Le poète et son dauphin

Une rencontre simple et vraie entre Gilles Vigneault... (Fournie par Funfilm)

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Une rencontre simple et vraie entre Gilles Vigneault et Fred Pellerin dans le contexte du temps des sucres sert d'épine dorsale au documentaire Le goût d'un pays.

Fournie par Funfilm

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François Houde
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Le socle sur lequel repose le documentaire Le goût d'un pays, c'est une rencontre entre Fred Pellerin et Gilles Vigneault.

Cette seule prémisse a convaincu le réalisateur Francis Legault qu'il aurait une matière assez riche et dense pour soutenir un long métrage.

Legault a réuni le conteur de Saint-Élie avec son aîné dans l'érablière où Gilles Vigneault fabrique annuellement son sirop d'érable. Cinq jours de tête-à-tête et de bonheur pour Fred Pellerin.

«J'ai rencontré monsieur Vigneault à plusieurs reprises: on a fait des projets ensemble, mais ça n'a jamais eu cette intensité-là, commentait le conteur depuis Limoges, en France, où il poursuit une courte tournée de spectacles. Je restais dans un gîte à trois maisons de chez lui; on déjeunait ensemble, on tournait dans la journée et le soir, on jouait au pool. Ç'a été très intense.»

Le film reflète bien la profondeur de la réflexion des deux hommes sur l'identité québécoise, le pays à faire, et la culture mais il témoigne aussi de leur indéniable sens pour la formule dense et poétique. Ce n'est pas pur hasard. 

«Francis connaît bien Gilles Vigneault et il avait fait des recherches sur mes propres prises de position alors, il savait où il voulait nous amener. Il nous partait sur un sujet et il filmait.»

Tout n'a cependant pas été scénarisé. Une séquence du Goût d'un pays montre Fred qui joue de la guitare pour accompagner Gilles Vigneault qui chante Les gens de mon pays. Or, on n'avait pas averti le poète de Natashquan que Fred apporterait sa guitare pour donner, sans doute, plus de sincérité à la scène.

Témoin privilégié

Il reste qu'en général, Fred Pellerin était bien conscient des positions de Vigneault et de ce qui devait ressortir dans le film. 

«Je l'ai assez côtoyé pour bien connaître ses opinions. Je me souviens d'avoir enregistré un de ses contes et un matin, il était arrivé au studio et avait fait une montée de lait sur une nouvelle du matin. J'avais retenu ses propos et je m'en suis même inspiré quand je lui avais fait un coup de chapeau lors d'un gala de l'ADISQ.»

«Vigneault, poursuit Pellerin, c'est un témoin unique et privilégié de l'autre siècle. Il se rappelle de tout cet homme-là. C'est une immense source de connaissance et de sagesse. Quand je suis avec lui, moi, je m'assieds et j'écoute.»

Il apparaît d'ailleurs évident dans le film que Vigneault porte sur son jeune ami un regard tendre et affectueux suggérant qu'il voit en lui un héritier.

«Je peux dire qu'il y a une sympathie naturelle entre nous à cause de nos personnalités et parce qu'on partage le plaisir du racontage. Il m'a donné son tout premier harmonica, une marque d'amitié qui me touche énormément.

Forcément, un lien comme ça, ça crée plein de choses mais je ne le prends pas comme une transmission de flambeau. Ce serait trop gros à porter. Je me contente d'avoir un immense plaisir à l'écouter. Je ne peux pas assumer sa relève, c'est bien trop grand pour moi.»

Les deux amis partagent notamment un même respect amoureux pour le sirop d'érable, comme produit, mais surtout comme facteur identitaire.

«Moi, je ne fais plus les sucres depuis le décès de mon père mais on entretient toujours la cabane. Pour bien faire, il faudrait que je sois libre pendant un mois et demi mais je finis toujours par avoir un engagement ou un spectacle. Les sucres, c'est quand même une tradition que j'aimerais léguer à mes enfants. C'est l'occasion d'un grand rassemblement d'amis. Et le sirop, c'est noble et ça nous appartient; c'est du patrimoine, de la mémoire, de l'appartenance. C'est le fruit d'un labeur, d'une culture. Mon père était super fier de chacune de ses bouteilles de sirop.»

«En plus, pour moi, c'est une incontournable métaphore de l'identité nationale. J'aimerais que le film amène les gens à une réflexion là-dessus. On peut parfaitement superposer le mot sirop au mot pays dans les dialogues du film et c'est toujours juste. À chaque spectateur d'extrapoler pour chercher dans sa vie quelle réalité peut jouer le même rôle.»

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