L'art pour rendre une identité volée

L'artiste visuelle Sylvie Bernard, en plus de tenir... (Sylvain Mayer, Le Nouvelliste)

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L'artiste visuelle Sylvie Bernard, en plus de tenir boutique à Wôlinak, se consacre à une production purement artistique qui a donné sa collection les Noms-dits, formée de 60 sculptures portables qui rendent hommage à autant de femmes autochtones inhumées anonymement par les autorités catholiques à Wôlinak entre 1719 et 1899.

Sylvain Mayer, Le Nouvelliste

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François Houde
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Artiste née, Sylvie Bernard a fait de la création un véritable mode de vie.

À sa production courante d'objets artisanaux de toutes sortes qu'elle met en vente dans sa boutique Plumes et Pacotilles, gagnante du Grand Prix boutique lors du gala du Tourisme autochtone du Québec en 2015, elle ajoute une production purement artistique.

À l'intérieur de celle-ci, une soixantaine d'oeuvres s'inscrivent dans une collection qu'elle a nommée les Noms-dits et qui vient marquer sa création d'une empreinte toute particulière. Le projet a pris plusieurs années à se matérialiser.

Sylvie Bernard a, au départ, fouillé le répertoire des Actes de sépulture des Abénakis de Wôlinak entre 1719 et 1899. Elle a été stupéfaite de constater que de nombreuses femmes autochtones ont été inhumées de façon anonyme, simplement identifiées par un méprisant nom chrétien: Marie Sauvagesse.

C'est un hommage en forme de sculptures portables qui sont autant de monuments funéraires que l'artiste a créés pour ces femmes ignorées de l'histoire, comme si elles n'avaient jamais vécu.

Or, plusieurs centaines d'années après leur disparition, Sylvie Bernard reprend des techniques artisanales ancestrales dont ces femmes ont probablement assuré la transmission.

«Je me considère comme leur héritière, explique l'artiste. Et, d'une certaine façon, ce savoir-faire, c'est parfois tout ce qu'il reste d'elles.»

Ses 60 sculptures sont associées à autant de femmes et d'actes de sépulture qui offrent parfois certains détails ayant servi d'inspiration.

«Dans un cas, on disait d'une femme qu'elle était morte dans un champ de maïs. Ça m'a incité à inclure du maïs dans ma sculpture miniature. Pour moi, c'est comme une façon de donner à ces femmes une identité et de lier celle-ci à la mienne puisque les créations sont l'expression de mon identité à moi aussi, forcément.»

Comme elle est fascinée par l'art vestimentaire, ses pièces sont souvent des vêtements: petits mocassins, souliers, chapeaux, gants, mais aussi des parures, colliers, etc. S'il est légitime de les considérer comme des monuments funéraires compte tenu de leur inspiration, elles expriment quand même un aspect lumineux. Elles sont le symbole d'une continuité, de la résilience de la vie qui renaît même longtemps après la mort.

Aux nombreuses pièces miniatures vient s'en adjoindre une autre, monumentale, une grande croix décorée d'une multitude de plumes et d'épines colorées.

«J'adore les miniatures, dit Sylvie Bernard, mais la croix a une valeur hautement symbolique. C'est un peu la croix que je porte, en somme. Elle s'inscrit complètement dans la collection et apporte un sens supplémentaire au tout.»

Pour l'instant, cette collection est en attente. Elle pourrait faire l'objet d'expositions dans différents musées dont celui des religions du monde, à Nicolet ou celui des Abénakis à Odanak, évidemment. Elle a aussi suscité de l'intérêt de la part du Musée des civilisations de Québec. Seulement, le rêve de Sylvie Bernard, c'est que sa collection soit présentée sous une forme singulière: en multimédia, accompagnée de chansons qu'elle veut composer et interpréter elle-même.

«Ça pourrait même faire l'objet d'un spectacle en direct au cours duquel je chanterais mes chansons au milieu de la collection, estime-t-elle. C'est ça, mon objectif ultime, mais c'en est un à moyen et long terme puisqu'il faut encore que je compose les chansons pour les accompagner. Il reste que c'est comme ça que je vois l'exposition.»

C'est donc dire que le public n'aurait tout simplement pas accès à cette collection si une autre artiste, la vidéaste Pauline Voisard, n'avait été complètement happée par le projet de Sylvie Bernard au point de sentir le besoin impérieux d'en faire une série de cinq courts métrages.

L'essai documentaire vidéographique présente quatre oeuvres en plus d'un épilogue. Si les oeuvres ne manquent pas d'intérêt par elles-même, le document a l'immense mérite d'offrir une perspective très éclairante sur le processus créatif de Sylvie Bernard, sur son inspiration, sur sa démarche et la valeur symbolique de ce travail hors norme.

Les courts métrages, particulièrement réussis, sont intitulés Sylvie Bernard, Tisserande de l'oubli et ils sont présentement disponibles gratuitement pour visionnement sur le site Internet de La Fabrique culturelle (www.lafabriqueculturelle.ca).

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