Le parcours atypique d'un pianiste hors normes

Le pianiste Jean-Michel Blais a enregistré son album... (Éric Morrissette)

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Le pianiste Jean-Michel Blais a enregistré son album Il dans son appartement de Montréal et l'a mixé chez ses parents, à Nicolet!

Éric Morrissette

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Marie-Josée Montminy
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Jean-Michel Blais a grandi à Nicolet. Il a découvert la musique en explorant le vieil orgue familial à neuf ans, a étudié le piano au conservatoire de Trois-Rivières, fait du bénévolat au Honduras, étudié en éducation spécialisée à Québec, séjourné à Berlin, travaillé pour le centre de pédiatrie sociale du docteur Julien à Montréal et fini son bac à Buenos Aires.

Il enseigne en éducation spécialisée au Cégep Marie-Victorin et vient de lancer un album de piano intitulé Il.

Deux observations émanent d'une conversation avec Jean-Michel Blais: l'homme de 31 ans est mû d'une part par un esprit créatif qui l'attire hors des cadres, et d'autre part, par le besoin d'aider. Il mène en parallèle ces deux volets de sa personnalité.

Après avoir improvisé sur le Canon de Pachelbel à l'orgue chez ses parents, il a entrepris des cours de piano avec Luce Leboeuf.

«Elle a saisi tout de suite que si elle avait commencé avec une méthode et des pièces à apprendre par coeur, ça m'aurait peut-être un peu écoeuré. Déjà à 11 ans, j'avais un intérêt pour sortir des sentiers battus. J'improvisais, on structurait, et ça devenait ma version», se souvient-il en parlant avec reconnaissance de sa première professeure de piano, qui l'a tout de même initié aux compositeurs classiques.

«Avec Luce, on parlait de sujets comme la physiologie des mains, de comment le son se transporte, de comment la musique est un récit, de l'histoire des compositeurs, du contexte de composition. C'était au-delà des notes. Dès que je savais ma pièce par coeur, on commençait à jaser, à interpréter et à avoir du plaisir», raconte-t-il.

À 17 ans, il entrait au conservatoire. Le pianiste admet y avoir beaucoup appris, mais a moins apprécié les contraintes de l'institution. «Je voulais faire de l'improvisation, jouer du clavecin, composer... mais il y a une façon de faire à respecter. Moi si tu m'offres un cadre, j'ai envie d'en trouver les limites et de jouer avec. Ce n'était pas ma place, mais j'ai appris énormément», analyse-t-il.

C'est tout de même dans la salle d'écoute du conservatoire de Trois-Rivières qu'il a découvert des compositeurs contemporains comme Karlheinz Stockhausen et Philip Glass, qui l'ont influencé dans la suite de son parcours.

En quittant le conservatoire, le jeune homme voulait voir autre chose. Il a fait du bénévolat dans un orphelinat du Honduras, puis est parti avec son sac à dos en Europe. À son retour, il a complété un diplôme en éducation spécialisée pour assouvir son besoin d'aider. C'est lors de ce passage au Cégep qu'il a renoué avec la musique; il a participé à Cégep en spectacle et a mérité la deuxième place à la finale nationale.

Établi à Montréal, il a oeuvré pour le centre de pédiatrie sociale du docteur Julien. Même s'il appréciait son travail d'éducateur spécialisé, le volet artistique qui l'avait longtemps nourri lui manquait. Il a alors commencé à jouer au Dépanneur café à toutes les semaines, et l'idée d'enregistrer a germé.

Avec son ami Devon Bate, un musicien électro connu sous le nom de Bufflo, il a enregistré ses compositions en deux jours dans son appartement, bruits ambiants compris.

«On a enregistré les pièces et on est descendus à Nicolet pour mixer trois jours chez mes parents. On a monté l'album et j'ai fait un lancement au Dépanneur café». L'éducateur et musicien était inscrit au baccalauréat en études humanistes et psychologie à l'Université Concordia.

«J'étais tanné d'être en Amérique du Nord alors je suis parti en Argentine terminer mon bac. Pendant que j'étais là, Devon et moi on a fini de mixer l'album et on l'a déposé sur Internet. Cameron Reed a trouvé ma musique sur Bandcamp.»

Cameron Reed est gérant pour la compagnie de disques Arts & Crafts, basée à Toronto. Le Nicolétain a reçu une offre de la compagnie pour lancer son disque. Le pianiste qui n'envisageait pas produire d'album physique a été séduit par la possibilité d'être soutenu professionnellement pour diffuser sa musique à grande échelle.

«C'est dur d'être en même temps créateur et promoteur de sa propre création. C'est difficile d'être humble dans son art et en même temps d'en faire la vente. C'est l'fun quand de gens s'occupent de faire ça!» apprécie-t-il.

Invité à décrire sa musique qualifiée de minimaliste, Jean-Michel Blais formule: «C'est une musique introspective, que tu écoutes quand tu décides de prendre une pause. C'est une musique cinématographique, une espèce de poésie musicale».

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