Les enfants d'abord

Carmen Bourassa, productrice et conceptrice de nombreuses émissions... (Photo: La Presse)

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Carmen Bourassa, productrice et conceptrice de nombreuses émissions destinées aux tout-petits comme Pin pon, Toc toc toc ou Passe-Partout, pense que ce sont les parents qui doivent réglementer le nombre d'heures que leur progéniture passera devant le petit écran.

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Linda Corbo
Linda Corbo
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Carmen Bourassa a adopté deux enfants, elle en a porté un et a baptisé affectueusement les trois enfants de son conjoint ses «enfants de coeur».

C'est encore en fonction de l'enfance qu'elle a orienté sa vie professionnelle, en concoctant aux bambins du Québec des émissions phare, de Passe-Partout à Toc Toc Toc en passant par Zap, À plein temps, Pop Citrouille, Cornemuse et Pin Pon.

Au dernier gala des Gémeaux, c'est à cette Trifluvienne d'origine que l'on a décerné le Grand Prix de l'Académie. La lauréate n'est d'ailleurs pas passée inaperçue sur cette scène en affirmant haut et fort que les enfants étaient la plus grande richesse naturelle du Québec, une richesse qu'elle a honorée sa vie durant.

Dans ses bureaux de Téléfiction à Montréal, quelques jours plus tard, sa passion est intacte lorsqu'elle explique que pour chaque projet élaboré, elle a toujours placé l'enfant et ses besoins au coeur de ses concepts.

Graffiti a été créé pour aborder le thème de l'alphabétisation, Zap pour le décrochage scolaire et, plus récemment, Toc Toc Toc, pour favoriser l'imaginaire.

Depuis 30 ans, comme conceptrice ou productrice, elle aborde son chapeau d'éducatrice, vise la cible, et ne la rate pas.

Au cours des trois dernières décennies, pratiquement toutes les émissions faites pour les 2 à 6 ans ont traversé son imaginaire d'une manière ou d'une autre, avec un même souci au fil des ans.

«Il y a des changements de société mais les besoins essentiels des enfants, eux, ils n'ont pas changé», dit-elle. Ce qui fait que des émissions comme Passe-Partout ou des films comme La guerre des Tuques traversent aisément le temps. «

À la base, les besoins essentiels et les intérêts des enfants ne se démodent pas.»

Rue Bureau, Trois-Rivières

Dans sa maison de la rue Bureau à Trois-Rivières, lorsqu'elle était jeune fille, Carmen Bourassa n'avait aucune idée que sa trajectoire de vie la mènerait dans le monde de la télévision.

La jeune fille a plutôt rêvé de devenir médecin, puis religieuse missionnaire, sinon politicienne, avant d'opter pour la pédagogie préscolaire et l'histoire.

À travers les années, il s'en est fallu de peu pour qu'elle opte pour la politique, elle qui a reçu des offres de plus d'un parti. «J'aurais fait de la politique parce que les lois y sont faites», explique-t-elle.

«Mais aujourd'hui, à 67 ans, je pense que j'ai eu plus d'influence en télévision et que j'ai fait le bon choix.»

Carmen Bourassa n'a enseigné qu'une année mais s'est fait remarquer au sein de l'Alliance des professeurs, où elle a été recrutée rapidement par le ministère de l'Éducation, pour ses idées, notamment celle d'utiliser le petit écran pour appuyer les notions d'éducation.

C'est ainsi que Passe-Partout est né et qu'elle a créé les 125 premières émissions en compagnie de Louise Poliquin et Laurent Lachance, sans imaginer le succès qui allait suivre.

«On voulait faire sortir le quotidien des enfants de la banalité et le magnifier à la télévision. On voulait que les enfants soient accrédités dans ce qu'ils ressentent et qu'ils aient la liberté de s'exprimer. Ça a fait un mélange dont les enfants avaient besoin pour comprendre leur monde et se comprendre eux-mêmes.»

