Sa Majesté des Mouches: intéressante et réussie

Dans un décor évocateur et astucieux, le metteur... (Olivier Croteau, Le Nouvelliste)

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Dans un décor évocateur et astucieux, le metteur en scène Étienne Bergeron arrive, avec sa pièce Sa Majesté des Mouches présentée par le TGP, à créer des scènes convaincantes comme celle-ci, mettant en vedette David Gauthier dans le rôle de Simon.

Olivier Croteau, Le Nouvelliste

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François Houde
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Avec Sa Majesté des Mouches, c'est à une expérience théâtrale assez peu conventionnelle qu'est convié le public par le metteur en scène Étienne Bergeron. La première de sept représentations avait lieu jeudi soir à la salle Louis-Philippe-Poisson de la Maison de la culture.

La salle est petite, on le sait, et le metteur en scène a choisi une configuration qui minimise le nombre de places disponibles pour maximiser l'expérience pour le spectateur plongé dans l'action qui se déroule sur une île déserte. L'effet est réussi. La proximité des comédiens, le fait qu'ils se déploient autour de la salle jusque derrière les spectateurs installés sur trois faces de la scène ajoutent assurément à l'expérience. Le choix est très judicieux.

En un mot, on retrouve un groupe d'écoliers anglais, seuls survivants d'un crash d'avion sur cette île au milieu de l'océan. Ils doivent, dès lors, s'organiser. La chose est loin d'être évidente. Parce que le caractère de chacun entre en ligne de compte. La soif de pouvoir, le leadership, le sens de la communauté deviennent des éléments primordiaux. 

Deux des membres du groupe prennent le pas sur les autres avec deux optiques différentes qui auront pour effet de diviser le groupe en deux camps. Un, plus conventionnel, plus attaché aux règles d'organisation de leur société d'origine, l'autre, emporté par des besoins plus instinctifs, par une agressivité plus animale. L'opposition poussera les garçons à des extrêmes étonnants. L'auteur ne s'intéresse pas tant à nous faire savoir qui l'emporte puisqu'au final, personne ne gagne quoi que ce soit. Il pose simplement des questions pour le moins intrigantes.

Ce qui frappe d'abord de cette production, c'est la mise en scène particulièrement efficace d'Étienne Bergeron. Son décor est évocateur, astucieux sans être particulièrement complexe. Il nous plonge sur l'île avec ses protagonistes. On accepte volontiers les conventions établies.

Plusieurs détails comme les effets sonores, la musique, les éclairages ou les accessoires contribuent habilement à nous faire vivre l'expérience. Il est, à ce titre, en adéquation avec la pièce qui propose une réflexion sur la vie en société, sur la capacité que nous avons d'adhérer à des conventions, essentiel ciment de la vie en groupe. C'est en étant au plus près de l'expérience qu'on peut le mieux être interpellé par cette réflexion.

La scénographie, problème complexe dans ce cas, arrive à nous transporter efficacement dans divers endroits de l'île à l'écart les uns des autres. Il n'y a que dans la seconde partie, lors d'un affrontement entre les deux camps qu'on regrette le manque d'espace et que la mise en scène souffre un peu. 

Autre réussite de cette production: le choix des interprètes, un travail sans aucun doute délicat. Dénicher une douzaine de comédiens capables de nous rendre crédible leur incarnation d'enfants tout en véhiculant les émotions de chacun des personnages était à tout le moins délicat et franchement, c'est très réussi. Plusieurs des interprètes en sont à leur toute première expérience devant le grand public et personne ne détonne vraiment. 

Par ailleurs, Anthony Leclerc est tout à fait exceptionnel dans le rôle central de Porcinet, un garçon cérébral au physique ingrat dont le côté conventionnel lui sert de protection. Leclerc incarne avec beaucoup de justesse ce rôle difficile. Il évite la bête caricature pour lui donner juste ce qu'il faut de vulnérabilité et d'humanité pour le rendre touchant. Impressionnant.

Sa Majesté des Mouches nous interpelle mais ne nous émeut guère et on peut croire que le texte en est le principal responsable. Le projet de décrire l'évolution sociale d'un groupe sur une île déserte, processus par définition long et complexe apparaît très ambitieux pour deux heures de spectacle. Certains raccourcis convainquent moins que d'autres.

Comment ces jeunes arrivent-ils à survivre sans moyens malgré leur immaturité reste un mystère qui préoccupe un peu. Mais l'expérience dans son ensemble est certainement intéressante et gratifiante pour le spectateur et le tout est mis en scène avec une réjouissante maîtrise.

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