Nos amis les animaux selon Karine Payette...

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L'artiste Karine Payette apparaît derrière l'oeuvre qui donne son titre à l'exposition qu'elle offre au Centre d'exposition Raymond-Lasnier: La capture.

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François Houde
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Avec l'exposition La capture de Karine Payette, le Centre d'exposition Raymond-Lasnier de la Maison de la culture convie le public à prendre contact avec le travail étonnant d'une artiste de la relève qui, malgré son jeune âge, arrive très habilement à troubler le spectateur pour mieux susciter chez lui la réflexion.

L'exposition plaira d'emblée à tous ceux qui aiment les animaux puisque c'est exclusivement d'animaux qu'il est question: les domestiques et l'humain.

À travers les douze oeuvres qui constituent l'exposition répartie dans les deux salles du centre Raymond-Lasnier on retrouve cinq photographies, six sculptures et une vidéo. Toutes les oeuvres se penchent sur la relation entre l'humain et les autres animaux, domestiques, principalement. 

Dans les photos, plutôt banales au premier regard, la même constante: la peau de l'humain en contact avec un animal, prend l'apparence de la peau de celui-ci. Les mains qui tiennent un chat deviennent poilues comme la peau du félin. On pense à la symbiose entre l'homme et son animal de compagnie.

C'est sympathique. On pense aussi inévitablement au travail de l'artiste qui a reproduit à l'identique, la peau de l'animal sur celle de son sujet humain. Retouche à l'ordinateur ou travail physique.

C'est à la longue qu'un processus s'installe: tout cela commence à apparaître plus étrange. Quand on voit le (très) court métrage montrant un chien qui se plie complètement aux ordres de son maître absent de l'image, c'est l'idée de l'asservissement qui s'impose. L'appropriation. La relation plus ou moins saine qui unit l'humain à l'animal qu'il soumet à sa volonté. Si le chien obtempère avec enthousiasme, n'y a-t-il pas malgré tout un asservissement un peu dérangeant? 

Ce qui apparaissait comme sympathique au début se transforme en malaise. On regarde dès lors les oeuvres différemment. Les pièces situées dans la seconde salle cristrallisent et accentuent cette impression. La pièce la plus importante, en taille et en signification, se trouve au beau milieu de la salle. C'est elle qui donne son nom à l'exposition. C'est la représentation de la capture d'un animal par des mains humaines.

Cruelle? Non. Troublante. C'est ce que cherche Karine Payette. 

«Je souhaite susciter une réflexion chez le spectateur, plaide-t-elle. Que les gens se posent simplement des questions et c'est pour cela que l'exposition distille une impression d'étrangeté, un certain inconfort. J'aime jouer avec cette dualité confort-inconfort pour amener les spectateurs à un deuxième niveau de lecture des oeuvres.»

Le moins qu'on puisse dire, c'est que ça fonctionne. Le plus étonnant, c'est que ça se fasse subtilement, en douceur, sans jamais choquer. Un mignon petit chien blanc dont la fourrure est tachée de marques de crayon feutre est très précisément dans ce ton-là.

Le chien nous est sympathique et on regrette forcément un peu qu'il ait été si bêtement décoré de cette façon. Un chien en souffrirait-il? Probablement pas. Mais le malaise est quand même là.

Dans l'idée de Karine Payette, les animaux sont un prétexte, un pont vers sa réflexion sur les relations des humains entre eux. Des relations très (trop) souvent marquées par l'asservissement, l'appropriation. Pouvons-nous établir des relations égalitaires, saines, qui en seraient exemptes?

Le faisons-nous seulement volontairement? Comme nous asservissons nos animaux domestiques sans même y penser. Pire: en se trouvant généreux de leur procurer une vie confortable, coupées pourtant des paramètres de leur nature animale. 

Il est intéressant de noter qu'aucun des animaux de l'exposition, confondant de vérité, n'a été naturalisé. Ce sont toutes des créations de l'artiste, sculptées, moulées, modelées à la main, de A à Z, dans un soin absolument maniaque.

«D'abord, je n'aurais pas pu trouver des animaux naturalisés ayant précisément la forme et l'attitude que je recherchais, explique Karine Payette. D'autre part, je tenais à ce qu'autant les membres humains que les animaux soient extrêmement réalistes pour que le spectateur ne se doute pas que c'est artificiel. Ça contribue à créer le sentiment d'étrangeté qui est au centre de ma démarche.»

Voilà donc une exposition étonnante, différente de ce à quoi on est habitué dans les galeries d'art mais très pertinente et fichtrement bien réalisée par une artiste brillante et très douée. 

C'est présenté jusqu'au 16 octobre et puisqu'on aborde le Festival international de la poésie, un poème du directeur de l'événement Gaston Bellemare accompagne le tout comme un boni.

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