Pays: matière à réflexion

C'est avec un scénario bien étoffé que la... (La Presse Andre Pichette)

Agrandir

C'est avec un scénario bien étoffé que la cinéaste Chloé Robichaud (à gauche) a pu convaincre Macha Grenon d'interpréter un rôle principal de son nouveau film intitulé Pays.

La Presse Andre Pichette

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
François Houde
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) La question de la place des femmes en politique demeure un sujet de débats passionnés. L'élection présidentielle américaine les a relancés d'une façon inattendue. Dans ce contexte, le nouveau film de la cinéaste Chloé Robichaud, Pays, prend une pertinence accrue.

La cinéaste savait qu'en sortant dix jours après l'élection présidentielle américaine, son film arriverait à un bon moment pour susciter l'intérêt. Elle croyait cependant qu'une femme serait alors la présidente désignée aux États-Unis.

«J'étais très triste d'apprendre l'élection de Donald Trump mais je me dis que tout arrive pour une raison et que quelque chose de positif finira par ressortir de la situation. Ce qui est sûr, c'est que la réflexion que j'ai eue en écrivant le scénario est d'actualité. Je pense que ça rend mon film d'autant plus pertinent.»

La cinéaste a mis en scène trois femmes qui sont au coeur d'une négociation commerciale importante entre le Canada et un tout petit pays insulaire voisin. Ce pays est dirigé par une femme, interprétée par Macha Grenon. La comédienne est tout aussi consciente de la pertinence du film dans le contexte actuel à tel point qu'elle se refuse à commenter les récents événements sur la scène américaine dans un souci de prendre le nécessaire recul pour étoffer sa réflexion avant de se prononcer publiquement. Si tant est qu'elle le fasse un jour. 

Au niveau artistique, le scénario de Chloé Robichaud l'a séduite dès la lecture. «Quand j'ai déposé le scénario après l'avoir lu, je me suis sentie privilégiée d'avoir été approchée pour jouer ce rôle. Ce qui m'intéresse, c'est la construction du personnage et celui qu'avait imaginé Chloé était vraiment intéressant. Sa présidente est une femme intègre et ça m'a touchée. Elle veut le bien commun et y consacre beaucoup d'énergie tout en conservant une carapace pour absorber les coups.»

«Je n'ai jamais joué dans un drame politique et j'ai été touchée par les responsabilités qui incombent à une femme de pouvoir. Ce sont des vies dures que celles-là. Moi, je n'aurais jamais pu être une politicienne.»

La présidente de Pays est non seulement aux prises avec des enjeux politiques majeurs pour sa nation mais avec des enjeux personnels en tant que mère de famille.

«Les femmes en politique sont assez rares, indique Chloé Robichaud, et les enjeux de conciliation travail-famille sont forcément au centre des préoccupations. En mettant mes personnages dans une situation plausible, on peut mieux mesurer la difficulté qu'il y a à gérer les destinées d'un pays tout en ayant les mêmes préoccupations que n'importe quelle autre mère de famille qui travaille. Les responsabilités politiques viennent avec un énorme poids.»

La cinéaste a aussi étoffé son scénario en y incluant des enjeux politiques et économiques tout à fait d'actualité: l'exploitation minière dans un petit pays par des multinationales étrangères. Doit-on tout faire pour les accueillir de façon à créer de l'emploi? Et à quel prix? Les risques environnementaux se justifient-ils par la prospérité créée?

«Au Québec, on vit cette problématique de l'exploitation de nos ressources naturelles qu'on permet pour très peu de redevances. Ça me préoccupe. Nous vivons présentement une période de grands bouleversements et on ne peut certainement pas toujours se fier simplement à ce que nous promettent les compagnies qui viennent s'implanter ou même notre propre gouvernement. Les citoyens doivent se poser des questions et exiger des réponses honnêtes au-delà du spectacle de communication que les gouvernements mettent en place pour les convaincre.»

À l'écouter parler, on se dit qu'elle aurait tout aussi bien pu faire un documentaire sur la question, idée qui lui a passé par la tête.

«La fiction me permettait d'explorer plus à fond l'univers psychologique des femmes que je mets en scène. Mais j'ai cherché à être nuancée malgré mes positions personnelles. Tout le monde a ses forces et ses faiblesses, même les personnages les moins sympathiques dans le film.

Dans le processus de recherche, j'ai découvert des choses qui m'ont choquée, c'est vrai, mais tout ça m'a permis de faire la paix avec la politique. Les choses ne sont pas toujours noires ou blanches. Les gens qui y évoluent n'y sont pas que pour de mauvaises raisons: beaucoup le font pour le bien commun mais ils sont aux prises avec d'énormes contraintes.»

Il reste qu'elle souhaite que Pays provoque une réflexion chez ses spectateurs et qu'ils soient sensibles non seulement aux enjeux évoqués mais aux pistes de solutions présentées, puisqu'il y en a.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer