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C'est le coeur qui meurt en dernier: pas jojo, mais juste ***

Denise Filiatrault offre dans C'est le coeur qui... (Photo fournie par Les Films Séville)

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Denise Filiatrault offre dans C'est le coeur qui meurt en dernier une performance assez remarquable pour ce qui risque bien d'être son dernier rôle au cinéma.

Photo fournie par Les Films Séville

Le NouvellisteFrançois Houde 3/5

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François Houde
Le Nouvelliste

CRITIQUE / Il paraît que le roman éponyme de Robert Lalonde était particulièrement difficile à adapter au cinéma à cause de sa forme. Rien n'y paraît à l'écran. Le film d'Alexis Durand-Brault est plutôt sombre mais offre un récit bien mené sur les grands secrets qui pèsent parfois douloureusement sur des vies entières, ce qui ne signifie pas qu'on ne puisse s'en affranchir.

Ce récit tourne autour de Julien (Gabriel Sabourin), 47 ans, dont la vie plutôt difficile se déroule de petit métier en petit métier. Il a écrit un récit autobiographique portant essentiellement sur sa relation avec sa mère, une femme fantasque (interprétée par Sophie Lorain) qui, au temps de la jeunesse de Julien, saupoudrait un peu de lumière sur son grisâtre quotidien avec de la musique, de la danse et de l'alcool. 

Le livre de Julien connaît un succès critique le menant même au Prix du Gouverneur général. Après des années de silence et d'éloignement, il retourne voir sa mère (Denise Filiatrault) qui vit dans une résidence pour personnes âgées. Il se dit qu'il devrait bien lui parler de son bouquin avant que quelqu'un d'autre ne le fasse. Elle ne connaît rien de son livre, de son impudeur mais finira par en prendre connaissance malgré les manifestations de la maladie d'Alzheimer et les hésitations de Julien. Ce rapprochement replonge ce dernier dans ses souvenirs et le met dans une situation délicate quand sa mère lui demande de l'aider à mourir. 

C'est le coeur qui meurt en dernier est un film sur la culpabilité, les ravages des secrets et la nécessité de les exprimer, si durs puissent-ils être à avouer. Essentiellement, tout se passe entre deux personnages interprétés par Gabriel Sabourin, tout en malaise et Denise Filiatrault, fantasque et carrée malgré les caprices de sa conscience. Il y avait très longtemps qu'elle avait joué devant la caméra et elle attirera à elle seule dans les salles bon nombre de curieux. C'est légitime: elle est excellente.  

À 85 ans, elle a encore une énergie étonnante, un vrai tonus. Son personnage a des similitudes avec l'image de femme forte qu'on aime véhiculer d'elle. Mais elle arrive à donner à cette vieille mère plus ou moins indigne une vulnérabilité intéressante. Masquée par son caractère de cochon et un humour assassin, mais on la sent néanmoins. Le personnage est aussi caractérisé par des absences dictées par ses pertes cognitives. Quand les yeux bleus de l'actrice doivent refléter le vide, on y croit. 

Le rôle n'avait rien de facile mais Denise Filiatrault se montre plus qu'à la hauteur. Il est probable que ce soit son dernier rôle au cinéma et si ce devait être le cas, elle exécute sa sortie avec beaucoup de panache. Ne soyez pas étonnés qu'elle remporte un prix d'interprétation au Gala Québec Cinéma de 2018.

Il faut dire que Gabriel Sabourin lui offre une contrepartie remarquablement dosée. C'est d'ailleurs son film plus que celui de Denise Filiatrault puisqu'il a agi à titre de scénariste en plus de tenir le rôle principal. C'est donc dire qu'il connaissait le personnage sous toutes ses coutures avant d'en enfiler les vêtements et c'est probablement ce qui lui permet de lui donner autant de consistance au rôle ingrat d'homme torturé et timoré.

Il reste qu'il se révèle plus brillant encore comme scénariste. Il a construit un récit qui se tient très solidement malgré ses ellipses (un père fantomatique, des révélations dont on ne sait si elles sont faites volontairement ou pas) et ses nombreux sauts dans le temps. Là-dessus, il  a pu compter sur des décors extrêmement minutieux qui recréent minutieusement un bungalow québécois des années 70. Dans son éclairage constamment insuffisant, il représente tout ce que les années 70 avaient de glauque au Québec. Cet intérieur symbolise ce que cette époque avait de pire, peut-être: le rôle subalterne auquel on contraignait les femmes, les sujets qu'on se refusaient à aborder et qui se perpétuaient en secrets dévastateurs, la surdité de bien des parents au mal-être de leurs enfants...

Il en reste, au bout du compte, un film sombre, au scénario bien écrit mais qui échoue à aller bien plus loin que ce qu'il nous montre. Ce n'est pas un film exceptionnel mais la preuve que même les productions québécoises un peu quelconques sont souvent des films solidement constitués avec d'indéniables mérites.




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