Le Goncourt pour Leïla Slimani

La Franco-Marocaine Leïla Slimani a reçu le prix... (AFP, Martin Bureau)

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La Franco-Marocaine Leïla Slimani a reçu le prix Goncourt pour Chanson Douce, récit glaçant du meurtre de deux jeunes enfants par leur nourrice.

AFP, Martin Bureau

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Alain JEAN-ROBERT
Agence France-Presse
Paris

La jeune romancière franco-marocaine Leïla Slimani a remporté jeudi le prix Goncourt, la plus prestigieuse distinction de la littérature francophone, pour Chanson douce, récit glaçant du meurtre de deux jeunes enfants par leur nourrice.

Autre femme, autre homicide: la dramaturge française Yasmina Reza a de son côté décroché le prix Renaudot pour Babylone, sur un homme qui étrangle son épouse suite à un banal malentendu.

Chanson douce a été choisi en moins de 10 minutes de délibérations et dès le premier tour, avec 6 voix sur 10, par le jury du Goncourt, réuni dans son antre, le restaurant Drouant au coeur de Paris. «Ça s'est passé comme une lettre à la poste», a résumé le président de l'académie Goncourt, Bernard Pivot.

Interrogée dans le brouhaha de ce lieu, la romancière, rayonnante, a dédié le prix à ses parents, qui lui ont «enseigné l'amour de la littérature et de la liberté». «J'ai essayé de raconter le destin d'une invisible, d'une déclassée, d'une femme de l'ombre, d'une de ces nounous sans qui notre société ne tiendrait pas parce qu'elles permettent aussi le travail des femmes», a-t-elle expliqué.

La jeune femme, 35 ans, succède à Mathias Enard, couronné en 2015 pour l'exigeant Boussole sur les liens entre Orient et Occident. Peu de femmes ont eu l'honneur du Goncourt: Leïla Slimani est la 12e depuis la création du prix en 1903.

Elle est également la seconde «Africaine» après le Franco-Marocain Tahar Ben Jelloun, sacré en 1987 et aujourd'hui membre du jury. «La francophonie, ça vit notamment grâce aux métèques», s'est-il réjoui, très ému.

En seulement deux livres, Leïla Slimani s'impose comme une nouvelle voix de la littérature francophone, n'hésitant pas à explorer des territoires sombres, de la nymphomanie dans son premier livre (Dans le jardin de l'ogre, 2014) au coup de folie d'une nounou bien sous tout rapport dans ce deuxième roman.

Monde des disparus

«Le bébé est mort». Ainsi débute ce livre, qui se dévore comme un thriller mais peut aussi se lire comme un livre implacable sur les rapports de domination et la misère sociale. L'enfant a été assassiné par sa nourrice, Louise, une «perle», dévouée, discrète et volontaire.

Leïla Slimani va remonter le cours du temps et tirer un à un les fils de la tragédie dans un récit extrêmement bien construit, inspiré d'un fait divers réel survenu à New York en octobre 2012.

Le livre, succès de librairie, s'est déjà écoulé à 35 000 exemplaires. Le Goncourt demeure une aubaine pour les éditeurs. En moyenne, un livre primé se vend à plus de 345 000 exemplaires. Le lauréat se voit remettre un chèque symbolique de 10 euros (environ 15$).

Distingué par le Renaudot, Babylone de Yasmina Reza, 57 ans, tient, lui aussi, autant du roman noir que de l'analyse subtile de nos «vies minuscules», condamnées à l'oubli.

«Pour moi, Babylone, c'est le monde des disparus, des émotions qu'on aurait pu vivre, de toute cette humanité derrière nous», expliquait récemment la romancière, auteur française la plus jouée dans le monde.

Ces récompenses clôturent la saison des prix littéraires en France. Mercredi, le prix Médicis a été attribué à Ivan Jablonka pour Laëtitia ou la fin des hommes, portrait sensible d'une victime d'un fait divers qui avait bouleversé la France.

Quant au Fémina, attribué par un jury exclusivement féminin, il était allé mardi à Marcus Malte pour son roman Le garçon, qui invite à traverser le début du XXe siècle aux côtés d'un garçon sans nom.

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