Avenue Q: une autre belle réussite

Dans Avenue Q que présentent les Productions de... (François Gervais)

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Dans Avenue Q que présentent les Productions de la 42e Rue, les personnages principaux sont des marionnettes manipulées avec talent par des comédiens chanteurs. L'illusion fonctionne à merveille.

François Gervais

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François Houde
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Il faut donner aux dirigeants des Productions de la 42e Rue ce qui leur revient: ils ne s'assoient pas sur leurs lauriers et ont de l'audace. En abordant Avenue Q, leur production de l'été, ils ont osé un autre ton, un style nouveau et une production méconnue et le pari est assurément réussi.

La première de cinq représentations avait lieu vendredi soir à la salle Anaïs-Allard-Rousseau et les spectateurs ont découvert une production franchement drôle, débridée à plus d'un égard et profondément réjouissante. Toute la comédie musicale baigne dans une ironie constante qui n'empêche pas d'aborder de front plusieurs sujets d'une grande actualité. Sur le ton de la fantaisie, on aborde le racisme, l'homophobie, le casse-tête des gens à faibles revenus, etc.

Tout ça est raconté par des marionnettes qui évoluent autour du personnage central de Gary Coleman, l'acteur noir décédé en 2010 dans un quasi anonymat après avoir connu une immense popularité. La parodie est ambiguë et reflète assez bien l'atmosphère très particulière dans laquelle baigne Avenue Q. Les personnages sont des marionnettes dont les manipulateurs n'ont aucunement la prétention de se cacher. Non seulement on les voit travailler et chanter, mais leurs expressions faciales viennent dicter les émotions spécifiques de leur personnage. Pourquoi, alors, oublie-t-on si facilement les humains pendant les numéros? Simplement parce qu'il est tellement amusant de jouer le jeu et de s'imaginer la marionnette bien vivante.

À ce titre, il faut souligner le travail de William Lévesque à la conception et à la fabrication des marionnettes, qui sont impeccables. Pas terriblement sophistiquées mais très efficaces.

Pour donner une idée, Avenue Q se situe quelque part entre Sesame Street ou le Muppet Show au premier degré et South Park ou Les Simpsons au second. On est dans une très lourde ironie. Sous les dehors simplistes et idylliques d'une petite vie de quartier de téléroman où tout le monde se connaît et cherche à venir en aide à son voisin, les personnages ont une vie merdique. Surtout parce qu'ils refusent de regarder la réalité en face et refusent de grandir. C'est la vérité cachée sous l'image qu'on aime véhiculer de l'Amérique.

Si, musicalement, peu de numéros restent en mémoire, l'humour, le jeu des comédiens, les trouvailles de la mise en scène et le côté déjanté de la pièce sont tordants. Un des numéros musicaux porte sur le fait qu'il n'y a aucun mal à faire beaucoup de bruit en faisant l'amour. Un autre, sur le personnage de Trekkie Monster, un pervers complètement fou de la porno sur Internet.

Bien sûr, personne ne se prive de cabotiner à outrance pour le plus grand plaisir des spectateurs. Tout cet exercice est profondément sympathique et divertissant. Une fois de plus, l'ensemble de la production est impressionnant. Les décors sont imposants et efficaces. Les éclairages sont ingénieux sans trop attirer sur eux l'attention.

Les interprètes sont, comme toujours avec les Productions de la 42e Rue, étonnants de solidité. Anthonny Leclerc a une lourde responsabilité sur ses épaules en interprétant deux personnages principaux et il est absolument impeccable. Manon Carrier est encore un pilier de la distribution. Dans un rôle secondaire, Marie-France Masson offre un numéro particulièrement savoureux avec le personnage de Lucy, la femme fatale. Rendre une marionnette séductrice et sexy, notamment des dans numéros musicaux langoureux, requiert un indéniable talent.

La traduction est encore un point fort de la production. Il est cependant frustrant de rater un bon nombre de répliques difficiles à distinguer parce que les comédiens donnent à leur personnage un ton de voix peu naturel. C'est particulièrement le cas pour Myriam Poirier-Duhaime qui interprète Christmas Eve. André Marcotte, en Nicky, démontre pourtant qu'on peut très bien le faire tout en demeurant facilement déchiffrable.

En présentant une comédie musicale différente et originale, Les Productions de la 42e Rue sont fidèles à leur passion du genre et à leur vocation de le faire découvrir aux gens d'ici. Avenue Q est une autre réussite à inscrire à leur palmarès mais c'est surtout un divertissement jubilatoire. C'est drôle, c'est frais, c'est bouffon et c'est intelligent. Et en plus, c'est remarquablement mis en scène.

La comédie musicale sera présentée de nouveau samedi soir de même que dimanche (à 14 h) ainsi que samedi et dimanche prochains.

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