Théâtre des Gens de la place: 25 années de passion

Le Théâtre des Gens de la place fête... (Sylvain Mayer)

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Le Théâtre des Gens de la place fête cette année ses 25 ans d'existence.

Sylvain Mayer

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François Houde
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Le Théâtre des Gens de la place fête cette année ses 25 ans d'existence. Vingt-cinq ans de stabilité à présenter trois pièces par saison sans jamais faillir. Dans le monde du théâtre amateur régional, c'est tout à fait remarquable.

Cette réussite tient peut-être à ce que dès le départ, les quatre passionnés qui sont à l'origine de la compagnie ont fait correctement les choses. Carolle Lafrance, Hélène Cossette, Marc-André Dowd et Martin Francoeur croyaient qu'il y avait de la place pour une compagnie de théâtre amateur de qualité à Trois-Rivières. «On s'est donné des bases stables, se souvient Martin Francoeur. On s'est enregistré, on a adopté des statuts et règlements, un conseil d'administration, etc. Avant même la première saison, on a organisé une soirée-bénéfice pour se donner un fonds de départ.»

«On était dès lors soucieux de conserver un standard de qualité pour chaque production tout en offrant du théâtre accessible. On avait établi en commençant qu'on devrait offrir trois pièces par année, dont une québécoise. Ainsi, on pouvait s'assurer d'offrir une variété d'oeuvres. Également, on voulait favoriser une part de recherche ou d'avant-gardisme.»

Vingt-cinq ans plus tard, il se dit très fier de l'évolution de l'enfant qu'il a mis au monde «Je suis demeuré étroitement impliqué avec le TGP pendant toutes ces années à toutes sortes de niveaux: j'ai joué, mis en scène, travaillé au sein du conseil d'administration et si j'y suis toujours, c'est parce que ce que fait le TGP correspond toujours à notre vision de départ d'offrir du théâtre accessible, de qualité, par et pour des gens d'ici.»

Fidélité

Si on veut tenter d'expliquer le succès de la compagnie, il faut sans doute s'arrêter à la remarquable fidélité de ses membres. Patrick Lacombe a été le tout premier président du conseil d'administration et est constamment demeuré impliqué depuis. «Le TGP, c'est carrément une partie de ma vie, soutient-il. J'y ai été constamment impliqué à un niveau ou à un autre depuis 25 ans. Je m'y suis fais des amis il y a un quart de siècle que je continue de côtoyer aujourd'hui.»

«Une des grandes forces du TGP, c'est qu'on peut compter sur un noyau solide de gens fidèles qui ont à coeur sa réussite. Je pense qu'on a été chanceux de toujours avoir de solides équipes de gens passionnés tant au c.a. que dans l'élaboration de chacune des productions.»

«J'ai toujours senti qu'il y avait une magnifique énergie collective au TGP, dit Luc Martel qui a agi à titre de président du c.a. pendant huit ans, de 2007 à 2015. Il y existe un grand et profond sentiment d'appartenance. J'ai joué avec Praxis, le Théâtre de Face et les Nouveaux Compagnons et toujours avec beaucoup de plaisir mais je dois avouer que j'ai le TGP particulièrement à coeur. Les gens s'y prennent en main de belle façon et on y retrouve une symbiose extraordinairement efficace. Tout le monde y met vraiment du sien.»

«C'est certainement un exploit que d'avoir duré 25 ans, poursuit Martel, mais à ce titre, je me dois de saluer les Nouveaux Compagnons qui vont bientôt fêter leur 100e anniversaire d'existence. Ça, c'est vraiment tout un exploit.»

Lui, Patrick Lacombe et Martin Francoeur insistent pour dire que le succès repose sur le principe fondateur qui a continué de s'imposer à travers le temps. «On revient incessamment à notre règle de base: offrir du théâtre accessible et de qualité.»

«Ce que j'aime au TGP, dit Lacombe, c'est qu'on s'est toujours remis en cause. À chaque année, on se repenche sur la dernière saison en se demandant si notre orientation était bien la bonne. Doit-on chercher à plaire au plus grand nombre ou pas? Doit-on viser d'autres publics? Doit-on travailler différemment avec nos partenaires? On demeure toujours dans un mode d'autocritique.»

En coulisses

Pour chaque pièce présentée, un boulot considérable doit être fait en amont par des gestionnaires. «Les gens viennent voir des spectacles et ne connaissent que l'aspect artistique de ce qu'on fait et c'est bien ainsi, analyse Lacombe. Ils ne se doutent pas de tout ce que ça implique en coulisses et au conseil d'administration. C'est la gestion effectuée par des bénévoles dévoués et compétents qui permet de présenter du bon théâtre année après année.»

«La gestion, c'est beaucoup de travail, énormément de petites préoccupations. Alors que j'étais président, j'ai aussi joué dans Amadeus, où j'avais un rôle majeur, en scène pour près de la moitié de la pièce. Je comptais sur l'après-midi de la première pour me concentrer, revoir mon texte, me préparer. J'ai passé tout cet après-midi à négocier avec des gens de la sécurité aux incendies qui craignaient qu'on mette le feu parce qu'on avait des chandeliers près de toiles sur la scène. On a fini par les convaincre, heureusement, mais disons que je n'ai pas eu la préparation que je souhaitais!»

