La nécessaire dose de cynisme

Les Nouveaux Compagnons présentent La société des loisirs,... (Sylvain Mayer)

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Les Nouveaux Compagnons présentent La société des loisirs, de François Archambault comme dernière pièce de leur saison. Elle met en vedette, de gauche à droite, Rachel Éthier, Jean-François Pinard, Patric Richer et Nathalie-France Simard.

Sylvain Mayer

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François Houde
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) En misant sur La société des loisirs de François Archambault pour clôturer leur saison 2015-2016, les Nouveaux Compagnons ont opté pour un cynisme qui n'est ni bête ni vain. Il apparaît même nécessaire devant l'évolution de notre mode de vie, de plus en plus matérialiste et abrutissant.

Ces personnages au cynisme infini nous ressemblent-ils ou sont-ils pures caricatures? Je pense bien que la vérité est quelque part entre les deux mais bien plus près de la première option que ce que nous voulons bien nous avouer.

La pièce, présentée vendredi soir devant une cinquantaine de spectateurs à la salle Anaïs-Allard-Rousseau de la Maison de la culture, met d'abord en scène un couple, Marie-Pierre (Nathalie-France Simard) et Pierre-Marc (Jean-François Pinard), qui semble posséder tout ce à quoi il rêvait. Pourtant, ils se mentent effrontément à eux-mêmes et sont complètement à côté de leurs souliers. Ils ont invité un ami, Marc-Antoine (Patric Richer) à souper pour lui annoncer qu'ils ne veulent plus entretenir de relation d'amitié avec lui. Ils sont rendus ailleurs...

Malgré tout, bons princes, ils l'invitent quand même à manger en compagnie d'Anne-Marie, son «amie plus», une toute jeune femme qui refuse d'être vue comme la blonde de Marc-Antoine mais exclusivement comme sa partenaire sexuelle d'appoint. La soirée dégénérant sous l'effet de l'alcool, les deux couples expérimenteront leur nouvelle relation sous une forme plus physique pour mieux se rendre au constat de la vacuité de leurs vies.

La proposition de François Archambault est d'emblée caricaturale. Le couple formé par Marie-Pierre et Pierre-Marc est complètement déconnecté de la réalité dans son obsession de se mouler aux tendances de son époque. Ils ont un bébé parce qu'un jeune couple doit avoir un bébé. Ils se font croire qu'ils l'aiment. Leur seule préoccupation, c'est de se conformer aux critères qui définissent les bons parents.

L'auteur noie le cynisme de son regard dans un humour sardonique qui fait mouche parce qu'il est suffisamment près de la réalité pour nous bousculer. On bascule dans l'absurde à certains moments. Archambault a un sens aigu des dialogues et fait lancer à ses protagonistes des répliques aussi brillantes qu'assassines.

Une bonne partie de la pièce baigne dans ce mélange d'humour et de cynisme qui distille un profond malaise. Le monde qu'on nous dessine est faisandé. Tout cela est d'une tristesse épouvantable. Ces gens nous font pitié mais ils incarnent le monde dans lequel on vit. Un monde d'apparences, vide de sens, voué à la superficialité pour éviter à chacun de se confronter à lui-même. Le regard de l'auteur est d'une troublante lucidité.

Martin Bergeron et Stéphane Bélanger qui signent conjointement la mise en scène de la pièce ont laissé toute la place à ce texte fort. La pièce est heureusement divisée en petits épisodes qui assurent un rythme. Le rire et la succession des tableaux favorisent une saine ingestion du propos.

La pièce ne se caractérise pas par son intensité dramatique mais vendredi, on n'a sûrement pas atteint, dans la scène finale, le point culminant désiré. Cela tient peut-être à ce que le personnage de Marie-Pierre, une névrose sur deux pattes, est si désincarné que Nathalie-France Simard n'arrive pas à nous communiquer le désespoir qui l'habite. On le sent davantage chez Pierre-Marc, plus vulnérable, que Jean-François Pinard gratifie de plus d'humanité.

Les deux autres personnages sont moins tragiques et rendus avec un beau naturel par Patric Saucier et Rachel Éthier.

Martin Bergeron et Stéphane Bélanger ont choisi de déranger les spectateurs de la bonne façon en optant pour cette pièce qui n'a pas vieilli depuis sa création originale en 2004. Elle est d'une redoutable pertinence.

La pièce sera présentée de nouveau ce dimanche, 14 h, de même que lors de trois autres représentations, les 14, 15 et 16 avril, à 20 h.

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