Quel avenir pour les musées?

De gauche à droite: Jason Luckerhoff, professeur à... (Stéphane Lessard, Le Nouvelliste)

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De gauche à droite: Jason Luckerhoff, professeur à l'UQTR, Stéphane Chagnon, directeur de la Société des musées du Québec. Valérie Bourgeois, de la Corporation de développement culturel de Trois-Rivières et Valérie Therrien, directrice du Musée québécois de culture populaire.

Stéphane Lessard, Le Nouvelliste

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Brigitte Trahan
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Une douzaine de chercheurs parmi les plus influents en muséologie de la francophonie, principalement du Québec, de la France, de la Belgique et de l'Ontario, se réunissent simultanément à Trois-Rivières et à Paris, depuis mercredi matin, pour échanger entre eux dans le cadre d'un colloque international sur les mutations que subissent les musées depuis quelques années.

Les deux groupes, séparés par l'océan Atlantique, discutent entre eux grâce à la magie du web.

Plusieurs professionnels des musées, une partie à l'Université du Québec à Trois-Rivières et l'autre à la Sorbonne, sont aussi sur place pour prendre part aux discussions.

Les musées des quatre coins du monde sont en mutation, explique l'organisateur de cet événement de deux jours, le professeur Jason Luckerhoff de l'UQTR. Il s'agit de «transformations profondes», dit-il.

«Elles remettent en question la mission première du musée. Elles font en sorte de modifier les musées, avec le temps. Les musées ont d'abord été des institutions de savoir. Avant, on s'inquiétait peu de savoir si on allait avoir des visiteurs ou pas. Les conservateurs faisaient même de la recherche sur les collections», rappelle-t-il.

Les choses changent, toutefois. «On a vu apparaître l'éducation dans le libellé des missions, puis la communication et la diffusion», dit-il et les budgets se sont mis à aller dans le même sens, ajoute-t-il.

Valérie Bourgeois, directrice de la diffusion du patrimoine à la Corporation de développement culturel de Trois-Rivières et gestionnaire du Musée Boréalis, estime que cette mutation que vivent les musées «vient du désengagement de l'État et d'un nouveau cadre de performance». 

Dès 2010, Boréalis a pris le fameux virage avec succès, assure-t-elle. «On a essayé d'intégrer le nouveau modèle d'affaires vers les publics, vers l'expérience muséale. On est innovant. On se remet tout le temps en question. Pour d'autres, la transition est en train de se faire.»

Stéphane Chagnon, directeur de la Société des musées du Québec, était présent, mercredi, à ce colloque qu'il estime «très important».

«Ça nous permet de prendre un recul», explique-t-il et d'obtenir ainsi «des pistes de réflexion». Les musées sont d'abord en mutation en regard du financement public, rappelle-t-il.

Selon le professeur Luckerhoff, on en est d'ailleurs au point où la diffusion et l'éducation reçoivent la large part du financement «jusqu'à ce que la collection devienne parfois un encombrement, une difficulté, une contrainte dans un musée», constate-t-il. La collection Robert-Lionel Séguin est un exemple frappant de cette tendance lourde, illustre-t-il.

Ce phénomène influence donc les musées «dans la manière de faire les choses», au point où ils «devront repenser leur modèle», constate de son côté Stéphane Chagnon.

Le danger, prévient-il, «c'est la dématérialisation», c'est-à-dire qu'on élague des pièces originales au profit de reproductions numériques. Et cette tentation augmente proportionnellement à l'évolution des technologies numériques qui propose de plus en plus la réalité augmentée et les représentations holographiques.

Même si «les musées ont été les premiers à prendre le virage numérique», M. Chagnon est néanmoins persuadé que le numérique ne pourra jamais reproduire les émotions et les sensations que produisent l'original d'un tableau ou toute autre oeuvre originale.

Le colloque, explique le professeur Luckerhoff, permet de prendre conscience que certes, les musées sont devenus novateurs, «mais il faut réfléchir à ce que signifie vouloir faire plus avec moins et à ce qu'on est en train de faire à la mission des musées».

Jusqu'où les musées devront-ils pousser la logique actuelle qui veut qu'il faille mettre plus d'argent pour le marketing et pour attirer du monde que dans les collections elles-mêmes?, se questionne le chercheur. «Quelles conséquences pour la préservation du patrimoine?», s'inquiète-t-il. «On est en train d'aliéner les collections.»

Si l'on avait fait cela il y a 30 ans, si l'on n'avait gardé que des images et dilapidé les objets, on l'aurait sans doute regretté amèrement en voyant apparaître les nouvelles technologies d'analyse, comme celle de l'ADN par exemple, pour mieux étudier ces objets et mieux comprendre l'histoire, illustre le professeur Luckerhoff.

Pour Stéphane Chagnon, il serait mieux d'allier les deux, c'est-à-dire de préserver le patrimoine et d'utiliser les technologies numériques pour rendre ce dernier accessible partout dans le monde.

«La réflexion que les musées doivent faire présentement, c'est comment est-ce que, de façon intelligente, on pourrait utiliser le numérique pour atteindre nos objectifs d'échange et de rencontre? Ce n'est pas une finalité que de faire une application mobile», plaide pour sa part Mme Bourgeois.

Valérie Therrien, directrice du Musée québécois de culture populaire, estime que les musées sont malheureusement perçus par plusieurs comme «plates et éducatifs».

La technologie numérique, elle, pourrait permettre d'aller à la rencontre de ces gens-là et montrer que les musées peuvent être intéressants et stimulants, bref, dit-elle, la technologie numérique pourrait permettre de «revisiter la mentalité des musées» tout en respectant leur mission première.




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