Les finances, on le devine, demeurent un nécessaire objet de préoccupation.

«On a eu des difficultés financières à deux ou trois moments de notre histoire, se souvient Patrick Lacombe. On a pris nos responsabilités, fait nos devoirs et remis de l'ordre dans nos affaires. Mais je suis fier de dire que notre survie n'a jamais été menacée. Bien sûr on a fait des erreurs et c'est normal, mais on a appris d'elles et on ne les a pas répétées. Aujourd'hui, le TGP est en très bonne santé financière.»

Nos interlocuteurs croient dur comme fer que le TGP est là pour rester encore longtemps. «Si on garde le cap sur notre raison d'être qui est d'offrir du théâtre accessible et de qualité, on va durer, dit Luc Martel avec conviction. Les conditions peuvent changer, mais on a prouvé qu'on sait s'adapter.»

«Moi, dit Patrick Lacombe, je suis convaincu qu'on est là pour encore 25 ans. Le souffle qui animait les créateurs du TGP est encore là. Les gens qui s'impliquent aujourd'hui sont dynamiques, dévoués, compétents. Dans ces conditions, je ne vois pas comment ça disparaîtrait.»

S'adapter en étant créatif

Comme toute troupe ou compagnie de théâtre, qu'elles soient amateurs ou professionnelles, le TGP doit vivre avec une certaine désaffection du public, moins enclin à quitter le confort du foyer pour aller au théâtre.

«On constate tous qu'il se fait une consommation différente de la culture avec Internet et des plate-formes comme Netflix, explique Luc Martel. Il faut donner une raison suffisante aux gens de faire l'effort de se déplacer pour nous voir. Je pense qu'il faut les interpeller avec des projets audacieux, et leur présenter des pièces qui ont un propos qui les touche, qui a une résonance dans le monde actuel.»

«Il nous a fallu nous recadrer à travers les années, dit, pour sa part, Patrick Lacombe. Le TGP a une intelligence institutionnelle qui lui permet de traverser les crises. Devant les assistances en baisse, on a utilisé le questionnement continu. On a adapté nos budgets, renforcé nos liens avec nos divers partenaires, favorisé les échanges de services, développé une présence sur les réseaux sociaux. On s'est adapté en allant chercher des gens compétents dans leurs créneaux respectifs. Et toujours, il nous a fallu être créatifs dans nos solutions.»

Luc Martel partage ce point de vue. «Il faut être prêt à des compromis. Comme aller dans une plus petite salle comme on va le faire la saison prochaine avec Le doute à la salle Louis-Philippe-Poisson. C'est différent, il faut trouver les façons d'en tirer le meilleur en étant créatif. Si on sait utiliser les forces de la salle, l'intimité qu'elle crée, ce sera extraordinaire.»

«Aussi, je suis personnellement favorable à l'utilisation du multimédia au théâtre, en autant que ça soutienne le propos, qui doit toujours demeurer l'axe essentiel. Si, de cette façon, on peut attirer davantage de gens, et des jeunes, pourquoi pas?»

«Le théâtre, poursuit Patrick Lacombe, c'est toujours une expérience à laquelle les spectateurs sont conviés et on constate combien le public d'aujourd'hui est à la recherche d'expériences. Pour l'offrir, il nous a fallu remettre nos pratiques en question, faire preuve d'audace. La saison dernière, Lucky lady a été un projet audacieux, comme un laboratoire. C'était éclaté et brillant. Ce genre de projet attire des jeunes créateurs qui sentent qu'ils peuvent trouver chez nous l'espace pour donner vie à leurs idées. Surtout qu'il y a des gens d'expérience pour les accompagner.»

Rien de tout cela ne serait possible sans certaines collaborations essentielles. «Il importe de dire que la Corporation de développement culturel de Trois-Rivières a été extrêmement précieuse dans notre parcours, dit Patrick Lacombe. Elle a toujours joué le rôle de facilitateur et elle a été proactive dans la recherche de solutions. Ça, c'est plutôt rare dans le monde culturel mais je peux dire qu'elle nous a toujours servis, nous et les autres organismes culturels trifluviens.»

Le TGP en quelques noms

En 25 ans, il en est passé des interprètes, des metteurs en scène, des techniciens qui ont fait leurs premières armes au théâtre grâce au Théâtre des Gens de la place. Pour certains, il aura été un tremplin vers une carrière. En voici quelques-uns:

  • Isabelle Blais, comédienne: La puce à l'oreille (1993) et Thérèse et Pierrette à l'École des Saints-Anges (1994)
  • Stéphanie Crête-Blais, comédienne: La tempête (1998)
  • Anne-Marie Olivier, directrice artistique Théâtre du Trident: Thérèse et Pierrette à l'école des Saints-Anges (1994)
  • Jean-Simon Traversy, codirecteur artistique du Théâtre Jean-Duceppe: Les trois mousquetaires (2003)
  • Tommy Joubert, comédien: Les Fourberies de Scapin (2009), La leçon d'histoire (2010), Lucky Lady metteur en scène (2016)
  • Nicolas Gendron, comédien: Le dindon (2004)
  • Rose-Anne Déry, comédienne: Les Belles-soeurs (2009)




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