Les souvenirs heureux ont leurs propres couleurs

On ne résume pas quarante-cinq ans de carrière... (Olivier Croteau)

Agrandir

On ne résume pas quarante-cinq ans de carrière en quarante toiles mais l'exposition Marcel Dargis se souvient qu'on présente à la Maison de la culture trifluvienne trace un portrait intéressant de la production du peintre  trifluvien.

Olivier Croteau

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
François Houde
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Ça ressemble à la consécration. Marcel Dargis a peint tout près de 800 toiles au cours des quarante-cinq dernières années et aujourd'hui, on en retrouve une quarantaine sur les murs du Centre d'exposition Raymond-Lasnier de la Maison de la culture qui illustrent sa carrière dans les couleurs franches et naïves qui ont marqué son oeuvre.

Le peintre est aujourd'hui âgé de 87 ans et s'adonne toujours à sa passion de façon quotidienne. Même qu'il est heureux que le vernissage de Marcel Dargis se souvient ait eu lieu dimanche dernier. «Vous savez, je suis un timide, s'excuse-t-il. Ces derniers jours, le  vernissage avec plein de monde, ça me préoccupait et j'avais de la difficulté à me concentrer sur ma peinture. Là, je peux m'y remettre.» 

La peinture est, chez lui, comme une méditation, un temps de recueillement, un petit peu à l'écart du monde. Tout comme les promenades en nature qui ont toujours été nécessaires à son équilibre.

L'homme semble parfaitement étranger à la prétention et ce n'est pas cette exposition élaborée et d'abord présentée au Musée international d'art naïf de Magog il y a un an qui y changera quoi que ce soit. Il est ému qu'on la présente aujourd'hui, et jusqu'au 23 novembre prochain, chez lui, à Trois-Rivières, comme un naturel retour des choses. Pas simplement parce qu'il est d'ici mais surtout parce qu'une majorité de ses toiles sont inspirées de sa jeunesse passée à Cap-de-la-Madeleine. «Je dirais que 90 % des toiles représentent des souvenirs des années 30, 40 ou 50 dans la paroisse Saint-Lazare, du secteur Cap-de-la-Madeleine.»

L'artiste évoque avec une inaltérable bonne humeur les petits et gros événements qui marquaient la vie d'un enfant à cette époque. Il raconte le bonheur. Parfaitement conscient du regard qu'on a longtemps jeté, et encore aujourd'hui, sur cette période dite de grande noirceur, il offre une perspective contraire que son style naïf traduit parfaitement. Il a connu une jeunesse heureuse faite de ces tout petits plaisirs que la mémoire magnifie: une joute de hockey ou de baseball improvisée avec les copains du quartier, une kermesse paroissiale, une parade, le faste d'une fête religieuse de cette époque, etc.

Sous ses pinceaux, un autre Québec se dessine avec ses rites, païens comme religieux. Et derrière l'image, le sourire d'un homme qui savoure ses souvenirs. «J'ai toujours aimé les peintres qui nous transportent dans un univers qui leur appartient, qui nous amènent ailleurs», explique-t-il. Il faut croire qu'il s'aimerait, comme peintre, parce que ses oeuvres sont des machines à voyager dans le temps et dans le plaisir simple et sain. Difficile de ne pas esquisser un sourire en regardant l'une ou l'autre de ses toiles à cause de la touchante candeur de son regard pourtant riche de détails.

«Il y a toujours eu deux côtés à ma personnalité. C'est comme si j'avais vécu deux vies: celle de la réalité et celle de l'évasion.»

Marcel Dargis a opté pour l'art naïf dès ses débuts il y a quelque chose comme quarante-cinq ans. À moins que ce ne soit l'art naïf qui l'ait choisi. Après avoir pris des cours, notamment avec Jordi Bonet et avoir tâté de l'abstraction et du surréalisme, il a rencontré l'art naïf et l'intensité du coup de foudre ne s'est jamais atténué depuis. 

«J'ai détruit plusieurs toiles à mes débuts parce que je n'étais pas satisfait. Évidemment, je me trouve meilleur aujourd'hui. La composition des tableaux n'a jamais changé, ce sont les couleurs qui se sont transformées. Mes coloris sont plus recherchés; j'aime les couleurs franches. Et mes dessins d'aujourd'hui sont aussi plus beaux que ceux d'autrefois.»

S'il peint essentiellement à l'huile, alors que plusieurs observateurs ont l'impression qu'il privilégie l'acrylique, c'est précisément parce qu'il est particulièrement exigeant quant aux couleurs. «Avec l'acrylique, j'ai de la difficulté à trouver mes coloris justes parce que ça fonce en séchant alors qu'avec l'huile, je peux arriver immédiatement à ce que je recherche. J'ai toujours été habité par la couleur. Je me demande si ça ne me vient pas des voyages de chasse et de pêche que je faisais, enfant, avec mon père et où je savourais particulièrement les couleurs de la nature.» 

Il estime qu'environ 60 % de ses oeuvres sont parties à l'extérieur du Québec et si on écoute très attentivement, on peut peut-être même percevoir dans le ton de sa voix, une toute petite déception. Il est cependant heureux de constater qu'elles font le bonheur d'amateurs un peu partout. Un collectionneur ontarien possède vingt-deux de ses toiles et une autre, une femme originaire de Londres mais qui habitent Kingston, en possède 18.

Il semble encore avoir de la difficulté à croire qu'il est représenté dans une galerie à Tel-Aviv, en Israël, une importante galerie consacrée à l'art naïf où des artistes de trente-neuf pays sont représentés. 

Ce qui ne minimise en rien les récents honneurs reçus chez lui et qui le touchent au plus haut point. «Cette exposition à la Maison de la culture est grandiose et l'honneur que m'a rendu Culture Mauricie l'année dernière était aussi extraordinaire. Je n'aurais jamais pensé susciter ça un jour.»

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer