François Delisle: la liberté de faire son cinéma

Sans être très connu, le réalisateur François Delisle... (Photo: La Presse)

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Sans être très connu, le réalisateur François Delisle a déjà réalisé cinq longs métrages et son plus récent, Chorus, prendra l'affiche au Tapis rouge le 13 mars prochain.

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François Houde
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Depuis 1994, François Delisle a réalisé cinq longs métrages qui ont été reçus avec des critiques élogieuses sans pour cela connaître une très large diffusion. C'est donc dire qu'on peut, au Québec, avoir une carrière importante, jalonnée de plusieurs films, tout en demeurant assez peu connu du grand public. Le cinéaste présente aujourd'hui Chorus, sa dernière oeuvre, qui profitera de la présence chez nous du cinéma Le Tapis rouge, pour obtenir une diffusion sur grand écran à partir du 13 mars.

Ce n'est faire offense à personne que de dire qu'il apparaît peu probable que ce film fasse un malheur au box-office. C'est pourtant un fort beau film qui a, entre autres nombreux mérites, de traiter avec sensibilité et intelligence d'un thème universel mais délicat: le deuil. Rien pour faire courir les foules dans une société qui semble nier la mort comme si elle n'était pas inscrite en nous autant que la vie. Chorus offre donc une réflexion très pertinente.

Autre aspect qui peut rebuter certains spectateurs gavés de films conçus exclusivement pour plaire, le choix du noir et blanc par le cinéaste. Non pas le noir et blanc de la tristesse, bien présente dans le film, mais celui de la nuance, du gris, nourri tant de noir que de blanc.

«Inconsciemment, j'ai écrit tout mon film sur une structure en dualité, constate le cinéaste. C'est un film qui parle du deuil d'un enfant pour ses parents et donc de la mort au même titre que de la vie qu'il reste à vivre. Tout le film se passe entre deux pôles, d'où le noir et le blanc qui s'est imposé par lui-même.»

Le parcours de ces parents séparés qui se retrouvent dix ans après la disparition de leur fils de huit ans parce que ses restes ont été découverts, n'est certes pas folichon mais il est le prétexte à une introspection intense et pourtant pudique. «Déjà, parler de la mort, c'est délicat dans notre monde actuel même si c'est la chose la plus naturelle qui soit, soutient François Delisle. On dirait que la société tasse la mort de côté. Ça peut pourtant être une expérience très constructive même si elle est pénible. D'ailleurs, malgré leur douleur, il me semble que mes personnages sont transformés par cette expérience à la fin du film.»

«Je veux que les spectateurs vivent aussi une expérience et que le film provoque une réflexion. Il n'est pas question pour moi de leur indiquer ce qu'ils doivent penser mais bien de simplement susciter une réflexion intime sur cette question fondamentale et universelle. Je pense que parler de la mort nous en dit beaucoup sur notre rapport à la vie et c'est la raison pour laquelle je n'ai pas abordé le sujet avec des gants blancs. Il renferme certainement autant de positif que de négatif. Par ailleurs, je ne pense vraiment pas que le film soit difficile d'accès ou à comprendre. Il faut simplement être disposé à la réflexion qu'il propose.»

S'il travaille quelque peu en marge du marché commercial du cinéma, le cinéaste ne se considère pas moins privilégié. «Pour moi, un film est un objet par lequel je peux communiquer avec un public. Mon seul but, c'est d'être honnête envers moi-même et, par voie de conséquences, avec le public auquel je m'adresse. Je me considère privilégié d'être en mesure de faire ça ici, au Québec. Ici comme pour mes films précédents, je n'ai pas fait de concession depuis mon idée de départ et j'ai fait le film que j'ai voulu. Cette liberté-là est absolument inestimable.»

«On peut dire ce qu'on veut du système dans lequel le cinéma québécois s'inscrit mais j'ai assez voyagé avec mes films pour voir comment vivent des cinéastes dans plusieurs pays à travers le monde. Plusieurs travaillent avec beaucoup plus d'argent que moi, mais ils travaillent aussi dans la peur parce qu'ils se doivent de plaire à des producteurs qui n'ont que des intérêts financiers dans l'oeuvre. Moi, je peux dire que mes films me ressemblent énormément et j'en suis fier.»

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