30 ans d'oeuvres à porter

L'exposition de Judith Picard est présentée à l'Espace-galerie... (Photo: Émilie O'Connor, Le Nouvelliste)

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L'exposition de Judith Picard est présentée à l'Espace-galerie EMA, située dans la Maison Hertel-de-la-Fresnière, rue des Ursulines, là où les visiteurs profiteront aussi d'un poème lumineux de Jean-Paul Daoust, qui s'exprime admirablement sur ses bijoux.

Photo: Émilie O'Connor, Le Nouvelliste

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Linda Corbo
Linda Corbo
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Avec l'exposition rétrospective qu'elle propose ces jours-ci à l'Espace-galerie EMA, Judith Picard croyait célébrer ses 25 ans de métier, avant de se rendre compte que ce sont plutôt trois décennies qui se sont écoulées depuis qu'elle a amorcé une carrière artistique qui l'a menée à briller sous son statut de joaillière.

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Photo: Émilie O'Connor, Le Nouvelliste

Voilà donc 30 ans qu'elle pratique son art et 25 ans qu'elle en vit. Or, après toutes ces années, la passion demeure et l'inspiration l'anime. Aujourd'hui, dans son atelier de création situé au coeur du village de Saint-Élie-de-Caxton, elle se plaît toujours autant à manoeuvrer avec le marbre, le jaspe, la pâte de verre ou le lapis-lazuli pour façonner ses mosaïques miniatures. Car au-delà du bijou, c'est une oeuvre d'art que Judith Picard propose de porter. C'est sur cet aspect qu'elle se concentre jusqu'à en échapper quelques années.

Quand elle n'expose pas comme elle le fait présentement ou quand elle ne se retrouve pas dans un salon des métiers d'art, la joaillière oeuvre dans son atelier tout en recevant les gens à son comptoir, autour de ses six présentoirs. Cet espace, cette dynamique, elle en rêvait depuis longtemps. «J'accueille le monde avec mon tablier, ma lime et mes doigts sales, je suis vraiment en train de réaliser un rêve», sourit l'artiste.

Il faut dire que la joaillière baigne vraisemblablement dans son élément. Les métaux, la texture, la confection des bijoux, cet univers la fascine depuis qu'elle est fillette.

«J'ai toujours aimé le miniature. Mes grandes soeurs me racontent qu'elle se souviennent de moi, enfant, en train de composer des objets avec des petites pinces», dit-elle.

À 11 ans, elle puisait déjà dans leur coffre à bijoux, prenait tous les objets qu'elle considérait laids, mal faits ou passés date et leur proposait de les transformer. Des boucles d'oreilles trop grosses, elle revenait avec un pendentif.

Or, autant Judith Picard se destinait aux arts visuels, autant elle s'est entichée de Trois-Rivières lorsqu'elle est partie de Gatineau pour gagner les classes de l'UQTR. Devant ses intérêts, son professeur de sculpture lui a même offert un cadeau de fin de projet, soit la Bible de fabrication de bijoux, un art qu'elle a apprivoisé et qu'elle a peaufiné par la suite en se payant des cours de joaillerie à Montréal. C'est avec cette spécialité qu'elle a assimilé les techniques lui permettant enfin de concrétiser les idées qu'elle avait en tête.

C'est à partir de cet art de la joaillerie traditionnelle qu'elle a pu exploiter son imaginaire artistique pour créer des pièces uniques, la plupart du temps, sinon pour  des petites collections.

L'exposition qu'elle présente jusqu'au 24 novembre à l'Espace-galerie EMA s'intitule Survol de... Regard sur... et témoigne de l'évolution de son travail à travers les décennies. D'ailleurs c'est grâce à sa défunte mère si, aujourd'hui, le public peut observer toutes les étapes de son parcours.

Car dans les faits, entre 2005 et 2014, elle avait pratiquement écoulé toute sa production dans les Salon des métiers d'art. Ce n'est qu'au décès de sa mère, l'an dernier, qu'elle a réalisé que sa toute première «fan» possédait une quarantaine de ses pièces. «C'était des cadeaux que je lui avais offerts ou des pièces qu'elle avait voulu acheter», raconte Judith Picard. «Elle achetait la première pièce de chaque collection et les portait à toutes les occasions», sourit la créatrice.

