Rire, critiquer, réfléchir au Musée des religions

Fidèle à son habitude de chercher à susciter... (Photo: François Gervais Le Nouvelliste)

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Fidèle à son habitude de chercher à susciter la réflexion, le directeur général du Musée des religions du monde de Nicolet Jean-François Royal présente, avec Trait d'esprit, une exposition complète de caricatures ayant pour thème la religion.

Photo: François Gervais Le Nouvelliste

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François Houde
Le Nouvelliste

(Nicolet) Résumer une idée complexe, une opinion, en une image, quelques mots, une idée phare; la caricature est un art.  Et il arrive que cet art et la religion se fréquentent; ça arrive même beaucoup plus fréquemment qu'on ne le pense. L'exposition Trait d'esprit. Des images pour ne pas se prosterner, présentée jusqu'au 15 octobre au Musée des religions du monde de Nicolet en témoigne avec éloquence.

L'exposition arrive de France. Elle a d'abord été conçue pour l'Atelier protestant de Paris. En l'important, le Musée des religions lui a donné un visage québécois en incorporant les oeuvres de quelques-uns des caricaturistes qui nous sont familiers: Bado, du Droit, Garnotte du Devoir, Côté, du Soleil, Fleg de Yahoo Québec mais aussi Jean Isabelle, du Nouvelliste.

Ils viennent se greffer à des noms moins connus ici comme PIEM ou BRUNOR mais aussi le célèbre Plantu. En tout, neuf caricaturistes européens. Au nombre de ceux-ci, Molina, un pasteur protestant qui n'en pose pas moins un regard très critique sur les religions, la sienne en particulier.

L'anecdote est significative. Elle révèle quelque chose d'essentiel de cette exposition: la réflexion qu'elle propose à travers la critique. Quand on pense caricatures, on pense spontanément humour. Or, l'humour est très présent à travers les nombreuses oeuvres présentées. Mais il y a bien davantage: beaucoup de réflexion, des opinions, de nombreux rappels de dossiers qui ont un jour fait l'actualité avant de disparaître des écrans radars tout en demeurant pertinents.

Preuve que dans ce volet de la vie humaine peut-être davantage que dans d'autres, les événements, débats, scandales qui frappent l'imagination une journée ne se règlent pas le lendemain. S'ils quittent souvent la une des journaux pour migrer dans les pages intérieures quand ils ne disparaissent pas tout simplement de la publication, ils ne restent souvent qu'en dormance.  

Les caricaturistes prennent un jouissif plaisir à exploiter les travers religieux. On ne sera donc pas étonné de voir beaucoup d'oeuvres qui réfèrent férocement à l'Islam radical. Cela dit, le catholicisme n'est pas épargné, beaucoup s'en faut. Le visiteur ressentira même de petits malaises devant des dossiers rappelés un peu crûment à leur mémoire mais ce n'est jamais par bête sensationnalisme.

Chaque dessinateur a son style, son approche. La disposition même de l'exposition avec les caricaturistes européens affichés sur les murs et les Québécois au centre permet de comparer les approches, l'esprit qui les anime et le fossé qui les sépare parfois.

Il reste que ce que recherche le directeur général du Musée des religions du monde Jean-François Royal, c'est de stimuler la réflexion et il a trouvé un véhicule idéal. L'humour, ici nettement prépondérant, permet d'aborder les sujets les plus controversés sans choquer inutilement.

«Comme les caricatures font souvent réagir au premier degré, les gens vont probablement partager leurs impressions. Je ne veux pas un débat théologique de fond, mais simplement un échange d'idées. Pourquoi certains dessins heurtent des individus et pas d'autres? Pourquoi d'autres font rire ou grincer des dents? Voilà de bonnes discussions. C'est une façon pour nous d'être un musée actif dans sa communauté en suscitant des débats, des discussions, des réflexions. Dans ce cas-ci, ça se fait dans un contexte ludique où même les enfants vont trouver leur compte grâce aux dessins même sans saisir l'essence des sujets abordés.»

Dans le passé, certaines expositions du musée nicolétain ont suscité des réactions virulentes. Celle-ci, avec certaines caricatures un peu caustiques, fait-elle craindre des réactions négatives au directeur général?

«Non, je ne penserais pas qu'il y en ait. Des insatisfaits, il y en aura toujours. Que certains n'aiment pas une caricature ou une autre, qu'ils se sentent heurtés, ça leur appartient. Moi, je ne fais pas ici un plaidoyer contre la religion: je montre des artistes qui parlent de religion et qui expriment leurs perceptions. Ce qui est critiqué, ce ne sont pas les principes de base, c'est le dogme, ce que l'homme a fait des religions et ça, je trouve ça drôlement intéressant.»

Tout ce qu'on regrette c'est qu'il n'y ait pas de siège pour s'asseoir dans la salle d'exposition parce qu'une fois qu'on a commencé à regarder les caricatures, on a envie de toutes les voir et elles sont nombreuses. Trait d'esprit est une exposition très ludique et divertissante sans que cela n'atténue sa pertinence ou son intelligence. C'est une excellente raison d'aller faire un tour à Nicolet.




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