La pertinence de Michel Tremblay

Les interprètes Charles C. Simoneau, à gauche, et... (François Gervais, Le Nouvelliste)

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Les interprètes Charles C. Simoneau, à gauche, et Gabriel Lacoursière, sont les deux personnages principaux de la pièce Fragments de mensonges inutiles que présente le Théâtre des Nouveaux Compagnons jusqu'au 19 novembre.

François Gervais, Le Nouvelliste

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François Houde
Le Nouvelliste

Les Nouveaux Compagnons ont entrepris leur saison 2016-2017 avec aplomb jeudi soir en présentant la première de sept représentations de Fragments de mensonges inutiles une oeuvre récente du grand Michel Tremblay.

Un choix particulièrement judicieux de la metteur en scène Guylaine Pruneau. Tremblay y raconte l'histoire de Jean-Marc et Manu, deux adolescents amoureux. Tremblay se penche autant sur leurs propres angoisses et leur difficulté à assumer leur homosexualité que sur celle de leur entourage. Le dramaturge a astucieusement situé son action simultanément dans deux époques à 50 ans d'intervalle.

Il a poussé le procédé dramatique jusqu'à situer un des personnages du couple dans une période et l'autre dans l'autre tout en les gardant en interaction constante. Ça exige un travail énorme de mise en scène pour assurer la fluidité des dialogues qui se télescopent d'une époque à l'autre.

Chez un autre auteur, le mécanisme serait de la poudre aux yeux; ici, il sert parfaitement le propos et l'extraordinaire acuité du regard que Tremblay jette sur ses personnages.

Avec une sensibilité constamment étonnante, il décortique tout ce que l'homosexualité peut révéler de fêlures chez les protagonistes comme chez ceux qui les entourent. 

Où qu'on pense en être dans l'ouverture et l'acceptation, il apparaît évident que l'homosexualité dérange et bouscule encore. Elle réveille d'énormes culpabilités, révèle des fragilités, exacerbe les remises en question.

Dans les années 50 que Tremblay recrée, l'église catholique est la première coupable. Une église imbue d'elle-même, campée dans ses certitudes, incapable de la moindre souplesse. Le regard du dramaturge s'attendrit davantage sur les parents, qui n'ont que l'entêtement pour affronter leur inaptitude à comprendre leur fils.

Dans l'époque contemporaine, c'est un psy ouvert et compréhensif qui remplace l'aumônier de collège borné mais sa sollicitude ne poursuit pas moins le même objectif qui est de pousser les jeunes à avouer leur homosexualité. Devant leur refus, la tâche retombe sur les parents, également désemparés malgré leur apparente tolérance. Les mentalités ont moins changé qu'il n'y paraît à première vue.

La lecture qu'offre Guylaine Pruneau de ce propos est sobre et efficace. Elle laisse toute la place à ses interprètes qui se débrouillent fort bien. La pièce se déroule en successions de monologues et de dialogues qui mettent chaque interprète en valeur. Il y a des inégalités, forcément dans la qualité du jeu; c'est couru. Mais les écarts ne compromettent pas l'efficacité de la pièce. 

Il importe de souligner le travail de Charles C. Simoneau particulièrement juste dans le rôle de Jean-Marc. Si juste, en fait, qu'il a pu rattraper avec beaucoup de naturel quelques accrochages dans son texte typiques d'une première. Impossible aussi de passer sous silence l'interprétation très convaincante de Colombe Déziel dans le rôle de la mère de Jean-Marc. Elle est arrivée à nous faire ressentir intimement aussi bien la frustration que la tristesse de son personnage. 

La mise en scène, on l'a dit, est sobre mais efficace. On regrette cependant une maladresse dans le décor qui peut entraîner une confusion. Comme rien ne sépare clairement les deux époques évoquées simultanément sur la scène, le décor du bureau du psy des années 2000 suggère davantage les années 50 par son mobilier. Ça aurait pu n'être qu'un détail, ça ne l'est pas.

Par ailleurs, Guylaine Pruneau est toute au service de cet excellent texte qui mérite amplement ce respect. C'est une pièce d'une grande pertinence porté par une lecture trifluvienne tout à fait recommandable.

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