La quintessence d'Alexandre Désilets

Alexandre Désilets affirme en être arrivé à un...

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Alexandre Désilets affirme en être arrivé à un point où il souhaite être moins enterré par les instrumentations.

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Revisiter certaines des chansons d'Escalader l'ivresse (2008), La Garde (2010) et Fancy Ghetto (2014) pour en exprimer la quintessence: voilà la prémisse du projet orchestral d'Alexandre Désilets intitulé Windigo. À 41 ans, l'auteur-compositeur-interprète originaire de Gatineau avait envie de faire pleinement entendre sa voix et, du coup, de remettre en valeur ses mots. Entrevue avec un artiste à la croisée des chemins créatifs. Et qui a la France et les États-Unis dans sa mire.

Alexandre Désilets a d'abord flirté avec le rock, la soul, les sonorités éthérées et indie, les couches texturées, superposées, sur ses trois premiers disques. Parce qu'il a eu peur d'être «étiqueté» s'il avait «commencé seulement guitare-voix», avoue l'interprète, qui  s'est donc mis au service de l'auteur et du compositeur en lui. S'il ne renie pas ce qu'il a fait jusqu'à présent («Pas du tout!» s'exclame-t-il avec ferveur), il sentait néanmoins que le moment était arrivé pour lui de clore un chapitre. «Aujourd'hui, je sens que je peux aller dans toutes les directions, donner un nouveau souffle à ce que je fais, prendre un nouveau départ, confie le principal intéressé. Je suis arrivé à un point dans ma carrière où je souhaite être moins enterré par les instrumentations.»

Un point où le chanteur veut occuper la place qui lui revient. 

Au cours des dernières années, Alexandre Désilets a pris part à quelques hommages (à Lhasa, à Fiori) ainsi qu'aux Légendes d'un peuple. Ce faisant, l'interprète qu'il est aussi a pris un nouvel envol... et goût aux multiples possibilités et capacités de ses cordes vocales.

Il n'est dès lors pas étonnant que le mot d'ordre imposé d'emblée pour Windigo était de mettre sa voix de l'avant. «Pour y arriver, il n'était pas question de partir des albums. Je trouvais important de repartir des maquettes d'origine, histoire de me rapprocher de l'esprit initial dans lequel j'avais conçu les chansons.»

Entre classique et pop

En fait, pour lui et son complice des premières heures sur le projet, l'arrangeur François Richard, les chansons retenues «une à une» devaient avoir un potentiel de relecture signifiant. «Il ne s'agit pas d'un best of. Nous avons opté pour des valeurs sûres, qui me font encore tripper par la mélodie ou les paroles, et pas pour des pièces que les gens ont pu entendre à la radio. Le but, c'était qu'elles inspirent tout autant que moi les musiciens et artisans pour qu'ensemble, nous repoussions nos limites.»

Autour du duo qu'il a formé avec François Richard se sont greffés d'autres joueurs essentiels: le chef d'orchestre Benoît Groulx «qui a validé les arrangements sur lesquels François et moi avions travaillés», et le preneur de son Rob Heaney, que lui a présenté Jim Corcoran.  «Rob est tellement plus qu'un technicien! Il ne comprenait pas ce que je chantais, puisqu'il parle anglais, mais il l'a ressenti. Il a été à l'écoute de ma voix, de ce qu'elle racontait par ma seule façon de l'utiliser, comme pas un!»

C'est sans oublier la quinzaine de musiciens, qui à la guitare (Olivier Langevin) ou à la batterie (Robbie Kuster et Alexis Martin), qui à la flûte traversière, à la clarinette, au basson ou à la contrebasse (Mathieu Désy).

Tous ont joué à cheval entre le classique et la pop.

De la cérémonie au rituel

Dès les premières séances dans le Studio 12 de Radio-Canada, la cérémonie (l'étape du choix des titres de l'album) a fait place au rituel. «Le rituel, c'est la magie, l'amour qu'on a mis dans la musique. C'est l'état de grâce et la communion, quand tu entends et sens que tout tombe en place. Et c'est ce que nous avons vécu.»

Entre autres quand est venu le temps d'enregistrer Tout est perdu. «Tout s'est passé à la première prise, raconte Alexandre Désilets. Le résultat est ma plus grande surprise, et l'incarnation même du projet: cette chanson-là me suit depuis longtemps et je l'ai revirée  de tous les bords avant de finalement la graver sur Fancy Ghetto en me disant que je n'étais pas allé au bout de ce qu'elle pouvait être... Là, je peux dire qu'elle vit à son plein potentiel.»

Il y a donc un peu de lui, dans l'image du Windigo, cette créature mythique insatiable. Dans son cas, le quadragénaire reconnaît être avide de se renouveler.

Par ailleurs, Windigo «rapaille les thèmes» qu'il explore dans ses textes et raconte une histoire. L'ordre des chansons crée d'ailleurs une «courbe dramatique», passant de l'ombre à la lumière. De Plus qu'il n'en faut et Tout est perdu à Hymne à la joie et Rejoins-moi. «Miser sur la voix, c'est par la bande faire entendre les mots pour ce qu'ils ont à exprimer. Même moi, j'ai redécouvert mes chansons dans cet exercice de recréation. Quand je me retrouve devant quelque chose de nouveau, je deviens moins cérébral, je me livre plus à l'instinct. Au final, il y a quelque chose de très solennel, de fragile dans le résultat, je trouve», dit-il fièrement.

La France en vue

Alexandre Désilets souhaite maintenant faire entendre Windigo ici comme par-delà les frontières.

Il présentera une formule réduite (à six musiciens) au ROSEQ et à Rideau, dans l'espoir de se promener un peu partout au Québec. 

Il rêve aussi de se produire avec divers orchestres, à Gatineau, Québec, Trois-Rivières, Montréal ou ailleurs.

Le Gatinois d'origine ne cache pas ses autres ambitions non plus: il vise aussi la France, avec ce nouvel album. «Je n'y suis jamais allé, avec ma musique. En revisitant mon matériel à la Gainsbourg comme on l'a fait sur Windigo, je repars à zéro et peux me pointer là-bas avec quelque chose qui pourrait plaire au public. Du moins, on travaille pour s'y rendre à l'automne», confie-t-il.

Il envisage également d'adapter certaines pièces en anglais, afin de tâter le marché états-unien. «On a développé le volet spectacle du projet pour pouvoir partir sur la route avec une section rythmique et nous greffer à un ensemble orchestral, où qu'il soit. Ça nous ouvre donc plein de possibilités», conclut Alexandre Désilets.

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