Luc Gélinas: le hockey se glisse dans la littérature

Luc Gélinas sera de passage à la bibliothèque... (Photo: Stéphane Lessard Le Nouvelliste)

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Luc Gélinas sera de passage à la bibliothèque Gatien-Lapointe de Trois-Rivières le 23 octobre pour une conférence.

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Linda Corbo
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Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) De son propre aveu, Luc Gélinas n'était pas un très bon joueur de hockey. L'avenir aura toutefois démontré à quel point il a pu aborder ce sport autrement, lui qui mène une brillante carrière de journaliste sportif depuis 1989 sur les ondes de RDS et qui se promène dans les coulisses de la LNH depuis 1992.

Cette carrière pouvait être prévisible pour le jeune homme originaire de Saint-Boniface. À 15 ans, il s'impliquait déjà au sein de la radio et du journal étudiant du Séminaire Sainte-Marie, où il jetait son dévolu sur les nouvelles sportives, jusqu'à devenir descripteur des matches des Cataractes de Shawinigan pour la télévision communautaire, avant même d'amorcer ses études en journalisme. Ce qui était un peu moins prévisible à cette époque, c'est l'échappée qu'il allait réaliser plus tard en se lançant dans le milieu littéraire.

En transposant ses connaissances élaborées du hockey sur papier, Luc Gélinas a créé une série de romans jeunesse lancée en 2012 avec la sortie de son premier tome intitulé C'est la faute à Ovechkin, publié aux Éditions Hurtubise.

Ces dernières années, il a ainsi donné vie à son personnage Félix Riopel, jeune joueur de hockey qui évolue pour les Estacades de Louiseville, qui rêve d'atteindre la ligue de hockey junior majeur du Québec et qui trimera dur, sa détermination compensant pour son petit gabarit. Au moment d'être repêché par les Huskies de Rouyn-Noranda, le garçon devra toutefois laisser derrière lui sa famille, sa copine et son meilleur ami Carl, autre jeune homme que l'on suivra en parallèle dans les cinq tomes, et qui aura une trajectoire toute autre.

Luc Gélinas a bâti cet univers en multipliant les heures devant son écran, à apprivoiser la fiction, à se découvrir un imaginaire qu'il ne soupçonnait pas avoir et à faire de Riopel un véritable ami imaginaire, dit-il. Les exigences de la couverture du hockey le retenant pratiquement tous les week-ends, il a écrit ses romans par journée de congé, sinon dans ses nombreux déplacements, qu'il soit à l'aéroport ou à l'hôtel. Toujours à petites doses de 500 ou 1000 mots. «Je ne peux pas écrire pendant huit heures se suite. Je regarde les oiseaux, je surveille mes messages sur Facebook, je m'invente que j'ai faim, je fouille dans le frigidaire...», énumère-t-il, pince-sans-rire.

Avant cette série, Luc Gélinas avait publié deux autres ouvrages au sein de la même maison d'édition, deux bouquins intitulés La LNH, un rêve possible qui offraient des courtes biographies de vedettes professionnelles du hockey, de leurs premiers coups de patin jusqu'à la ligue nationale. Il en était à terminer le deuxième tome quand l'idée de sa série jeunesse est survenue.

Le journaliste discutait avec un ami, le père d'un jeune gardien de but chez les midget BB. Or, ce dernier lui expliquait que le sort de son fils dépendait des Flyers de Philadelphie... Une réflexion qui a fait sourciller le journaliste, mais qui se comprenait quand on explorait les conséquences qu'un choix dans la ligue nationale peut avoir sur un joueur de la ligue américaine, et sur un autre de la ligue de hockey junior majeur du Québec, puis du junior AAA, un effet domino qui peut aller jusqu'à affecter le sort d'un gardien de but du midget BB.

Gélinas y a vu un véritable roman. «L'idée m'est tombée dans les mains, je n'ai aucun mérite! J'étais obsédé par mon roman jeunesse...» Assez qu'il lui a été difficile terminer ses biographies de joueurs vedettes, avoue-t-il.

