son quatrième album.

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François Houde
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Il faut souvent emprunter les chemins secondaires éloignés des autoroutes pour goûter pleinement les charmes d'un parcours. Le cheminement de la carrière de la chanteuse aleximontoise Sonia Johnson fait penser à ces chemins sinueux et pleins de charme, invisibles depuis la voie rapide du succès instantané mais tellement plus gratifiants.

La chanteuse a pourtant vécu, en 2014, la sortie d'un quatrième album après que son précédent se soit mérité le prix Juno du meilleur album jazz vocal en 2012. «Le Juno a apporté une certaine effervescence dans ma carrière mais c'est sûr qu'il reste pas mal de chemin à faire pour me faire bien connaître du grand public. Par contre, je sais que dans le milieu du jazz, mon nom suscite un certain respect.»

Elle doit cette enviable reconnaissance à son indéniable talent, bien sûr, mais aussi à son courage et à son intégrité. «Les gens du milieu ont noté mon approche qui est particulière en ce sens que je fais essentiellement de la création plutôt que de la réinterprétation comme ça se fait énormément dans le monde du jazz. Dans le jazz vocal, particulièrement. J'ai choisi de chanter des chansons originales et j'ai choisi de le faire en français, dans ma langue maternelle, ce qui constitue un autre défi.»

«En même temps, j'ai l'impression que je ne peux pas aller ailleurs que dans cette direction. C'est cette approche qui me touche et c'est aussi ce qui touche les gens parce qu'ils sentent que je suis authentique dans ce que je fais.»

Cette attitude est si profondément ancrée en elle que la chanteuse va plus loin. Quand elle a élaboré le projet de son dernier album, elle avait un thème fort en tête, un thème dont elle voulait qu'il teinte complètement l'oeuvre parce qu'à ce niveau, on peut parler d'une oeuvre plus que d'un assemblage de chansons.

Cette profonde cohérence est révélée par le titre: Le coeur à l'endroit est l'expression d'une vision, de valeurs qui habitent Sonia Johnson tant et si bien qu'elle n'est pas qu'interprète de chansons des autres, mais aussi auteure et compositrice pour une majorité des treize pièces qui composent ce CD.

«J'avais une ligne directrice claire dès le départ, explique-t-elle. Je voulais que ce soit des chansons recelant un sourire. J'ai composé neuf des treize chansons mais à tous ceux qui ont offert de collaborer, j'ai demandé que les chansons soient lumineuses. Chacune, même celles qui ont un sujet plutôt sombre, révèle une étincelle positive. J'avais envie de ça plutôt que de sombrer dans la déprime comme je trouve qu'on le fait trop souvent.»

«C'est un choix fondamental que fait chaque être humain. On peut choisir de se laisser glisser dans la pente descendante ou de prendre un temps pour se regarder en face et voir comment on peut être résilient. Sortir plus grand et plus fort des épreuves que nous envoie la vie, en somme.»

Voilà pour les paroles. Côté musical, Sonia Johnson y a aussi mis du sien, certes, mais elle a également fait appel à des gens de confiance.

«J'ai travaillé avec Marianne Trudel qui est aussi ma pianiste en spectacle. Elle en est à son septième album. C'est une grande compositrice dotée d'une très grande sensibilité. Elle a réussi à comprendre qui je suis et ça transparaît dans ses arrangements. On a eu une très belle complicité dans tout le projet.»

«On a travaillé ensemble, Marianne et moi, aux arrangements alors que j'ai conçu les accompagnements vocaux. Pour les autres pièces, les choix ont été des coups de coeur. Dans le cas de Je rêve, par exemple, la chanson que Mario Peluso et Claude André m'ont soumise était très folk. On l'a transformée, Marianne et moi, pour qu'elle soit jazzée. Je tenais à faire de chaque chanson quelque chose de personnel.» Avec les exigences qu'elle a envers elle-même, elle n'aurait pas pu ne pas s'impliquer à fond dans les différents aspects de la réalisation du disque.

Cet entêtement à être fidèle à elle-même lui vaut peut-être moins de visibilité, mais elle assume pleinement son approche. «En faisant autrement, en cherchant le succès à tout prix, il faudrait que je me plie à ressembler à quelqu'un d'autre. C'est vrai que je ne fais pas la couverture de revues régulièrement ou les premières pages des journaux mais j'aime mieux laisser un héritage peut-être humble mais fidèle à la personne que je suis. Je ne serais pas heureuse à faire les choses autrement.»

Sonia Johnson est identifiée comme chanteuse de jazz, ce qu'elle ne renie nullement. Elle chante avec une telle maîtrise qu'elle serait bien bête de ne pas assumer complètement ses orientations artistiques. En même temps, les étiquettes lui apparaissent réductrices.

«Le jazz que moi je fais, il n'est pas loin de la chanson française. Je n'aime pas trop le mot ''accessible'' mais ma musique l'est quand même. Il suffit que les gens soient curieux pour la découvrir et l'apprécier. Quand on a fait le lancement de l'album à Montréal, il y avait plus de 250 personnes.» Dont, pourrait-on ajouter, un autobus d'une cinquantaine de personnes en provenance de Saint-Alexis-des-Monts où habitent toujours les parents de la musicienne.

Si l'album est un témoignage extrêmement éloquent de l'artiste et de la personne qu'elle est, la scène demeure à ses yeux l'endroit par excellence pour communier avec elle ou la découvrir. La Maison de la culture Francis-Brisson, de Shawinigan, où elle se produira le 30 octobre, 20 h, apparaît d'ailleurs comme un endroit particulièrement approprié pour se laisser bercer par son jazz doux et enveloppant.

«J'ai toujours adoré la spontanéité que permet le jazz et c'est sur scène que ça se vit le mieux. On y vit vraiment dans le moment présent, ouvert aux envolées imprévues. Avec Marianne Trudel au piano, Rémi-Jean Leblanc à la basse et Jim Doxas à la batterie, on a développé une vraie complicité parce que ce sont plus que des musiciens, ce sont mes amis.

Et comme le jazz est une musique faite de dialogues entre les interprètes, l'amitié s'y exprime. Le plaisir est palpable et le public le sent. Comme je porte une attention particulière aux textes, ça aide d'aimer les beaux textes de chanson française mais notre expérience nous démontre que tout le monde peut aimer notre musique.»

«Il y a une idée préconçue et fausse qui circule et qui veut que le jazz soit compliqué, destiné à une élite. Ce n'est pas le cas de mon jazz. Comme je porte une attention particulière aux textes, ça peut aider d'aimer les beaux textes de chanson française mais notre expérience nous démontre que tout le monde peut aimer notre musique. Elle est surtout pleine de spontanéité et pas exigeante pour le public. Des fois, je me contente de dire que je fais de la chanson française et ça demeure très juste.»

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