Le sirop et l'identité

La rencontre de Gilles Vigneault avec Fred Pellerin...

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La rencontre de Gilles Vigneault avec Fred Pellerin sur une érablière est le socle sur lequel s'élabore le documentaire Le goût d'un pays réalisé par Francis Legault et qui prendra l'affiche ce vendredi, à Trois-Rivières.

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François Houde
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Dès le moment où Gilles Vigneault et Fred Pellerin se sont rencontrés il y a une dizaine d'années pour l'enregistrement de l'émission radiophonique L'autre midi à la table d'à côté, une chimie s'est révélée entre les deux hommes.

Un lien amplifié par leur commune passion pour la fabrication du sirop d'érable et dans le cadre de laquelle, ils s'étaient promis de se donner un jour rendez-vous.

Le réalisateur de l'émission, Francis Legault, a tout de suite compris qu'il y avait là le potentiel d'un document vidéo intéressant. En se basant sur l'analogie entre la fabrication du sirop d'érable et la construction d'un pays, il a, en plus, trouvé le prétexte pour créer un documentaire touffu qui suscite une réflexion sur la notion d'identité nationale.

Ce film, Le goût d'un pays, sera projeté à partir de ce vendredi, 2 décembre, au cinéma Le Tapis rouge, à Trois-Rivières.

La rencontre de cinq jours entre Fred Pellerin et Gilles Vigneault sur une érablière lors de la dernière saison des sucres constitue la base d'un film nettement plus complexe dans lequel de très nombreux intervenants apportent leurs points de vue sur tout ce qui entoure le rituel de la fabrication du sirop d'érable avec, toujours sous-jacente, l'idée du pays à faire.

«Tellement souvent, dans les dialogues, on pourrait remplacer le mot sirop par le mot pays et ça aurait énormément de sens», estime le réalisateur.

«L'idée derrière ma démarche n'est pas de protéger une culture parce qu'on la considère meilleure qu'une autre, mais que cette culture-là s'incarne concrètement dans quelque chose, une activité qui nous ressemble et qui est rassembleuse.» 

«Au départ, il y a plusieurs années, je trouvais important de capter la rencontre entre Gilles et Fred. Après les années 80, on n'a pas beaucoup de documents visuels de Gilles Vigneault. Il offre ici un magnifique témoignage sur la transmission de la culture. Dans le film, les regards que les deux s'échangent pendant la conversation, c'est tellement beau. On sent que Gilles Vigneault était profondément heureux de trouver un jeune qui reprend le flambeau.»

«En élaborant le documentaire, je ne voulais quand même pas que ça se limite à deux poètes sur un nuage mais que différentes voix viennent apporter un écho à leurs propos à partir d'autres perspectives. C'est pour ça que je voulais dans le film de vrais sucriers, des gens de tous horizons ainsi que des gens représentant d'autres cultures d'origine comme Boucar Diouf, Kim Thuy ou la chroniqueuse culinaire de The Gazette Lesley Chesterman. Ce sont tous des gens très inspirants qui ont beaucoup apporté au propos du film.»

«Quand on traite de l'identité québécoise, bien des gens pensent qu'on exclut forcément des représentants d'autres peuples; ce n'est pas du tout ma vision. C'est la raison pour laquelle j'ai voulu des intervenants de différentes origines. Ce qui compte, au-delà des origines, c'est qu'on participe à un projet commun.»

Dans ses recherches, le réalisateur a découvert qu'au Québec, chaque habitant est à très peu de degrés de séparation de quelqu'un qui fait du sirop. «Je suis allé chercher Gabriel Nadeau-Dubois à cause du Printemps érable pour découvrir par la suite que son grand-père avait une cabane à sucre. Qui qu'on soit, c'est une activité qui a une résonance particulière pour une très grande majorité d'entre nous.» 

Ancien réalisateur d'émissions de cuisine, Francis Legault était forcément sensible à la beauté du processus de création du sirop qu'il rend particulièrement bien à l'écran.

«C'est magnifique, ce rituel-là. Pourtant, on ne le documente pas beaucoup. Je suis convaincu que si le sirop d'érable se faisait au Japon, on y enverrait des équipes de tournage pour documenter ça. On s'extasierait devant la patience des acériculteurs qui font bouillir l'eau d'érable pendant de longues heures pour que ça se conclut dans une précision extrême pour obtenir la bonne consistance. Le sirop d'érable, c'est un peu notre or à nous.»

«Ce qui en fait un bon thème de départ, c'est qu'il est difficile d'être contre le sirop d'érable. Alors, c'est une base solide pour extrapoler vers une réflexion plus large sur les notions d'identité et de peuple.»

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