La première fois où elle a compris que cette émission risquait de devenir un phénomène de société, elle était au Complexe Desjardins, pour le lancement de l'album de Passe-Partout, en 1981. Ce jour-là, l'équipe faisait d'ailleurs ombrage au père Noël.

«J'ai senti quelque chose d'extrêmement fort ce jour-là. Il y avait tellement de monde jusque sur les mezzanines qu'on se demandait si ça allait tenir... C'en était presque insécurisant.»

Or depuis quelque temps, un autre phénomène de la télévision l'éblouit, dans ses bureaux de Téléfiction où elle a créé l'émission Toc Toc Toc, qui soulève l'enthousiasme chez les enfants.

«C'est un buzz à la Passe-Partout», souffle-t-elle. «Il y a des gens qui prennent la télévision jeunesse pour de la télévision de divertissement, moi je pense que c'est la télévision qui influence le plus les gens. Je crois beaucoup en l'éducation. Dans le fond, je suis comme une maîtresse d'école tout le temps...»

Trois-Rivières, au passé et au présent

La dame a beau avoir traversé sa vie professionnelle au sein de la métropole, en imaginant les émissions qui allaient colorer la jeunesse, régulièrement, elle réintègre sa maison de campagne à Saint-Louis-de-France.

Depuis 1970, elle y retrouve son havre de paix les week-ends, les étés, et lors des grandes fêtes de famille. Mais encore, les vendredis, elle et ses amies d'enfance se retrouvent dans un restaurant de la rue des Forges, pour un brin de causette.

«Je vis encore en partie à Trois-Rivières. Je vais même parfois au conseil de ville», sourit-elle. La dame est préoccupée notamment par l'érosion des berges de la rivière Saint-Maurice. «À certains moments, je m'ennuie de la pitoune...»

Carmen Bourassa est l'aînée d'une famille de sept enfants, une famille aisée qui habitait le quartier ouvrier Saint-Philippe. Son père, un contracteur, a été d'ailleurs le premier à apporter les bétonnières à Trois-Rivières, observe-t-elle fièrement.

Selon elle, sa détermination, son sens des affaires et son audace à innover proviennent de lui. Mais son amour des enfants et son goût de prendre soin, elle le reconnaît tout à fait dans les traits de sa mère.

«Elle aimait bercer les enfants et leur chanter des chansons et des comptines.» Quelques-unes se sont d'ailleurs retrouvées dans Passe-Partout, sourit-elle. «Elle avait une belle langue, avec des expressions vieilles.»

Dans sa jeunesse, Carmen Bourassa a fréquenté Les Funambules en compagnie de Rita Lafontaine notamment, avec répétition dans son sous-sol et conception des décors dans la cour de la maison familiale.

«Je n'ai jamais étudié en télévision, peut-être que mon goût de la télé vient de là...»

Ses deux enfants ont été adoptés à Trois-Rivières et c'est encore ici qu'elle a rencontré son premier époux Roger Lambert, qui était alors prêtre, qui enseignait au Séminaire de Trois-Rivières, qui était son professeur de philosophie et qui est demeuré son grand ami jusqu'à la fin de sa vie, il y a quatre ans.

L'autre homme de sa vie était le réalisateur et le coordonnateur de Passe-Partout, émission qui a eu quelques répercussions à Trois-Rivières au cours des dernières années, avec l'exposition qui a connu un grand succès au Musée de culture populaire du Québec.

Mme Bourassa a insisté pour que les artisans de l'exposition Passe-Partout s'y concentrent. «La télé, c'est un art populaire et ce musée-là en avait bien besoin».

À son ouverture, deux salles de ce musée contenaient d'ailleurs des artefacts qui provenaient en grande partie de sa terre familiale, et Carmen Bourassa en rêve aussi au futur.

«Je rêve de faire dans ce musée-là un conte avec toutes les origines amérindiennes et, parallèlement, une salle d'exposition remplie d'artefacts», dit-elle, tout sourire. «Je vais revenir hanter ce musée...»

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