La folie de Fred

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François Houde
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Sans Saint-Élie, Fred Pellerin n'existerait pas. Enfin, le phénomène Fred Pellerin. Le conteur s'évertue à le rappeler, consciemment ou pas, à la moindre occasion. Son Caxton n'est pas que lieu de naissance et de vie; c'est même plus qu'une communauté si chère soit-elle à son coeur. C'est un esprit, une attitude, une façon de regarder la vie que les conventions ne peuvent comprendre.

C'est peut-être aussi un modèle, mais sur ce point, à chacun de se faire une idée. Il reste que l'esprit qui règne à Saint-Élie est un phénomène aussi étonnant que l'ampleur du succès de Fred. Ce qu'on en voit, ce ne sont que des illustrations. Éloquentes, certes, mais inaptes à expliquer ce qui se passe dans ce village et qui ne se passe pas ailleurs.

Bien sûr ça part de la folie de Fred mais cette folie a forcément été nourrie dans un terreau. Et puis, ce n'est pas partout que les initiatives déjantées du conteur auraient suscité une telle adhésion. Ce ne sont pas tous les villages du Québec qui auraient accepté de reprendre les fêtes de leur 150e anniversaire de fondation sur la base de l'idée délirante qu'une année n'aurait pas compté parce que personne ne s'en souvient vu que tous les citoyens ont passé une année complète à se remettre d'une immense brosse collective.

À Saint-Élie, on le fait.

«Dans notre approche, explique Fred-le-sociologue, il y a toujours une volonté de déjouer la logique, le sens normal des choses en rigolant. Quand on a une idée, un projet, on n'accepte jamais la première version. Les idées évidentes, les premières qui viennent à l'esprit ne sont jamais les meilleures pour nous. L'originalité du Caxton repose là-dessus. On veut toujours déjouer le sens normal des choses.»

Le conteur en veut pour exemple le travail sur les festivités du Re-150e. On a mis un comité en place pour lancer des idées et les concrétiser.

«C'est un comité très créatif, dit Fred avec ce rire qui nous est devenu familier à force de l'entendre interrompre ses contes. Ce qui est bien, c'est quand tu arrives avec une idée, aussi flyée qu'elle puisse être, elle va toujours être bien reçue. Au point où on en est, il n'y a plus d'idée trop folle. Dans nos têtes, on a la zone de réception prête à l'étonnement. On s'étonne encore mais on le prend de façon heureuse.»

«Pour nous, chaque idée a un potentiel. C'est valorisant pour qui la présente. Et chaque nouvelle idée a un côté créatif plus fort que la précédente.»

À ce stade-ci, le Re-150e, né d'une bulle qui a passé dans la tête de Fred en répétant son plus récent spectacle avec l'OSM, compte une bonne cinquantaine d'événements qui s'échelonneront sur l'ensemble de l'été 2016. Incluant, bien sûr, le Festival de jase, fin juin.

«Notre moteur à Saint-Élie, je me suis aperçu que ça vient de la parlure. Au village, tout est prétexte pour jaser. C'est en prenant la parole qu'on existe, qu'on s'identifie et qu'on crée une vie commune. Comme disait Vigneault dans Les gens de mon pays, on est des «gens de parole». Et ça, c'est lourd de sens, être des gens de parole. C'est gros.»

«Notre parole s'inspire du village. Les choses importantes se disent, elles sont nommées. En plus, elles sont données et partagées entre nous. C'est comme ça qu'on existe.»

Comme un vélo

Si Saint-Élie est omniprésent aussi bien dans le discours que dans l'esprit de Fred Pellerin, celui-ci est central dans la vie de ce village et dans son heureuse prospérité des dernières années. Mais si Fred n'y était plus? Si la vie l'envoyait ailleurs, même contre son gré?

Derrière les deux petits hublots de ses lunettes, ses yeux trahissent par leur papillonnage une réflexion. Il ne s'attendait pas à la question, apparemment. «Oui... on a toutes les raisons de croire que si j'étais pas là, le vélo continuerait de rouler. C'est un mouvement: on a toujours quelque chose qui fonctionne, souvent des petites choses dont vous n'entendez pas parler, mais ça roule. Il faut que ça roule pour que cet esprit-là vive et si je n'étais pas là, ça continuerait de rouler, de nouveaux projets continueraient de naître.»

«La seule chose qui pourrait changer, c'est que le mouvement n'aurait pas ma couleur. Parce qu'en y participant, je mets ma teinte dans le mélange. Ce dynamisme-là vivrait sans moi mais sûrement que ça prendrait un chemin différent.»