C'est donc cette théorie des dominos qu'il a utilisée pour C'est la faute à Ovechkin et pour les quatre tomes suivants, qui couvrent les quatre années de hockey de Riopel. Le tout constitue aujourd'hui une série à succès qui a le don de rejoindre tout particulièrement les lecteurs du genre masculin, ce lectorat si difficile à atteindre.

«Ma vraie paye c'est qu'aujourd'hui, dans les arénas, sur les terrains de balle ou sur Facebook, les parents me disent merci de faire lire leur fils, et les femmes de faire lire leur mari!»

Les livres ont aussi leur effet domino

Lorsqu'il a proposé son idée de roman jeunesse à sa maison d'édition, Luc Gélinas avait écrit une trentaine de pages du premier tome, avec les idées de ce que pourrait être la suite. L'éditeur a répondu par l'affirmative, avec une petite nuance. «Ils voulaient que j'écrive une série!»

À prime abord, Gélinas s'est farouchement opposé à l'idée. Mais sur le chemin du retour à la maison, il a acheté de grands cartons sur lesquels il a tracé deux colonnes, raconte-t-il. Sous la première, il a énuméré tout ce qui pouvait survenir dans la vie d'un joueur de hockey, domaine que le journaliste connaissait bien. Sous l'autre, il a écrit tout ce qui pouvait surgir dans la vie d'un adolescent, des sujets que le père de trois enfants connaissait tout autant.

C'est devant ces grands cartons que le projet de série est devenu plus réaliste pour lui, non sans soulever certaines craintes. «Comme pour mes livres de biographies, j'étais plein d'angoisses et j'avais peur de me faire juger. Les gars de télé et de radio, on n'est pas supposés être assez intelligents pour écrire...», ironise-t-il. Aujourd'hui, il n'en cumule pas moins les projets.

Au moment de cette entrevue en début de semaine, l'auteur pouvait décrire en détails la finale du cinquième et dernier tome de sa série, qui sera publié en novembre sous le titre C'est la faute à Félix Riopel. Ne lui reste qu'à l'écrire. N'eût été des Canadiens qui ont fait trois rondes de série cette année, il aurait déjà remis son manuscrit, mais bon.

L'autre problème, c'est que Gélinas a eu un flash pour un roman adulte cette fois. L'idée lui est tombée dessus. Et elle l'obsède un peu. «Je n'arrête pas de penser à ce projet-là... C'est une histoire de relation amour-haine, père-fils, un drame humain». Une histoire qui sera remplie d'émotions, dit-il. «Curieusement, dans ma série jeunesse, ce sont les bouts que j'aimais le plus écrire, beaucoup plus que de décrire une partie de hockey, qui est la job que je fais chaque jour...»

Depuis qu'il a découvert le plaisir de raconter des histoires, la sienne est pleine de rebondissements. Tout dernièrement, il a même vendu les droits de ses cinq livres pour la télévision à une maison de production du Nouveau-Brunswick, associée à une autre de Montréal.

Il ne sait pas encore si l'histoire de Félix Riopel fera l'objet d'un film ou d'une télésérie, mais si les budgets sont accordés et que le tout se concrétise, il deviendra coscénariste avec Renée Blanchar, celle-là même qui a écrit et réalisé la série Belle-Baie. Il se fera aussi consultant, pour donner pleine crédibilité à toutes les scènes de hockey.

C'est dire à quel point il est bon de faire ce que tu aimes dans la vie, observe-t-il. C'est ce qu'il en tire comme leçon de vie, et c'est ce qu'il répète à ses trois enfants, trois sportifs qui, avec leurs amis, vivent dans des univers inspirants pour bien cerner les problématiques des adolescents. Les trois deviennent même parfois des consultants, le temps de le mettre à jour sur quelques trucs bien de leur temps.

«Ils me montrent la vraie façon d'écrire des textos», plaide le père. «Je les exploite comme ça, bénévolement...»

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