L'actrice Rita Lafontaine est décédée à 76 ans

Rita Lafontaine, photographiée en février 2014.... (Archives La Presse)

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Rita Lafontaine, photographiée en février 2014.

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La Presse Canadienne
Montréal

L'actrice originaire de Trois-Rivières Rita Lafontaine, égérie de Michel Tremblay et adorée du public, aussi bien de la télévision que du théâtre, s'est éteinte lundi soir à l'âge de 76 ans.

Elle avait été admise d'urgence dans un hôpital montréalais la fin de semaine dernière et aurait succombé à des complications liées à des problèmes intestinaux. La nouvelle est donc tombée mardi matin comme un glas dans le milieu artistique et au sein du public.

Grande complice des géants du théâtre québécois Michel Tremblay et André Brassard, elle avait d'ailleurs été de la toute première distribution de la controversée pièce Les Belles-Soeurs, en 1968 au Rideau vert.

Elle avait par la suite joué à peu près tout Tremblay, notamment À toi, pour toujours, ta Marie-Lou, Damnée Manon, sacrée Sandra, Albertine, en cinq temps et Encore une fois, si vous permettez - où elle incarnait Nana, la mère du dramaturge.

Rita Lafontaine a également campé des rôles dans une trentaine de longs métrages québécois tels que L'Homme de rêve, Noémie: le Secret et La Grande Séduction.

Au fil de sa carrière, la comédienne a été récompensée de quatre prix Gémeaux, notamment pour son interprétation dans L'Homme de rêve en 1991. Son saut au petit écran lui a également valu un grand succès avec Le Retour (deux autres prix Gémeaux) et L'Auberge du chien noir, notamment.

Née à Trois-Rivières le 8 juin 1939, Rita Lafontaine ne fera pas ensuite les grandes écoles. Montée à Montréal, elle commence à jouer «sérieusement» dans la troupe d'amateurs mise sur pied par André Brassard au milieu des années 1960, Le Monde contemporain. C'est d'ailleurs le metteur en scène qui la «présentera» à Michel Tremblay en 1967.

«Déjà, en écrivant Les Belles-Soeurs, j'ai pensé à elle pour un des personnages, qu'elle a créé d'ailleurs en 1968», racontait l'écrivain en entrevue téléphonique, mardi. «Comme on se tenait beaucoup ensemble (avec Brassard), et que c'était une actrice que je trouvais formidable, c'était normal que j'aie eu envie d'écrire avec elle (en tête) mais jamais je n'aurais pensé écrire pour elle pendant plus de 40 ans.»

Tremblay écrira finalement pour elle une douzaine de personnages, jusqu'en 2008 avec Le Paradis à la fin de vos jours, dernière pièce écrite pour sa muse.

L'homme de théâtre Jean-Claude Germain expliquait mardi le jeu d'un naturel désarmant de Rita Lafontaine par une conjoncture favorable: «elle est arrivée au théâtre en même temps que le joual - qui n'était pas simplement un changement de langage mais aussi un changement de jeu, complètement différent».

Jusque-là plutôt portés sur le jeu «à la française», très projeté, les acteurs québécois pouvaient, grâce au joual, interpréter «de l'intérieur». Et comme Tremblay lui écrivait des personnages sur mesure, Rita Lafontaine «ne jouait pas le personnage», explique Jean-Claude Germain: «le personnage, écrit pour elle, parlait par sa bouche». Naturellement.

En plus des Belles-Soeurs, Brassard la met en scène la même année dans Escurial et l'École des bouffons de Michel de Ghelderode, au Théâtre d'aujourd'hui. Elle a par la suite été de la plupart des créations des pièces de Tremblay, toujours montées par Brassard. Surtout connue pour ses rôles dans le tout-Tremblay, elle a quand même touché un peu aux classiques, comme Tchekhov en 1983 au TNM: un Oncle Vania avec Jean-Louis Roux dans le rôle-titre, monté par Brassard, bien sûr.

Cinéma, télévision

Très rapidement, les réalisateurs de cinéma mettront à profit cette «actrice naturelle», qui semble s'effacer complètement dans un rôle. Après des débuts modestes en 1971 dans Tiens-toi bien après les oreilles à papa, seul film réalisé par Jean Bissonnette (disparu il y a quelques jours), elle sera par la suite, tout naturellement, de la première incursion du duo Tremblay-Brassard au cinéma, dans le court métrage Françoise Durocher, Waitress (ONF, 1972), où 24 actrices donnent leur voix à ce métier très «tremblayien».

Suivront Il était une fois dans l'Est (1974) et Le Soleil se lève en retard (1977), de Brassard-Tremblay, mais aussi Parlez-nous d'amour (1976), écrit par Tremblay et réalisé par Jean-Claude Lord.

Elle aura joué dans une trentaine de films, dont Kamouraska, O.K. ... Laliberté, Les Vautours, La Gammick, Ti-mine, Bernie pis la gang et Mon amie Max. En 2003, dans La Grande Séduction, elle crée avec Clémence Desrochers une scène comique d'anthologie, dans laquelle deux femmes du village épient - et commentent - les conversations téléphoniques du bon docteur.

Le grand talent de cette actrice n'a pas échappé non plus aux artisans de la télévision: dès 1976 avec Grand-Papa, puis dans Les Moineau et les Pinson (1982-1985), La Montagne du Hollandais, Cormoran, Les Super Mamies, Le Monde de Charlotte, Dis-moi-le si je dérange, en passant par le grand succès Le Retour. L'actrice respectée au théâtre était aussi une grande vedette de la télévision.

Femme animée d'une spiritualité profonde, Rita Lafontaine s'est impliquée dans des causes sociales: elle a été notamment porte-parole de la Semaine de sensibilisation aux maladies mentales à Trois-Rivières et de la Grande Guignolée des médias. En 2004, elle achète l'église de Saint-Joseph à Ham-Sud pour y fonder un Centre des arts, un projet fou qui n'a pas connu de succès - et qui lui aura coûté cher. Ce centre n'existe plus.

L'actrice a aussi enseigné l'interprétation à l'École nationale de théâtre du Canada, à Montréal. À son initiative, un programme de certificat en interprétation théâtrale a été créé en 2010 à l'Université du Québec à Trois-Rivières. Elle avait aussi donné des ateliers et de la formation aux jeunes acteurs.

En 1998, elle s'était confiée à Claude Lapointe pour une biographie, Comment dire, colligée par Marie-Thérèse Quinton - avec une préface de Tremblay et une postface de Brassard, bien sûr.

En 2013, un cancer fulgurant avait emporté sa fille unique, Elsa Lessonini, âgée de 48 ans, née d'une première union.

Rita Lafontaine laisse aujourd'hui dans le deuil son conjoint actuel, Jacques Dufour.

La vie trifluvienne de Rita Lafontaine

- Rita Lafontaine est née le 8 juin 1939 à Trois-Rivières et a grandi dans le quartier Saint-Philippe.

- Elle a fréquenté le Collège Marie-de-l'Incarnation.

- Elle fut membre de la Bibliothèque des aînés, regroupant des adolescents dans un local de la rue Hart pour assister à des conférences ou visionner des films.

- Sa première présence sur les planches à Trois-Rivières fut dans Antigone, jouée deux fois chez les pères Franciscains.

- Elle a quitté Trois-Rivières en 1962 pour accompagner son époux à Montréal.

- Avant son déménagement, elle avait travaillé au bureau de l'architecte Jean-Louis Caron.

 

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