«La première fois que j'ai mis ma pancarte de traversée de lutins, y'a beaucoup de gens qui disaient qu'on ferait rire de nous avec ça. Petit à petit, ils ont compris l'esprit dans lequel ça se faisait et ils ont embarqué. Quand je faisais les visites guidées au début, en 1996, les gens du village ont commencé par nous saluer quand le tracteur passait devant chez eux. Pis là, on a commencé à s'arrêter leur parler, jusqu'à aller s'asseoir sur leur balcon avec les visiteurs. La cohésion et l'adhésion se sont fabriquées une chose à la fois, avec le temps. Je pense qu'il y avait, au départ, une ouverture chez le monde de Saint-Élie. Il y avait une matière à pétrir. Je ne sais pas si elle existe ailleurs, dans d'autres villages. Peut-être...»

Il n'a pas suffi que Fred propose ses divagations pour que les gens le suivent. Il a dû convaincre. «Le plus souvent, c'est par les gestes. Je prenais l'initiative et les gens voyaient que ça se pouvait. Ça s'est toujours fait dans le désintéressement. Moi, je n'ai rien à vendre au village. Les gens ont vu que le seul objectif, c'était d'avoir du fun. Ils ont vu que ce n'était pas menaçant et que ça pouvait être drôle. Ils ont suivi.» Et, depuis ce temps, Saint-Élie s'amuse.

«Dans la vie de tous les jours, on sent que la folie est là, au village. On sent l'ouverture des ceux qui y sont nés mais aussi chez beaucoup de trentenaires qui ont adopté Saint-Élie parce qu'ils aiment l'esprit qui y règne. Eux, ils sont prêts à embarquer dès qu'on propose quelque chose. Même une corvée, parce que quand on le fait ensemble, tout peut devenir du plaisir.»

Saint-Élie des Plaines

Quand le Festival d'été de Québec lui a offert de chanter sur la grande scène des Plaines d'Abraham, il fallait trouver un concept qui donne une autre dimension au spectacle de chansons de Fred. Quand on a Julien Clerc pour faire patienter le public en première partie, on a intérêt à présenter un bon show.

«On ne savait pas par quel bout aborder ce défi-là, raconte le chanteur. Les réflexes, c'était de faire un spectacle avec des invités vedettes ou bien de faire un spectacle symphonique. Le symphonique, je le fais déjà avec Nagano, je ne voulais pas mêler les cartes. Et je ne voulais pas y aller avec la première ou la deuxième idée. Je voulais qu'on se rende à la Xème idée. Là, l'idée d'une chorale de Saint-Élie est arrivée.» Ça a fait Ding! dans sa tête.

«Mais là, c'est devenu pas seulement une chorale, mais un gros projet et là, pour moi, c'était vraiment intéressant.»

Un projet parce que la logistique qu'implique de mettre sur pied une chorale de 80 personnes, répéter avec eux, les déplacer, déplacer aussi des musiciens de l'Orchestre symphonique de Québec, parce qu'il y en aura quelques-uns pour accompagner le tout enfin, tout ça, c'est plus imposant qu'on l'imagine.

«Oui, c'est gros, mais en même temps c'est tellement heureux et simple parce qu'au point où on est rendu à Saint-Élie, on peut se permettre de monter des projets de cette envergure-là et le faire dans le plaisir.»

C'est donc dire que Fred sera accompagné par une centaine de personnes lors de son spectacle sur les Plaines d'Abraham le jeudi 14 juillet. Petit filet de sécurité: la chorale ne sera pas formée que de purs amateurs.

«On a pas mal de chanteurs de type A à Saint-Élie. Des professionnels comme Julie Hamelin ou Marianne Bel mais aussi des jeunes très talentueux qui sont déjà dans des chorales, la chorale de Solange, celle de Lisandre Champagne, etc. On a de très bons musiciens dont le chant n'est pas le premier instrument mais qui chantent aussi. C'est pas garroché, là!»

Le programme de la soirée sera fait de telle sorte que se succéderont 18 chansons nécessitant l'apport de différents éléments de la chorale qui vont se déplacer à la demande, créant un élément scénique supplémentaire.

De plus, Fred a choisi parmi ses trois albums des chansons différentes de celles de son spectacle de chanson officielle pour donner une couleur unique à cet événement, certainement le plus gros de la carrière du Fred-chanteur jusqu'ici.

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