La joaillière ne soupçonnait pas, toutes ces années, que sa mère lui permettrait un jour de présenter au public une exposition rétrospective, et de réaliser la durée de vie de ses créations. «Quand je créais mes bijoux, je m'organisais toujours pour qu'ils passent bien à travers le temps, mais je ne savais pas qu'ils le faisaient aussi bien...», constate-t-elle aujourd'hui.

Les oeuvres de Judith Picard se retrouvent aussi... - image 2.0

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Les oeuvres de Judith Picard se retrouvent aussi bien en Asie et en Europe que dans les locaux des réseaux des Bibliothèques du Québec et autres entreprises québécoises, sous la forme de plaques murales.

Des oeuvres qui rayonnent et qui voyagent

Pour créer la structure de ses oeuvres, la joaillière Judith Picard taille directement dans l'argent, le cuivre le laiton ou l'acier inoxydable, avant d'y apposer ses pierres semi-précieuses, de jouer avec les transparences, avec la superposition des formes, tout pour que ses créations deviennent «des petits tableaux», dit-elle. «Des petites oeuvres d'art portables.»

C'est avec ces créations qu'elle se présente depuis 20 ans déjà dans les salons des métiers d'art, principalement celui de Montréal. Avec ses quelques 100 000 visiteurs par année, ce salon est d'ailleurs devenu au fil des ans son principal lieu de diffusion. En 2012, elle y a même raflé le Grand Prix des métiers d'art pour ses bijoux en mosaïque, un prix qui s'ajoutait à une longue liste de distinctions, dont les Prix Art Excellence en métier d'art 2004 et 2008 en Mauricie et les Prix Plein Art de la ville de Québec 1996 et 2008, entre autres.

Au-delà des concours et des salons, les créations de Judith Picard ont aussi franchi plusieurs frontières sous une autre forme, notamment celle des plaques murales achetées par des entreprises. Les employeurs lui en font la demande pour des cadeaux corporatifs, histoire de célébrer élégamment les années de service de leurs employés, ou pour les offrir en souvenir à leurs gros clients. Les oeuvres repartent alors dans leurs bagages en Asie, en France ou aux Indes. Souvent, on lui a d'ailleurs demandé de créer ces oeuvres avec les matériaux qui se retrouvaient dans leur propre usine.

Judith Picard s'en réjouit. L'artiste n'a pas hésité à suivre des cours de marketing et de planification stratégique pour faire rayonner ses oeuvres, avec succès si l'on considère qu'elle en vit depuis 25 ans désormais.

Au départ, elle a eu recours à l'enseignement, à des activités de sensibilisation ou à des ateliers dans les écoles, jusqu'à ce qu'elle fasse un arrêt. «La création est un chemin rempli de doutes, mais à un moment, j'ai réalisé que je m'éparpillais trop et je me suis dis: là, tu arrêtes, tu entres dans ton atelier et tu vas dans les salons des métiers d'art», relate-t-elle.

Voilà 25 ans désormais qu'elle entre dans son atelier au quotidien, qu'elle prend plaisir à limer, sabler, polir, embosser ou texturer, selon l'inspiration du moment, avant d'assembler le tout. Depuis douze ans, ses bijoux mosaïques lui donnent une nouvelle matière d'inspiration foisonnante, qui fait qu'une oeuvre en appelle une autre, dit-elle. «Ce qui m'anime, c'est de voir les pièces surgir, de les exposer aux gens et de leur parler de la manière dont je les réalise», dit-elle.

Ses oeuvres ont beau voyager, elle préfère quant à elle se retrouver au coeur de son atelier de Saint-Élie, au beau milieu de ce village qui, au fil des ans, a-t-elle pu observer, s'est graduellement rempli de visiteurs à la recherche d'un lutin ou d'un certain conteur.

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